Sous les effets conjoints de la crise économique et de l’accroissement structurel du chômage, du fait du vieillissement de la population, des développements technologiques budgétivores et de la modification des besoins en terme de qualité de la vie, les systèmes de santé sont confrontés à de multiples difficultés, dont l’inflation de leur coût mais aussi l’impossibilité de répondre aux besoins qui conduisent la plupart des experts à les qualifier « d’en crise ».
Le secteur de la santé n’est, par ailleurs, qu’un secteur de la vie sociale parmi d’autres et il n’échappe pas à son évolution. Encore davantage, le secteur de la santé est loin d’être le plus déterminant de l’amélioration de la qualité de la vie des populations. Les situations de ruptures (attentats, violences urbaines, etc) l’accroissement des inégalités et exclusions sociales, le repli individualiste et la perte des solidarités, le développement de la marchandisation des services et la valorisation du consumérisme, l’accroissement du fossé nord-sud mettent en avant la nécessité d’analyser de manière critique la société et d’œuvrer à un processus de transformation "sociale".
Dans une société où près de 5 millions de gens sont durablement sans emploi, on s’étonnerait qu’il n’y ait pas de médicalisation de la plainte sociale. Ce constat implique la contribution d’autres secteurs de la vie sociale que celui de la santé.
Si la perspective est qu’un autre monde est possible, l’exigence d’une société plus égalitaire, plus démocratique et plus solidaire sera porteuse d’une meilleure qualité de la vie. Si un consensus théorique existe sans doute sur l’égalité des droits et des libertés, dans les faits, l’écart est grand entre les droits théoriques et les réalités concrètes et face à cet écart, le regard de citoyen est indispensable.
Le citoyen représente un point de vue, un savoir, une expérience essentielle sur le vécu concret et les réalités quotidiennes.
Remettre les pratiques sociales en rapport avec les valeurs est une exigence de l’éducation populaire.
On le voit, l’enjeu majeur est en amont de l’organisation des systèmes de santé et concerne leur inscription dans le cadre référentiel d’une société démocratique, équitable et solidaire refusant de considérer la santé comme un produit marchand et son organisation comme un commerce.
L’éclairage scientifique et l’analyse des systèmes de santé confortent la nécessité de stratégies intersectorielles pour activer des leviers notamment économiques et sociaux, culturelles et éducatifs, environnementaux ayant un impact sur la santé.
L’action communautaire va requalifier ces concepts en terme d’ « empowerment » (empouvoirement : ou de pouvoir et de mise en capacité d’agir qui implique le transfert de savoir, qui autorise l’analyse critique, socialise (démédicalise) les problèmes et accroît le pouvoir d’interpellation citoyen).
Les redéploiements d’une démocratie plus participative sont évidemment des procédures qui confortent le sens de la citoyenneté. Ce souci se rencontre dans la vie politique plus largement avec des initiatives dans presque tous les partis démocratiques pour un rapprochement des citoyens de la vie politique.
Dans le champ de la santé, le débat pour le maintien d’un cadre assurantiel social et solidaire et la mobilisation des forces sociales dans ce sens est un enjeu essentiel au même titre que la non marchandisation du secteur.
La Fédération des maisons médicales considère le travail d’éducation permanente comme une approche qui donne sens au travail de promotion de la santé en le fondant sur la parole et les savoirs des personnes impliquées au quotidien dans la relation, populations précarisées et professionnels à l’écoute.
Le projet vise à la mobilisation d’un savoir social critique à des fins de transformations sociales et politiques. Il s’appuie sur une démarche de transformation de l’expérience sociale du service santé, du vécu à l’expression et à l’analyse. De la plainte, à la mobilisation d’un savoir social et à l’action collective.
Il s’agit, en d’autres termes, de travailler la dimension culturelle du service santé, qui met en relations des usagers, des professionnels et le système social, d’extraire, produire et mobiliser les savoirs non reconnus et pourtant à l’œuvre dans cette relation, afin de l’utiliser comme un moteur de la transformation des rapports sociaux.
Cette conception, déjà objet de la reconnaissance du GERM et de la Fédération des maisons médicales ensuite, comme organismes d’éducation permanente, interroge donc les professionnels et l’organisation du système mais aussi les consommateurs, usagers et plus largement tous les citoyens – pour lesquels les questions de santé figurent au rang des problèmes prioritaires autour de questions fondamentales - : quelle santé, quelle qualité de la vie dans nos sociétés ? Comment concrétiser cette ambition pour tous ? Quels objectifs, quels moyens, quelles priorités ?
Quelle société pour réduire les inégalités devant la santé ?
Les patients ne sont plus acteurs en tant que patients mais en tant que citoyens et usagers, porteur d’une parole et d’une expérience ; les professionnels ne le sont plus en tant que soignants mais co-transformateurs de l’expérience sociale et citoyens eux-mêmes.
Le travail se réalise donc avec les populations fréquentant la maison médicale mais aussi et surtout dans des rapports non médicalisés avec la population de la zone d’influence notamment dans le cadre de projets communautaires ou de partenariats locaux, associatifs ou institutionnels, notamment avec des structures d’éducation permanente.