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Pénurie de maisons médicales en Belgique ?

3 novembre 2010
Coralie Ladavid

Secrétaire politique, Fédération des maisons médicales ; assistante sociale à la maison médicale du Gué.

Certains d’entre vous ont pu lire dans les médias certaines critiques à l’égard des maisons médicales. Nous sommes heureux que le débat autour de cette alternative soit au centre de l’actualité.

Beaucoup d’affirmations portées ces derniers jours ne sont pas correctes et portent préjudice à notre volonté de rendre la santé plus solidaire, plus préventive et plus globale.

Croissance des maisons médicales, oui !

On parle d’explosion du nombre de maisons médicales aujourd’hui. Dans quelle mesure et pour quelles raisons ?

Tout d’abord il faut relativiser la croissance des maisons médicales de ces dix dernières années dans la mesure où beaucoup d’entre elles existaient déjà dans un fonctionnement à l’acte (notamment à Bruxelles). La majorité d’entre elles ont cependant décidé de passer vers un système de financement forfaitaire. Dans les budgets de l’INAMI, elles apparaissent donc autrement.

Le nombre de maisons médicales est effectivement croissant. Environ 5 maisons médicales francophones apparaissent chaque année (2 à 3 en Wallonie et 2 à 3 à Bruxelles).

Cette croissance est due à de multiples facteurs.

  • Elle répond à une volonté des médecins généralistes de ne plus travailler seuls et c’est ainsi qu’aujourd’hui 27% des médecins généralistes francophones de moins de 40 ans travaillent en maisons médicales ;
  • Elle répond à une demande des soignants de travailler en équipe pluridisciplinaire pour envisager la santé dans sa globalité ;
  • Elle répond à une demande des patients d’avoir des structures pluridisciplinaires accessibles tant au niveau géographique, financier, culturel…

Croissance budgétaire, non !

Mais qui dit augmentation du nombre de maisons médicales, dit augmentation du nombre de patients soignés. Il est donc logique que les budgets augmentent dans la même proportion. En 1984, il n’y avait qu’une maison médicale au forfait à la capitation. Elle comptait environ 2.000 inscrits, le budget était de 200.000 €. Depuis, le nombre de pratiques forfaitaires est passé à 115 ! Elles soignent près d’un quart de million de personnes dont près de 8% de Bruxellois et 4% de Wallons. Tous ces patients ne peuvent plus bénéficier de l’acte. Il s’agit donc seulement d’un transfert du budget de l’acte vers les soins forfaitaires et donc d’une fausse croissance budgétaire ! !

De plus, les maisons médicales coûtent globalement moins chères que la médecine libérale à l’acte. C’est donc en multipliant le nombre de maisons médicales qu’on optimalisera les ressources. En effet, de nombreuses études réalisées par d’innombrables chercheurs de tous bords [1] ont démontré que les maisons médicales réalisaient d’importantes économies en seconde ligne et cela dans tous les compartiments de la médecine spécialisée : hôpital, spécialistes, médicaments, biologie et imagerie. De plus la qualité des soins est au rendez-vous.

Il est léger de penser que les tickets modérateurs de première ligne financent les soins pour les maladies graves. Au contraire, une première ligne gratuite permet aux patients de recevoir des soins préventifs ou précoces et d’éviter l’aggravation de la maladie donc des soins couteux. Nous comprenons que notre confrère puisse être surpris que des médecins, dans des communes ou quartiers plus aisés, choisissent la rémunération forfaitaire plutôt que l’acte. Notre réponse comprendra deux volets :

  • La Fédération des maisons médicales a clairement manifesté sa priorité [2] pour les zones en difficulté, mais pas l’exclusivité de ces zones pour l’implantation de maisons médicales !
  • Par ailleurs, le forfait n’est pas réservé aux pauvres, ni aux zones urbaines. En Angleterre et aux Pays-Bas, le forfait à capitation représente l’essentiel de la rémunération de tous les médecins généralistes et ils ne s’en plaignent pas.

Pas de médecine à deux vitesses

Par ailleurs, la Fédération des maisons médicales s’est toujours opposée à une médecine à deux vitesses. Les maisons médicales n’ont jamais eu comme projet de dispenser des soins uniquement pour les pauvres mais bien d’envisager la santé dans sa globalité en intégrant l’ensemble des déterminants de la santé, en dispensant des soins accessibles pour tous, continus (tout au long de la vie du patient) et intégrés (intégrant les aspects curatifs et préventifs). La médecine à deux vitesses ne ferait que renforcer une société duale porteuse de mal être social. Par contre, la mixité, qu’elle soit sociale ou culturelle, entraine de la solidarité et du bien-être.

Il ne faudrait surtout pas arrêter la croissance des maisons médicales qui permet de réaliser la réforme des soins de santé dans ce pays conformément aux vœux de l’OMS [3]. Et cette réforme est indolore puisqu’elle se fait sur une base volontaire, sans pression d’aucune sorte.

Actuellement, l’offre des maisons médicales est trop faible pour satisfaire la demande. La plupart d’entre elles refusent du monde. Pour garantir le libre de choix des patients entre les deux systèmes, il faudrait multiplier l’offre des maisons médicales forfaitaires actuelle par dix !


[1INAMI, Universités, mutualités, voir rapport KCE n° 85 : Comparaison du coût et de la qualité entre les systèmes à l’acte et au forfait en Belgique. : http://www.kce.fgov.be/index_fr.aspx?SGREF=3461&CREF=11502

[2Pour rappel les maisons médicales de notre fédération comptent quatre (4) fois plus de BIM que la population générale !

[3rapport 2008 : « Les soins de santé primaires maintenant plus que jamais ! »