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Introduction

septembre 2013


8 février 2016, Marianne Prévost

sociologue et chercheuse à la Fédération des maisons médicales.

Epidémiologie et soins de santé primaires : rencontres

En octobre 2012, deux associations d’épidémiologistes organisaient un colloque à Bruxelles avec l’école de santé publique de l’université libre de Bruxelles sur le thème de « La santé mondialisée ». Belle occasion de rencontrer une confrérie que l’on croise rarement sur le terrain : qu’ont-il à nous dire, ces experts qui jonglent avec les chiffres, inventent des modèles statistiques compliqués, se risquent à d’improbables prévisions… ?

Le pari de ce cahier, c’est de lancer quelques ponts entre les travailleurs de la santé qui oeuvrent sur le terrain et une discipline scientifique peu familière à la plupart d’entre eux. Nous invitons le lecteur à un petit parcours inspiré du colloque au terme duquel, espérons-le, il sentira ces épidémiologistes un peu plus proches de ses propres préoccupations – même si les angles de vue sont différents.

Est-il nécessaire d’érafler au préalable quelques idées fausses ? Peut-être, alors voilà.

Les épidémiologistes ne s’intéressent-ils qu’aux épidémies ? Non ! Et ils ne se limitent pas non plus aux maladies transmissibles comme la grippe, le SIDA, la malaria. Leur curiosité est immense : comment se répartissent les problèmes de santé dans différentes populations, dans leurs sous-groupes, combien de personnes sont touchées, pourquoi certains sont-ils plus atteints que d’autres, pourquoi ceci, et pourquoi cela...

En fait, si un bébé dit « pourquoi » avant de dire « maman », vous pouvez être sûr qu’il deviendra épidémiologiste : ces gens-là n’arrêtent pas de poser des questions.

Les épidémiologistes s’intéressent-ils aux services de santé, aux soins ? Oui ! Parce que leurs « pourquoi » ne s’arrêtent pas à l’émergence des maladies, mais aussi à leur évolution : pourquoi certains groupes sont-ils moins bien soignés que d’autres, pourquoi telle stratégie n’est-elle pas plus largement implantée, telle autre mise en question ?

Ils ne se bornent pas à compter, ils veulent aussi comprendre. Ils font des liens, cherchent les causes et les effets. Comment y arriver sans croiser les regards, puisque la plupart des maladies ont une origine multifactorielle, puisque les déterminants de la santé sont partout ? Alors ils vont à la rencontre d’autres disciplines, de la médecine à la sociologie, en passant par l’économie, l’anthropologie, la pédagogie, la géographie… Ils ne forment pas une caste à part.

Leurs « pourquoi » se contentent rarement de « parce que », et leurs questions en amènent d’autres : ils persistent à interpeller, bousculant évidences et prés carrés. Parfois, ils vont plus loin et veulent agir pour changer la réalité. Alors, ils examinent les politiques et les systèmes de santé, les réalités sociales, économiques, culturelles… Certains arrivent même à donner leur avis, voire conseiller, infléchir les politiques de santé.

Ces gens-là se mêlent de tout, et ils ne sont pas toujours bienvenus ; ils s’attachent dès lors à s’unir, entre eux et avec d’autres, pour se faire entendre, pour créer des alliances avec divers acteurs. Surtout avec ceux qui rêvent d’un autre monde, où chacun aurait les mêmes possibilités de vivre en bonne santé.

Alors finalement, nous qui défendons un certain modèle de soins, nous avons peutêtre quelques points communs avec ces gens-là ? Mais bien sûr ! Parce que nos pratiques se fondent sur une approche globale, consciente des limites du modèle biomédical classique qui délaisse les déterminants sociaux et environnementaux de la santé. L’épidémiologie ne cesse de démontrer que l’inégalité face à la santé n’est pas le fait du hasard, de la volonté divine ou de l’incapacité. C’est bien cette discipline qui fonde le développement de la santé publique et du modèle communautaire des soins de santé primaires.

Une telle vision ne date pas d’hier, comme l’indique le bref historique qui entame ce cahier. Mais elle est encore loin de guider les politiques. Il est donc bien utile que les acteurs qui partagent cette vision - professionnels de différentes disciplines, experts, praticiens, profanes - se rencontrent ; et qu’ils puissent, à partir de leurs places différentes, se comprendre, se renforcer mutuellement. Et se faire entendre.

