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La solidarité pour favoriser l’émergence


1er octobre 2013, Isabelle Philippe

coordinatrice du département crédit solidaire de Crédal.

Isabelle Philippe coordonne le département qui soutient les associations et entreprises du secteur de l’économie sociale. Le crédit alternatif, c’est son rayon ! Elle nous livre son regard sur le développement de nouvelles maisons médicales à la lumière des enjeux de leur financement.

Financièrement parlant, les maisons médicales sont des projets qui marchent bien. « Dans le cas d’une maison médicale où on ne part de rien, par exemple dans une petite ville où il n’y en a pas encore, le démarrage est parfois un peu lent et il faut deux ou trois ans pour atteindre le quota d’inscriptions, nuance néanmoins Isabelle Philippe. Il faut faire un travail de sensibilisation des populations, des pouvoirs publics et des médecins locaux... Les praticiens porteurs du projet acceptent de se payer moins et font donc partiellement du bénévolat avant d’arriver progressivement à un barème normal. ». Dans un quartier de Bruxelles, un autre cas de figure, la création d’une antenne par une maison médicale « mère » confrontée à un trop plein de patients. Ce trop-plein est alors renvoyé vers la nouvelle structure. « Dans ces situations, le projet met un an environ pour atteindre un équilibre financier », explique notre interlocutrice. Troisième possibilité, plusieurs médecins indépendants se regroupent, certains d’entre eux amenant leur propre patientèle. « S’ils fonctionnent à l’acte, le projet démarre directement, cela ne change pas grand-chose pour les patients. S’ils se mettent à travailler au forfait, il y a alors un gros travail d’information à faire au préalable. Ce passage peut parfois prendre plusieurs années. Mais une fois que c’est réalisé, il y a une assise financière pour mener à bien toute une série de projets. »

Le challenge le plus important dans le développement d’une maison médicale, aux yeux de notre interlocutrice, touche à sa gestion : comptable et financière, mais aussi la pratique de l’autogestion, les tensions potentielles entre fonctions salariées et indépendantes, et entre les fonctions médicales et les autres.

Fedemmcoop, un fonds de garantie commun pour la création des nouvelles maisons médicales

La coopérative Fedemmcoop est née en 2010. Son objectif : appuyer le développement des maisons médicales. Il est en effet fréquent que des maisons médicales dans une situation financière confortable apportent leur aide, par des prêts ou des dons, à leurs consœurs. Les enjeux de la coopérative sont de centraliser l’offre et la demande, de mutualiser les moyens financiers du secteur et, ainsi, d’accroître les moyens de soutien via un effet levier auprès des organismes financiers partenaires, Crédal et Triodos.

Concrètement, les maisons médicales font des prêts à la coopérative. Cette dernière fait des placements auprès des organismes financiers partenaires et ces placements servent de garantie pour des projets approuvés par le conseil d’administration de la coopérative. Aux yeux de la Fédération, il en résulte plusieurs avantages :

les risques sont dilués sur l’ensemble des bénéficiaires ;

les risques pèsent sur la coopérative et non plus sur une maison médicale prêteuse ; les projets sont étudiés par Crédal et Triodos ;

une plus grande égalité dans l’accès aux moyens financiers des autres maisons médicales.

Des modes de soutien multiples

Pour Isabelle Philippe, la motivation et l’entente au sein des équipes sont parmi les facteurs de réussite les plus importants de ces projets. « En général, ce sont des projets où les personnes sont très très impliquées. C’est un gage de réussite. Le système du forfait permet de développer des actions de prévention, une pluralité de services, à des gens qui n’y ont pas accès. » Il reste que, au cours des premières années particulièrement, le don, le recyclage, le travail bénévole... sont autant de sources alternatives de financement, d’apports de type non monétaire, qui, mis bout à bout peuvent se révéler importants.

« Il existe une grande solidarité entre les maisons médicales existantes et une de leur priorité consiste à soutenir l’émergence des structures qui se créent » continue Isabelle Philippe. Mise à disposition par une maison médicale « mère » à une nouvelle antenne de sa force de travail, don ou prêt de matériel, partage d’embauche ou encore prêt à un taux zéro... Les modes de soutien aux projets naissants sont multiples. C’est dans la même optique que la Fédération des maisons médicales, en collaboration avec Crédal, Solidarité des alternatives wallonnes et bruxelloises (SAW-B) et Triodos, a créé Fedemmcoop, un fonds de garantie (voir encadré). Alimenté par les placements de fonds de trésorerie de maisons médicales disposant de liquidités, Fedemmcoop permet de soutenir des projets naissants mais peut aussi être utilisé par une maison médicale plus ancienne pour mettre sur pied un projet conséquent, comme l’achat d’un bâtiment ou le passage du financement à l’acte au forfait. En centralisant les propositions d’aide financière et matérielle, la Fédération des maisons médicales espère ainsi augmenter l’effet levier et répartir les risques sur un groupe plutôt que sur un « individu ».

« Pour les financements qu’elle octroie, Crédal prend un tiers du risque, tandis que la maison médicale doit trouver des garanties pour les deux-tiers restant, détaille Isabelle Philippe. Elle peut alors solliciter le fonds de garantie mis en place par la Fédération. C’est une belle idée, qui a encore du potentiel. Mais à l’heure actuelle, cela n’a pas encore vraiment décollé. Les prêts de maison médicale à maison médicale, en direct, continuent à se pratiquer. » Au total, 14 maisons médicales ont déjà été financées par Crédal, dont 5 couvertes par le Fonds de garantie. « C’est maintenant à la Fédération de convaincre les maisons médicales de passer par le fonds pour en augmenter l’impact collectif » estime la coordinatrice du département crédit.

« La première fois qu’on a eu une demande de crédit de la part d’une maison médicale, on l’a passée au crible de notre grille d’analyse sociale, et on a vu qu’elle était en plein dedans : même si la création d’emplois (un des critères prioritaires de Crédal) n’est pas le moteur de ces projets, ils rencontrent les critères de fonctionnement interne démocratique et d’impact social positif sur leur territoire via l’accessibilité aux soins et le travail en santé communautaire. C’est pour cela que les maisons médicales sont devenues des projets prioritaires pour Crédal », conclut en souriant la coordinatrice du département.

Cet article est paru dans la revue:

n° 66 - octobre 2013

Sens et diversité : le terreau des maisons médicales

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...