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Introduction


15 février 2016,

Médaillé d’or toutes catégories des causes des maladies évitables, le tabac est aussi un révélateur des déterminants de la santé et des inégalités sociales. Incontournable dans la collection Santé conjuguée.

Des financiers et des industriels ont vite compris la source inépuisable de profits que représente la commercialisation à l’échelle mondiale d’une substance addictive particulièrement attrayante pour les jeunes et accessible pour les pauvres. Quelqu’en soient les dommages pour la santé physique.

Dans ce dossier « tabac » de Santé conjuguée, le premier texte de Gérard Dubois dénonce les manipulations des cigarettiers.

La riposte se fait attendre. Les autorités sanitaires, quand elles sont soutenues par les pouvoirs publics marquent quelques maigres points dans ce match inégal. Et ces autorités sont parfois maladroites. Peuvent-elles quitter leur ton moralisateur et tenter vainement de régenter ce qui est bien ou mal dans la vie privée des consommateurs ? Luk Jossens et Alain Cherbonnier éclairent tour à tour ce débat.

Trouver un juste équilibre n’est pas simple pour aborder la question du tabac. Particulièrement avec les jeunes ou les publics fragilisés tels que les personnes en situation de précarité, les prisonniers, les patients psychiatriques ou encore les personnes atteintes de déficience mentale.

Claude Renard nous propose d’élargir notre cadre de pensée en interrogeant les institutions où ces vivent personnes. Damien Favresse nous aide à comprendre la consommation de tabac (et autres produits) chez les adolescents par une réflexion globale, précisément.

L’approche, tout en finesse, réussie dans quelques écoles peut donner à réfléchir aux différentes associations s’intéressant à la problématique, dont les services de santé mentale. Explications de Catherine Dungelhoeff.

Les questions du tabac sont aussi abordées par des non-professionnels de santé, que ce soient dans les écoles ou en impliquant des aide-ménagères ou encore des accueillantes en maisons médicales. Quelle légitimité pour parler du tabac ? Témoignages et réflexions de Caroline Rasson.

Pour ces professionnels extérieurs au champ de la santé mais proches des usagers et des fumeurs, une approche globale demande de ne pas s’intéresser à la seule consommation du tabac ni de viser uniquement un sevrage peut-être possible. Mais de s’intéresser aussi à la place que ce produit – lui ou un autre, il y en aura toujours – occupe : source de plaisir, de concentration, de détente ou de socialisation dans le quotidien des consommateurs. Réponse à la frustration, goût du risque et dépendances font aussi partie de la vie. Quel qu’en soit le prix ! Et de s’intéresser aussi à des questions qui sous-tendent la consommation : habitude familiale, reconnaissance sociale ou estime de soi. Pour les professionnels de santé, ces déterminants sont autant d’objectifs pertinents à aborder que le seul sevrage. Même si ces approches peuvent paraître parfois antagonistes et contradictoires.

Le Réseau des hôpitaux sans tabac propose lui aussi différents axes d’actions possibles en-dehors du colloque singulier. Suivez le guide Jacques Dumont.

Dans les maisons médicales, la question du tabac ne se pose pas non plus uniquement en consultation. La consommation du tabac et ses déterminants peuvent aussi être abordés dans beaucoup d’actions de santé, dans les démarches communautaires, par exemple. Elles préparent, soutiennent et renforcent ce qui peut aussi se dire dans les consultations.

Des groupes de paroles rassemblent des témoignages et suscitent l’entraide entre les participants, le partage d’expériences et le cheminement vers un changement possible. Cheminements de François Dekeyser et de Sophie Charlier.

Dans ces projets différents, quels changements viser ? Augmenter le taux de sevrages réussis ? Diminuer l’aliénation inconsciente de bon nombre de fumeurs aux effets du marketing des cigarettiers ? Augmenter l’estime de soi par d’autres moyens que la consommation de tabac quand celle-ci est vécue comme une béquille pour supporter le stress ou la solitude ? Troquer les bénéfices d’une consommation - parfois compulsive - pour des bénéfices d’une plus grande insertion sociale ou familiale ? Ces questions sont intriquées et ces visées ambitieuses.

Ce numéro vous propose quelques jalons pour une approche globale du tabagisme. Ces jalons ne sont cependant pas plantés de manière linéaire, mais plutôt en étoile, avec une complémentarité et des tensions entre eux. Viser le seul sevrage en consultation individuelle occulte les dimensions sociales et économiques de la consommation. S’intéresser à ces dimensions plus macro ne doit pas non plus ignorer les sevrages nécessaires à proposer aux fumeurs.

Espérons qu’à la lecture de ce numéro de Santé conjuguée, ces questions se transformeront en d’autres éléments de réflexion pour plus de santé pour tous.

Bonne lecture !

Cet article est paru dans la revue:

n° 62 - octobre 2012

Pour une approche globale du tabagisme : quelques jalons

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

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