Nous avons besoin les uns des autres. Parce que la recherche sur les déterminants de la santé, sur la manière de les surmonter ne se fait pas dans les laboratoires, hors du monde réel mais à partir d’informations qui ne peuvent être recueillies que sur le terrain. Seul l’échange entre acteurs concernés peut affiner et donner sens aux observations.

Le thème du colloque, c’était « La santé mondialisée ». Pourquoi ? Parce que la mondialisation provoque des « dommages collatéraux en matière de santé » : augmentation significative des inégalités, dissémination mondiale de facteurs de risque et de pathologies autrefois « réservés » à certaines régions du monde, fragilisation des services liée aux politiques de marchandisation. La collaboration internationale devient dès lors une priorité : pour mettre en place des systèmes d’information adéquats dans différents contextes, harmoniser les recueils de données, partager et adapter les analyses, infléchir les pratiques et les stratégies.

Bon voyage dans les différents chapitres de ce dossier !

L’association Epidémiologie de terrain - EPITER est née en l985, dans la foulée du tout premier cours de l’Institut pour le développement de l’épidémiologie de terrain (IDEA). L’épidémiologie de terrain faisait alors ses premiers pas en France ; les fondateurs d’EPITER, venus d’horizons divers, (Institut Pasteur, L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), école vétérinaire de Lyon) voulaient participer à la promotion et au développement de cette démarche qui vise à intervenir de manière souple sur la santé publique, en mettant les compétences épidémiologiques au service de problématiques détectées sur le terrain (certains parlent d’épidémiologie d’intervention).

Les activités d’EPITER consistent notamment à organiser des échanges scientifiques entre épidémiologistes et acteurs de santé publique français et étrangers, à soutenir la constitution d’un réseau d’épidémiologistes compétents, intervenant dans le domaine de la surveillance, de la planification et de l’évaluation des actions de santé.

www.epiter.org

L’Association des épidémiologistes de langue française - ADELF a été créée en 1976 ; elle est ouverte à tous ceux qui s’intéressent à l’épidémiologie au sens large – celle qui englobe les études de type étiologique et pronostique ainsi que l’évaluation des actions préventives et thérapeutiques.

L’association informe ses membres sur les grandes orientations de l’épidémiologie et les actions entreprises à l’échelon national et international, notamment par l’intermédiaire d’un Bulletin adressé à tous ses membres ; elle établit des liens étroits et des systèmes d’informations mutuelles avec les sociétés nationales et internationales d’épidémiologie, organise des réunions de recherche ou d’enseignement postuniversitaire, favorise la publication des résultats des recherches épidémiologiques.

http://adelf.isped.u-bordeaux2.fr

L’école de santé publique de l’université libre de Bruxelles est née il y a 50 ans. Elle s’inscrit dans une vision moderne de la santé publique : elle défend une approche globale de la santé dans laquelle on reconnait l’impact des styles et conditions de vie, des politiques économiques, sociales, sanitaires, éducationnelles et environnementales sur le bien-être et la santé des populations ; elle est par définition pluridisciplinaire et intersectorielle et depuis toujours ouverte sur le monde ; elle se veut proche du terrain tout en étant lieu de savoir et incubateur d’innovation ; elle mise sur l’excellence de la recherche tout en veillant à la valorisation et au transfert des connaissances. Elle a pour mission de former des professionnels et des chercheurs dans le champ de la santé publique. Elle décline cette mission au travers de formations de deuxième cycle (masters) et troisième cycle (école doctorale et doctorat). De nombreux programmes de formations continues et d’Universités d’été viennent étoffer cette offre. Pour répondre à sa mission de recherche, l’école de santé publique fédère ses forces autour de centres de recherche et groupes de recherche interdisciplinaires. Ces structures travaillent dans une vision d’excellence scientifique et ont pour objectifs la production de connaissances de haute qualité, l’enrichissement des formations par les résultats des recherches et la contribution aux prises de décision les plus appropriées dans le champ des politiques publiques.

www.ulb.ac.be/esp

Cet article est paru dans la revue:

n° 65 - septembre 2013

Epidémiologie et soins de santé primaires : rencontres

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

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