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Actualité politique

Santé : d’importants défis attendent le nouveau Gouvernement


1er octobre 2011, Dr Olivier Mariage

Médecin généraliste, directeur à la maison médicale le Gué, permanent politique à la Fédération des maisons médicales.

Les discussions pour la formation du Gouvernement ont démarré et la Fédération des maisons médicales souhaite attirer l’attention des responsables politiques sur les enjeux cruciaux qui se profilent.

Témoins quotidiens de la misère économique, sociale et éducative croissantes d’une partie grandissante de la population, nous pensons qu’en cette période difficile, les choix qui seront faits pour réaliser les économies nécessaires seront déterminants pour l’avenir de centaines de milliers de citoyens.

D’abord, nous tenons à dire que nous approuvons la décision de réduire la croissance du budget des soins de santé à un niveau raisonnable (de 4,5 à 2%), à condition que ces économies soient réinvesties dans d’autres facteurs du mieux-être des citoyens. En effet, les conditions de vie sont le premier déterminant de la santé : investir dans l’éducation, l’environnement, le logement… est au moins aussi important pour la santé que les soins eux-mêmes.

Mais il est urgent de procéder à de profondes réformes de notre système de santé. Le burn-out des généralistes, le désintérêt croissant des jeunes médecins pour ce métier, la diminution du recours au généraliste sont autant de signaux inquiétants pour l’avenir du système : vu le vieillissement de la population et le développement des maladies chroniques, qui demain va soigner nos ainés et les malades chroniques à domicile ? Que ce soit à l’hôpital ou même en maison de repos, les coûts seraient beaucoup trop importants et menaceraient l’équilibre du système.

La presse a relaté récemment que certaines catégories de médecins spécialistes gagnent plus de 35.000€ par mois, c’est-à-dire plus que nos ministres, 5 fois plus qu’un généraliste et 10 fois plus qu’une infirmière. C’est très interpellant. Mais qu’en même temps des centaines de milliers de citoyens n’aient plus accès à des soins élémentaires nous choque profondément, d’autant que ces rémunérations somptuaires sont réalisées sur le compte de la solidarité entre les travailleurs.

Les médecins généralistes sont à bout de souffle ; dans 10 ans, leur nombre aura considérablement chuté, et ce n’est pas l’arrivée en masse de nouveaux étudiants sur les bancs de la faculté qui va résoudre le problème : la grande majorité de ceux-ci s’oriente vers des spécialités bien plus rémunératrices et confortables.

Il y aurait, selon certaines sources, 20% de lits hospitaliers en trop dans notre pays, et nous sommes champions dans la consommation de radiologie, notamment : le système de financement, encore très largement centré sur l’acte est inflationniste et ouvre la porte à de nombreux abus.

Les hôpitaux ne trouvent plus assez de spécialistes. Pourquoi ? Parce que le financement hospitalier est insuffisant et que, en conséquence, les hôpitaux doivent prélever une partie des honoraires des spécialistes ; ceux-ci délocalisent alors leurs activités en privé… pour faire, en partie, le travail des généralistes ! Et les hôpitaux recrutent, au prix fort, des généralistes pour pallier au manque de spécialistes. Cherchez l’erreur.

Tous ces problèmes ne sont pas nouveaux, et sont bien connus des responsables : la pénurie est annoncée depuis 10 ans, on n’y a pas pris garde et les mesures préconisées n’ont pas encore été, ou pas suffisamment, mises en oeuvre. Les ministres de la Santé successifs seraient-ils aveugles ? La réponse est plus complexe : notre pays, modèle de concertation sociale, privilégie le consensus avec les acteurs. Ainsi, de puissantes organisations, et notamment certains syndicats médicaux influencent de manière déterminante les politiques de santé depuis plusieurs décennies au sein de l’INAMI, parfois au détriment du plus élémentaire bon sens.

Aujourd’hui, une page se tourne

Nous ne pensons pas qu’il faille pour autant jeter ce modèle qui a permis la « pax medica » et le développement de soins de santé dont on aime bien dire qu’ils sont « les meilleurs du monde ». Mais, depuis 10 ans, on a pu le faire grâce à une croissance très importante des moyens financiers (4.5% annuellement en plus de l’inflation). Aujourd’hui une page se tourne, et si l’on veut préserver l’accès à des soins de qualité pour tous les citoyens, de profondes réformes sont indispensables. Pour ce faire, nous avons besoin d’une volonté politique forte, notamment pour réformer l’INAMI, où les rapports de force ne laissent plus suffisamment de place à l’intérêt général. Nous comptons sur le nouveau Gouvernement pour réduire les écarts indécents de revenus entre les professionnels de santé, favoriser les pratiques de groupe en première ligne pour soutenir les généralistes et les soins à domicile, assurer un financement correct des hôpitaux qui ne passe plus par les honoraires médicaux, inciter les spécialistes à travailler en hôpital, redéfinir clairement le rôle de chacun, payer à leur juste prix les prestations de santé…

Le chantier est titanesque, et impose que l’on réforme le système pour donner au politique, représentant du citoyen-patient, la responsabilité qui lui revient.

L’histoire montre que les temps de crise sont souvent une opportunité pour introduire des changements générateurs de progrès : mesdames et messieurs les futurs ministres, nous attendons de vous que vous preniez vos responsabilités.

Cet article est paru dans la revue:

n° 58 - octobre 2011

Virtuel, vertueux ? Soins de santé primaires et informatique

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...