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Carte blanche

Pas de chômage, pas de santé

27 mars 2013
Coralie Ladavid

Secrétaire politique, Fédération des maisons médicales ; assistante sociale à la maison médicale du Gué.

, Dr Benjamin Fauquert

Médecin généraliste à la maison médicale Le Noyer.

, Isabelle Dechamps

Accueillante à la maison médicale le Gué.

La réforme des allocations de chômage de novembre 2012 éloigne les plus fragilisés d’entre nous des soins de santé. Les conséquences en sont dramatiques. Une carte blanche de la Fédération parue dans l’hebdomadaire Le Soir, édition du vendredi 22 mars 2013.

Constat

L’augmentation de chômeurs perdant leurs droits aux allocations est programmée ! Selon la FGTB, on attend environ 35.000 personnes sur 100.000 dans cette situation d’ici 2015. C’est donc un pan entier de la sécurité sociale qui disparaît pour toute une partie de la population. En effet, depuis la réforme des allocations de chômage de novembre 2012, ce n’est pas seulement une dégressivité des allocations qui est en vigueur mais également l’instauration d’allocations de chômage d’insertion limitées à 3 ans. Cette mesure concerne tous les nouveaux demandeurs d’emplois sortant de l’école mais également des personnes qui retrouvent le droit au chômage. En janvier 2015, si ces personnes n’ont pas trouvé de travail elles devront se diriger vers les CPAS. Le pire est que même si elles sont en incapacité de travail, elles ne pourront pas avoir droit aux indemnités de mutuelle puisque là aussi on fait de grosses restrictions. Il faut maintenant prouver qu’on était capable de travailler en arrivant sur le marché de l’emploi et qu’on a une diminution de capacité. Mais si on n’a jamais travaillé, on ne peut pas le prouver… Bref, c’est le chat qui se mord la queue et les personnes les plus vulnérables sont jetées tour à tour de la sécurité sociale.

Ces nouvelles mesures sont un scandale quand on sait qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde !

Actuellement, nous sommes déjà témoins d’une augmentation de chômeurs et de travailleurs pauvres qui ne parviennent pas à payer leurs médicaments ou leurs factures hospitalières. On sait aussi que les CPAS ont de graves problèmes de financement et qu’ils ne pourront pas faire face à ces demandes grandissantes. Qu’en sera-t-il quand des « sans revenus » viendront s’y ajouter ? En effet, ces personnes sans chômage risquent également de perdre leur mutuelle.

Sérieusement, comment rester en bonne santé et se soigner sans revenus ? Cela signifie des conditions de logement plus qu’aléatoires, des enfants grandissant dans des familles matériellement très instables, avec toutes les conséquences que l’on imagine, dont une détérioration de la santé. Les statistiques de santé publique montrent l’impact des conditions sociales sur l’état de santé, le renoncement aux soins et même l’espérance de vie (Marmot, Lancet 2012 « WHO European review of social determinants of health and the health divide », voir aussi l’étude de l’observatoire de la santé et du social de Bruxelles sur le dépistage du cancer du sein). La dégradation de la santé de la population est une véritable bombe à retardement avec des effets attendus à court, moyen et long terme.

Après la dramatique immolation d’un chômeur en fin de droit devant une agence pour l’emploi à Nantes, une série d’autres tentatives d’immolation s’est déclarée en France (Le Monde 17/2/2013). Le désespoir fait florès en ce moment. Une étude parue récemment tend à montrer, statistiques de suicide qui suivent la crise économique de 2008 à l’appui, que la récession économique est un facteur de risque de mortalité par suicide aux Etats-Unis (Reeves, Lancet 2012).

Conséquence d’une économie débridée sans la moindre considération pour l’humanité, la situation que nous vivons actuellement est, sans suffisamment de questionnement, entérinée par les gouvernements européens. Mais elle produit de la maladie et potentiellement même de la mortalité ! Pourquoi les chômeurs les droits au travail, au chômage, à l’assurance maladie vont se perdre en cascade, une perte en entraînant une autre. En cette période de pénurie d’emploi pour tous, ils sont les boucs émissaires de dysfonctionnements économiques qui les dépassent. De nouveaux types d’exclus, et la liste commence à s’allonger de manière inquiétante, sont ainsi créés. L’autre grande perdante étant la sécurité sociale dont un pan entier est asphyxié, ce qui ne pourra que mettre à mal ses autres constituants. La déstructuration de la solidarité nationale, dont les actions sont si concrètes dans notre vie quotidienne, est symptomatique d’une progression disproportionnée des valeurs de l’argent face à celles de la cohésion sociale.

Nous, professionnels du social et de la santé, témoins quotidiens des méfaits de ces législations aux effets pernicieux pour la santé et le bien-être de personnes déjà fragilisées, les dénonçons fermement. Nous encourageons les citoyens, le monde associatif et les professionnels de la santé à rejoindre ou soutenir tous ceux qui proposent des alternatives pour lutter contre les inégalités sociales en santé : les syndicats, la Plate-forme Santé-Solidarité, le collectif Roosevelt 2012, qui font des propositions réalistes et concrètes pour rendre notre monde plus humain et plus juste. La situation est grave mais des solutions peuvent encore être trouvées. La créativité et la détermination peuvent être au service de la santé et de la solidarité.



A télécharger : Le Soir du 22 mars 2013 : carte blanche Dechamps Ladavid Fauquert (100k, pdf)