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Sud-Nord : les maisons médicales en mouvement

2 juillet 2010

La réputation de dynamisme des maisons médicales n’est plus à faire. Il est cependant un autre domaine dans lequel elles excellent et pour lequel trop peu de publicité est faite : la solidarité avec les pays du sud. En effet, cette valeur forte, partagée par beaucoup de nos collègues, est au centre des échanges que nouent certaines maisons médicales du Nord avec des structures de santé de pays du Sud.

Le 3 mars dernier, la présentation d’une nouvelle expérience initiée par la maison médicale des Marolles dans un district sanitaire de Kinshasa en République Démocratique du Congo fut le prétexte idéal pour inviter tous les collègues intéressés par le sujet ou déjà actifs dans des projets.

Quatre équipes ont répondu à l’invitation [1], et c’est ainsi que tour à tour, des représentants de la maison médicale de Esseghem, Maelbeek, des Marolles et du Nord ont présenté aux personnes présentes leur projet Sud-Nord.

En début de soirée, le docteur Paul Leroy nous a décrit la collaboration de la maison médicale Esseghem avec un centre médical rural du Cameroun. Initié il y a une quinzaine d’années, ce projet consistait en un soutien matériel et financier. Lors des missions sur place, divers appareils médicaux étaient acheminés. A mesure que l’activité du centre augmentait, le support financier diminuait, l’objectif étant d’aboutir à l’autonomie financière. L’un des enseignements tirés de cette expérience est de ne pas récolter des médicaments en Belgique pour les acheminer là-bas car le reconditionnement et le transport représentent un coût important, sans compter les autres effets pervers d’une telle démarche. Par ailleurs, l’expérience leur a appris l’importance de pouvoir s’appuyer sur un noyau de personnes ressources fiables. Pour Esseghem, le projet a bien failli s’arrêter lors du décès du collègue camerounais responsable du centre de santé. Beaucoup d’énergie fut dépensée pour qu’une nouvelle direction soit mise en place : une femme, veuve, dans une région où ce n’est pas si évident...

Le Dr Leroy a ensuite brièvement expliqué leur nouvelle action au Burkina Faso. Là aussi, il s’agit d’appuyer un centre de santé de première ligne dans un environnement rural. Débuté il y a cinq ans, l’appui est d’ordre matériel. Le projet est toujours en cours et ce, malgré la disparition tragique de Marc Hombergen, membre de l’équipe belge, lors de la dernière mission.

Pour la maison médicale du Maelbeek, c’est Michèle Parmentier et Jean Van der Vennet qui ont pris la parole. Ils ont été rapidement rejoints par le docteur Geneviève Oldenhove de la maison médicale de Marolles. La présentation en tandem s’expliquait par le fait que les projets de leurs structures, respectivement menés avec des centres de santé de Conakry et Port-au-Prince, sont partis d’une même réflexion et ont bénéficié d’un même encadrement.

Dans ces deux projets, la dynamique d’échange et d’apprentissage mutuel a été mise en avant avec, en toile de fond, le renforcement de capacités des acteurs de première ligne. Pour permettre la rencontre entre des personnes d’horizons culturels différents, les équipes ont travaillé à leur manière, avec leur regard et leur sensibilité, à une grille d’observation des pratiques d’accueil afin d’ analyser leurs différents aspects, tant au Sud qu’au Nord. La réflexion a été menée avec l’aide du docteur Isaline Greindl, médecin de santé publique, et de Jean Van der Vennet, enseignant en sociologie médicale à l’institut de Médecine tropicale d’Anvers.

Initiée en 2004, la dynamique d’échanges réciproques entre la maison médicale du Maelbeek et son partenaire de Guinée Conakry court toujours. Du côté des Marolles, l’équipe a effectué au total trois échanges avec deux centres de santé avant de mettre fin à l’expérience.

