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Carte blanche de Médecins du Monde

Pour une vraie politique d’accès aux soins pour tous dans les grandes villes

9 juillet 2013

Notre système de sécurité sociale est l’un des meilleurs du monde, notre société regorge de ressources, mais pourquoi la « bonne santé » n’est-elle pas une réalité, pour tous ?


Cette carte blanche, signée par les Docteurs Michel Roland et David Van Osta, respectivement président et vice-président de Médecins du Monde, est parue dans le Soir du 3 juillet 2013.

Chez Médecins du Monde, c’est quotidiennement que nous faisons face à ce paradoxe : ce sont les personnes les plus vulnérables qui rencontrent le plus de difficultés pour accéder aux soins. « La santé pour tous » n’était-elle pas un objectif fixé en 1978 par l’OMS, pour l’an 2000 ?

Qualifié de « réalisable » il y a plus de 10 ans, le chemin pour atteindre cet objectif me paraît bien long… Les chiffres annoncés dans le Rapport annuel 2012 des Projets belges de Médecins du Monde nous le disent : l’exclusion des soins est toujours une réalité. Et la situation ne va pas en s’améliorant, loin de là ! Nos consultations ont augmenté de 34 %. Dans nos salles d’attente, toujours plus de femmes et d’Européens.

48 % de nos patients s’estiment en mauvaise, voire en très mauvaise santé. Pour la population belge en général, cette perception s’élève à 5 %. Nos patients se sentent mal… alors, en tant que professionnel de la santé, il m’est difficile d’accepter que 66 % d’entre eux n’ont aucune couverture sociale, et que seuls 28 % ont un médecin généraliste.

Exclusion administrative du « système », exclusion due à des facteurs « culturels », exclusion due à des troubles du comportement… La liste des facteurs menant à l’exclusion des soins est longue. Nombreuses sont les « raisons invoquées », qui laissent nos patients sur le carreau, au banc de la santé. Difficile, et injuste, pour ces personnes qui cumulent déjà de nombreuses vulnérabilités : sociale, mentale, physique, familiale, professionnelle, etc.

Une situation que leurs conditions de vie transforment en cercle vicieux : « Etre malade rend pauvre et être pauvre rend malade » dit le dicton. De plus en plus d’ailleurs, ce sont les déterminants non médicaux, extérieurs à la personne, qui conditionnent son état de santé. Inquiétant, lorsque l’on sait que 60 % de nos patients déclarent n’avoir qu’un logement précaire et temporaire, et 33 % être sans abri.

Il a été prouvé depuis longtemps que le report de soins coûte cher, à la personne, et à la société : l’investissement dans l’accès aux soins de première ligne doit donc être une priorité.

On sait pourtant qu’un accès aux soins facilité permet de lutter plus efficacement contre les maladies infectieuses (Hépatites, VIH, Tuberculose…). Pourquoi laisser les situations s’aggraver  ? Pourquoi participer ainsi à l’engorgement des urgences  ? « Mieux vaut prévenir que guérir »… pourquoi ce proverbe ne fait-il pas loi ?

Il est urgent de simplifier le système d’accès aux soins en Belgique  ! À quand un plan volontariste  ?

L’intégration médicale des personnes vulnérables, qu’elles soient incluses dans le système d’assurance obligatoire ou dans un système subsidiaire – comme l’Aide Médicale Urgente, pour les personnes en séjour irrégulier –, est lourde et complexe, tant pour le patient que pour le professionnel de santé. Or, les barrières administratives sont la première cause de report de soins, chez plus de la moitié de nos patients.

Médecins du Monde plaide pour une véritable simplification du système et pour l’instauration d’un système de couverture universelle, sans discrimination. Développer l’universalité de l’assurance maladie, pérenniser notre système d’assurance maladie solidaire, tout cela relève du renforcement de notre modèle social !

Développons une offre de soins adaptée, outillée, souple et mobile pour toucher des publics en situation précaire.

C’est un fait : en termes d’offre de soins, la première ligne est insuffisamment armée pour prendre en charge les personnes en grande précarité. Médecins du Monde demande une véritable politique de prise en charge des besoins fondamentaux en matière de santé pour les grandes villes. S’il est vrai que 85 % de la population mondiale se concentrera dans les grandes métropoles d’ici 40 ans, cette politique se doit d’être une priorité  !

Il est temps d’avoir une stratégie concrète ! Multiplions les centres de santé intégrés, pour prendre en charge l’ensemble des vulnérabilités du patient. Il est également indispensable d’avoir, dans chaque grande ville, une ou des structures souples et mobiles, pour atteindre tous les publics ! Oui, il est essentiel d’aller à la rencontre de ceux qui ne parviennent plus jusqu’à nous. Pour qu’ils se sentent de nouveau citoyens, et non des « parias  », il faut les réaffilier sur le plan médico-social : il faut leur expliquer le système de santé en Belgique, les réorienter et les accompagner vers le système universel de soin.

Les discussions sur la réforme de l’état – et tout particulièrement le transfert de compétences quant à l’organisation des soins – tombent à point nommé  : saisissons-les comme une opportunité pour définir les conditions d’un accès universel aux soins. Il inclura le système de couverture sociale et le soin effectif.

Les grandes villes et prioritairement la région Bruxelloise doivent prendre leurs responsabilités  : engageons des politiques ambitieuses et courageuses pour que l’accès aux soins pour tous devienne enfin une réalité. Car, ainsi que l’a dit Stéphane Hessel, « Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers ».



A télécharger : La carte blanche du Soir du 3 juillet 2013 - Michel Roland, Médecins du Monde (pdf, 100k)