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Vers des Ecoles de la Santé

Les professionnels de la santé doivent apprendre à travailler ensemble, dès les premiers pas vers leurs métiers spécifiques.
30 juin 2010
Dr Hubert Jamart

Médecin Généraliste à Seraing, permanent politique à la Fédération des Maisons Médicales

C’est avec grande satisfaction que la Fédération des maisons médicales a accueilli les déclarations de monsieur Marcourt, ministre de l’enseignement supérieur, sur la possibilité de voir se créer des « Ecoles de la Santé » ! En effet, C’est une proposition novatrice qui est exprimée par le ministre et son cabinet sur la réforme des études de médecine. Un des dossiers issus des tables rondes sur la ’démocratisation de l’enseignement supérieur’. Des avancées étaient attendues, elles transparaissent plus clairement dans les déclarations récentes du ministre au parlement de la communauté.

Ainsi peut-on lire : « Un des mécanismes est précisément les « passerelles » possibles entre études du même domaine. Mais l’expérience a montré que ces passerelles fonctionnement d’autant mieux que les études sont organisées de manière conjointe. Tel est l’esprit des « Écoles de Santé » qui devraient permettre de coordonner, voire de coorganiser, différentes formations actuellement dispensées à l’Université ou dans les Hautes Écoles. Il est probable que cette évolution facilitera le développement de cours communs ou de matières communes, la mise à disposition et le partage d’infrastructures et de matériels adaptés et participera ainsi au décloisonnement partiel de ces filières. » Journal Des Médecins n°2068 du 19 mars 2010.

La Fédération des maisons médicales souhaitait apporter sa contribution à ce projet de reforme, en termes de feed-back qui traduisent l’expérience du terrain et donc l’expérimentation de la formation des acteurs confrontés aux réalités.

La Fédération des maisons médicales soutient l’idée de créer des Ecoles de santé, où médecins, kinés, infirmiers… étudieraient ensemble.

En effet, le mode de pratiques de soins que nous préconisons dans l’espace extra hospitalier est celle du centre de santé intégré : des structures de soins de première ligne où se regroupent, sous le même toit, plusieurs disciplines qui travaillent de concert pour améliorer la prise en charge de la santé de la population. Ce modèle se développe partout dans le monde : les PCHC dans l’ancien Commonwealth, les medical home aux États-Unis, les maisons de santé en France, pour ne citer que ceux-là.

Dans cette perspective, il nous semble logique que ces professionnels apprennent à travailler et évoluer ensemble, dès les premiers pas, vers leurs métiers spécifiques. Mais complémentaires. En cela, le concept d’Ecoles de Santé est le modèle qui correspond le mieux à cette réalité. A l’heure actuelle, une large majorité de jeunes s’associent entre eux pour partager le plus grandement possible leurs compétences. Associons-les dès le début !

Tout le monde s’accorde pour décrier un processus de disqualification des étudiants qui ne satisferait pas à certains critères pour continuer l’une ou l’autre filière. Néanmoins la réalité de terrain nous montre qu’une explosion du nombre de médecin serait contre-productive à plusieurs égards. Explosion des coûts en termes de sécurité sociale, essentiellement en lien avec le mode de rémunération traditionnel à l’acte, loi de l’offre et de la demande.

Les bases communes à tous ces métiers (kinésithérapie, médecin, infirmière, dentisterie…) sont larges. Tout peut laisser penser qu’en organisant et en optimalisant des modules par crédits, il serait possible de passer de façon souple à travers le processus d’apprentissage. Que ce soit dans un sens latéral (passage d’une filière à l’autre) ou vertical (crédits qui permet la réussite d’une année). De cette façon on n’exclut pas, on apprend ensemble, on travaille sur des bases et un vocabulaire commun, pour un projet partagé de santé pour la société.

Reste le problème de la revalorisation des différentes professions, mais là n’est pas l’objet de ce document.

Il faut transformer l’approche en matière de santé, pour mieux répondre aux défis de demain.

Quoiqu’il en soit, les différents métiers ne gagneraient-ils pas en qualité, et donc en reconnaissance si dès le début les étudiants apprenaient le dialogue et le partage interdisciplinaire plutôt que la compétition et que le meilleur gagne ? En effet, la transformation qualitative de l’approche en matière de santé semble incontournable au vu des défis posés par la société de demain. Car c’est bien de la formation de professionnels de santé dont la société à besoin que l’on parle. En intégrant au sein d’Ecoles de Santé les divers métiers de la santé, nous augmenterions ainsi la capacité de résolution de problèmes complexes, nous éviterions la création d’inégalités contre productives entre les différents acteurs et nous renforcerions une démocratisation de l’accès qui, encore de nos jours, n’est pas réellement ce qu’elle devrait être. Nous contournons le problème épineux d’un examen d’entrée qui en inquiète plus d’un en un tronc commun et diversifié à la fois garantissant un apprentissage de qualité en rapport avec les modes d’expression sociale actuelle des problèmes de santé.

L’université, les grandes écoles, sont le miroir de la société. Il faut – comme le recommande l’OMS [1] - qu’elles endossent pleinement leur responsabilité sociale. Cette société bouge et se rassemble pour faire ce qu’elle sait faire de mieux, augmenter la qualité de vie des gens. Il est temps que ce miroir nous montre en retour qu’on ne se trompe pas !

Article paru dans le Soir du 19 avril 2010 sous la forme d’une carte blanche.


[1Boelen C, Heck J. Defining and measuring the social accountability of medical schools, Geneva : World Health Organization ; 1995.