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Pelure d’oignon


1er mars 2014, Christian Legrève

Animateur à l’intergroupe liégeois et responsable du service éducation permanente de la Fédération des maisons médicales.

Les porteurs de l’expérience ETAPE essaient depuis longtemps de pérenniser leur projet, et d’en développer des aspects émergents. A l’occasion de leurs démarches pour trouver des financements, ils ont été amenés à préparer un dossier pour le fonds Houtman de l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE). Or, à Liège, l’ONE est engagé depuis longtemps (au sein de l’asbl APALEM) aux côtés de l’équipe de soutien périnatal opérant au centre hospitalier régional de la citadelle. Outre son action dès la prénatale auprès des travailleurs médico-sociaux de l’ONE présentés à la maternité [1], cette équipe de psychologues du service de gynécologie du centre hospitalier régionale et localisée dans ce centre (!) bénéficie d’une expérience originale de suivi des familles qui se prolonge à domicile, après la naissance.

C’est donc tout naturellement en partenariat avec ce service qu’ETAPE a présenté son dossier au fonds Houtman. Et le réseau petite enfance étant à l’échelle de l’agglomération, le fonds a suggéré de l’élargir à l’ensemble des maisons médicales, à travers l’intergroupe liégeois.

Cette association de trois structures a été l’occasion de formuler un projet global d’accompagnement de la naissance, fondé sur des bases scientifiques validées, intégrant les dispositifs ETAPE et APALEM, articulant accueil anténatal et suivi postnatal, approche des parents et approche de l’enfant, psychologie et psychomotricité, travail à domicile et cadre hospitalier, première et deuxième ligne.

C’est le projet Seconde peau, mis en œuvre depuis 2009. Grâce au soutien du service de l’aide à la jeunesse qui a pris le relais du soutien au projet, cette expérimentation débouche à présent sur une modélisation de la démarche permettant sa diffusion ultérieure.

De décembre 2011 à décembre 2013, le dispositif Seconde peau a traité 130 demandes et assuré le suivi de 85 situations. Dix séances de mise en réseau formative ont été réalisées depuis le début du projet, dont 4 en 2013. Une évaluation de ces mises en réseau a été réalisée en novembre 2013, avec une vingtaine de personnes du réseau. Cette évaluation avait pour objectif de synthétiser l’apport pour les participants, les familles, les intervenants et le réseau.

Identités multiples

Sur chacun de ces deux aspects, Seconde peau a développé les spécificités liées à son origine.

Les interventions dans les familles présentent des caractéristiques issues des différentes composantes de Seconde peau. L’objectif est de favoriser le développement de l’enfant dans son milieu de vie par la mise en place d’un espace-temps adéquat et sécurisé de soutien aux rôles parentaux. Pourtant, au-delà de ces objectifs, l’intervention dans le système familial est aussi l’occasion d’utiliser la grossesse et l’arrivée de l’enfant comme un levier pour reconsidérer les autres problèmes (sociaux, psychologiques, médicaux, culturels…) en jeu chez le(s) parent(s), dans le couple ou dans la famille élargie et développer de nouvelles capacités. Parmi celles-ci, l’aptitude à mobiliser le réseau des intervenants de manière adéquate et satisfaisante semble décisive.

En effet, le réseau des intervenants autour des familles dont il s’agit est souvent extrêmement fourni, mais également trop peu structuré, voire éclaté. Le suivi est discontinu. Les interventions sont sectorisées et parfois mutuellement contre productives. Les leviers sont tant du côté des familles que des professionnels. C’est l’enjeu des mises en réseau formatives. Ces rencontres sont organisées autour d’une situation réelle, choisie en fonction d’une série de critères éthiques, déontologiques, et didactiques. Les intervenants se rencontrent une première fois pour analyser le récit du décours de la situation et des interventions. Ils se retrouvent ensuite en présence d’une assemblée de professionnels pour refaire l’exercice. C’est l’occasion de co-construire une analyse des phénomènes, leviers, freins, enjeux, résonnances à l’œuvre parmi les intervenants, autour de la situation.

La vie en rose

À l’heure où s’écrivent ces lignes, Seconde peau se voit attribuer, par différentes voies, des moyens susceptibles de laisser entrevoir, enfin, une pérennisation des ressources de l’équipe. Alors, la vie en rose ? Pas tout à fait. Le véritable enjeu de cette aventure, c’est l’articulation entre l’ensemble des ressources sociales et en santé autour des familles, le premier échelon des soins, généraliste, et le deuxième, spécialisé. Or, actuellement il n’existe toujours pas de structure Seconde peau rassemblant les partenaires, ouverte à d’autres, et garantissant cette position d’articulation. Dit plus clairement : rien ne garantit aujourd’hui, au-delà de la qualité et de la bonne volonté des personnes impliquées, que les moyens supplémentaires pour cette expérience passionnante restent consacrés à une approche globale au plus près des familles.

[1En tant qu’hôpital public, la maternité du centre hospitalier régionale de la Citadelle (2.500 accouchements par an) est le lieu où majoritairement les femmes enceintes vulnérables ou en situation de pauvreté accouchent à Liège.

Cet article est paru dans la revue:

n° 67 - mars 2014

Etre né quelque part, la santé de l’enfant, approche multidimensionnelle

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...