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Pour un réformisme révolutionnaire


23 octobre 2010, Coralie Ladavid

Secrétaire politique, Fédération des maisons médicales ; assistante sociale à la maison médicale du Gué.

Pourquoi le réformisme révolutionnaire ? Une vision stratégique de la Fédération des maisons médicales pour la transition vers la société voulue.

Aujourd’hui, les constats d’inégalités croissantes et de gestion destructive de l’environnement dans une société où l’économie est basée sur la croissance sont évidents. Le libéralisme et le capitalisme sont acceptés par beaucoup comme des a priori ; la concurrence étant considérée comme moteur pour le développement et la croissance du bien-être global. Or, elle est source de création d’inégalités à l’inverse de la coopération qui amène davantage un bien-être global et une société forte. Reconnaissons cependant que la concurrence encourage la novation dans certains domaines. Il ne faut donc pas la bannir mais bien la canaliser pour en éviter les effets négatifs.

Notre société a évolué récemment d’une société rigide en termes de valeurs vers une société de plaisir individuel. Il y a aujourd’hui une nécessité de redonner du sens à des principes et des valeurs fondamentales sur lesquelles se baser. Ces valeurs sont à remettre en question régulièrement parce qu’elles ne sont pas prouvables scientifiquement.

Face à ces constats, la Fédération des maisons médicales rêve d’une société organisée sur une démocratie participative, sans dominance et avec une alternance dans l’exercice du pouvoir. La mutualisation, la collectivisation, la solidarité et l’intérêt collectif doivent primer sur l’intérêt individuel et la recherche d’une croissance économique. Il est nécessaire également d’avoir une répartition plus égale des richesses. Afin de pouvoir continuer à vivre sur notre petite planète Terre, il est également urgent de rechercher une plus grande harmonie avec la nature.

Les voies pour arriver à ce changement de société peuvent être multiples. La Fédération privilégie le réformisme révolutionnaire, celui qui conquiert des libertés nouvelles et des capacités de changement social.

Pourquoi le réformisme révolutionnaire, que signifie-t-il concrètement ?

Le réformisme signifie que la voie légale est privilégiée pour opérer le changement (par exemple par des modifications de lois). La révolution violente (le grand soir, les rêves rouges, les drapeaux qui flottent et les barricades qui fument) pourrait être un autre moyen mais celle-ci est contestée en termes d’efficacité et d’opportunité, ce qui la rend souvent inutile, voire contreproductive.

Le réformisme révolutionnaire n’empêche pas le recours à des actions « coup de choc » comme le squat, les manifestations, les grèves pour interpeller l’opinion publique, les responsables politiques ou autres.

Le réformisme révolutionnaire signifie également un changement en profondeur. Il ne s’agit en effet pas de prendre des mesurettes pour que le système actuel reste globalement stable mais bien de faire basculer le système vers une société plus égalitaire, où il fera bon vivre. Le changement se veut radical même si la méthode est douce.

La voie du réformisme révolutionnaire nécessite d’ailleurs de travailler pas à pas et de choisir prioritairement la voie parlementaire. Le pari est de transformer les lois, les règlementations au point de faire changer le système global. Ce travail doit s’effectuer à un niveau international et mondial. Le pouvoir des nations étant de plus en plus réduit au niveau économique notamment, il est impératif de positionner l’action au minimum au niveau européen. Elle nécessite également une mobilisation très forte de la société civile notamment par le biais d’associations et d’institutions ayant pignon sur rue comme les syndicats, les mutuelles,… Ces institutions ont déjà un pouvoir d’influence réel en Belgique en siégeant à l’INAMI, dans les commissions paritaires… et en participant à différents lieux de négociations avec les gouvernements par exemple. La mobilisation ne doit pas se faire uniquement à partir des institutions mais également par de nombreux regroupements locaux, spontanés. La créativité et l’adaptabilité en fonction des besoins nouveaux est beaucoup plus efficace dans ce type de démarche. On voit par exemple apparaître des groupes de résistance à une consommation effrénée, des échanges de services (SEL)…

Des partenariats et alliances sont nécessaires pour coordonner les actions entre institutions mais également avec les associations non instituées. Une complémentarité est à valoriser au travers de ces différentes actions.

Il faut cependant se rendre à l’évidence que le contexte d’aujourd’hui n’est pas propice au réformisme révolutionnaire. Beaucoup se battent pour garder leurs acquis sociaux (les grèves récentes en France pour les pensions en sont un bon exemple) mais très peu sont dans une dynamique de changement fondamental. Notre société capitaliste est en quelque sorte organisée pour que rien ne bouge et que chacun fonctionne de façon individualiste. La place n’est plus au rêve mais davantage à la peur de demain. Or, le rêve est possible quand on se sent en sécurité dans un avenir plus ou moins proche.

Mais des outils peuvent nous aider à y arriver. La presse est un moyen très puissant. Aujourd’hui, elle véhicule malheureusement pratiquement le même message quel que soit l’organe de presse. L’analyse approfondie et critique n’est pas beaucoup de mise. De plus, la presse est couramment noyautée par la publicité (souvent la plus grande source de financement). Certains organes de presse alternatifs existent et délivrent un message plus critique sur le système dans lequel nous vivons.

Cependant, depuis quelques années ce type de presse disparaît, souvent par manque de moyens et de lecteurs. Il faut donc faire créer à nouveau, redynamiser, faire connaître et intéresser le grand public à ce type de presse. L’éducation à une participation citoyenne dès le plus jeune âge et tout au long de sa vie peut aider à atteindre cet objectif. L’instruction est un vrai facteur de changement social.

Pour que les lois changent, il faut également que nos hommes politiques y croient et « se battent pour ». L’exigence éthique par rapport aux dirigeants politiques doit être renforcée. Nous devons avoir des responsables politiques ayant comme seul objectif le changement radical de la société pour atteindre une société plus égalitaire et solidaire.

Au niveau économique, il faut commencer par exiger une transparence des richesses pour avoir plus d’égalité entre les revenus du travail et du capital.

Et tout cela à un niveau mondial… Il va sans dire qu’un pays isolé ne peut y arriver seul. Il faut donc unir les forces au-delà des frontières.

Cet article est paru dans la revue:

n° 54 - octobre 2010

Je rêve d’un autre monde - Oser rêver !

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...