Les enseignements à tirer de ces deux expériences sont multiples. Tout d’abord, une grille d’observation commune aux deux partenaires a permis une analyse non tronquée du processus. Il a été observé par exemple qu’au Sud, la relation individuelle au patient jouissait d’une très faible confidentialité : il était en effet courant d’avoir deux consultations simultanées dans une même pièce. Au Nord, on s’est rendus compte du faible sentiment de prise en charge globale de la santé de la population : la notion de santé publique y est peu développée.

Le rôle majeur des personnes ressources a été à nouveau illustré par l’expérience des Marolles, qui a beaucoup souffert du décès de Véronique du Parc, véritable moteur du projet. La même expérience a aussi mis en évidence l’importance d’une communication régulière, qui n’a pas été possible vu la situation d’Haïti.

Pour clôturer les présentations, le docteur Duchatel de la maison médicale du Nord est intervenu pour présenter une étude de faisabilité réalisée au Bénin en prélude au lancement d’une mutuelle de santé. L’idée est née d’une part de la connaissance du terrain par notre collègue, qui avait identifié des coopératives agricoles à appuyer. Par ailleurs, la maison médicale avait l’opportunité de mobiliser des fonds pour un tel projet. L’étude de faisabilité a été confiée au Centre béninois pour l’environnement et le développement économique et social (CEBEDES). Ce dernier devait, sur base entre autres des souhaits de la population, établir le paquet de soins à prendre en charge par la mutuelle. Elle devait aussi définir le montant de cotisation et les centres avec lesquels contractualiser. Malheureusement, devant les moyens nécessaires avancés par l’étude pour soutenir la mutuelle avant autonomisation, la maison médicale du Nord a préféré se retirer du projet afin de ne pas compromettre sa viabilité et sa pérennité.

De cette expérience, nos collègues ont retenu l’importance de se sentir en phase avec les moyens à mobiliser. De plus, la notion de partenariat nécessitait pour eux de pouvoir partager les décisions et la démarche n’était pas assurée au vu de la distance et des autres difficultés.

A l’issue de ces présentations, la maison médicale des Marolles a présenté son nouveau projet au Congo, développé avec l’appui de la Région wallonne et des Mutualités chrétiennes. Lancé depuis janvier 2010 dans trois zones de santé de Kinshasa, ce projet vise à rendre plus efficace la participation déjà importante de la population au financement de la santé et à améliorer la qualité de l’offre de soins. Outre la mise en place de mutuelles de santé, un volet important du projet est le jumelage entre structures sanitaires du Nord et du Sud. C’est ce dernier volet qui clôtura la présentation : inspirés par les enseignements positifs des démarches précédentes, les Dr Madoki et Oldenhove ont lancé un appel à toute maison médicale intéressée de s’inscrire dans ce projet en y développant un partenariat propre.

Concrètement, plusieurs centres de santé de Kinshasa intéressés par une telle démarche ont été identifiés lors de la mission exploratoire de janvier 2010. Par le biais d’une cellule de pilotage hétérogène et flexible, l’équipe du projet se propose d’aider à l’élaboration des projets, à la mise au point d’un cadre de réflexion et d’actions, tout en laissant à chaque équipe la maîtrise de son partenariat. Pour éviter les écueils, elle s’appuiera sur les expériences accumulées dans les différentes maisons médicales. Une cellule similaire en place à Kinshasa servira d’appui pour les questions tant administratives que stratégiques ou opérationnelles.

Le chemin ne fait que commencer mais déjà, il se montre plein de défis et nous enthousiasme. N’hésitez pas à nous contacter pour vous tenir au courant de l’évolution du projet et nous rejoindre dans cette aventure pleine de promesses et de richesse humaine !


[1Beaucoup d’autres maisons médicales ont des projets avec le Sud. Notamment, un groupe de réflexion Sud-Nord se réunit régulièrement à Liège. A ce propos, lire également Santé Conjuguée n°26 (2003)

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