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La NewB : un projet qui mobilise et qui donne l’espoir en un avenir meilleur…


1er avril 2013, Coralie Ladavid

Secrétaire politique, Fédération des maisons médicales ; assistante sociale à la maison médicale du Gué.

A l’heure où j’écris ces lignes, plus de 40.000 personnes et associations sont devenues coopérateurs de la NewB et veulent ensemble créer une nouvelle banque ! En quelques jours, l’objectif d’avoir 10.000 coopérateurs a été largement dépassé. La Fédération des maisons médicales soutient l’initiative depuis un an déjà et notamment toute la phase exploratoire du projet. Mais pourquoi la Fédération soutientelle ce projet ? En quoi la création d’une nouvelle banque participe à améliorer la santé de la population ?

En juin 2010, le conseil d’administration de la Fédération des maisons médicales décidait de devenir membre du Réseau financement alternatif (RFA), asbl qui promeut, par un travail d’éducation permanente, l’éthique et la solidarité dans les rapports à l’argent afin de contribuer à une société plus juste et plus humaine.

Les raisons de cette adhésion étaient multiples. Tout d’abord, le Réseau financement alternatif (REA) défend comme les maisons médicales une société plus solidaire. Dans la mesure où la diminution des inégalités sociales favorise le bien-être de la population globale (de nombreuses études en attestent [1]), on peut dire que le projet politique du Réseau financement alternatif rejoint tout à fait nos préoccupations. De plus, la santé de la population dépend d’un ensemble de déterminants dont celui de l’économie. Il est donc pertinent de soutenir un acteur qui agit dans ce champ de façon favorable pour l’ensemble de la population. Nous ne pouvons en effet pas agir directement sur l’ensemble des déterminants de la santé mais il est de notre devoir de soutenir les initiatives qui oeuvrent dans ces différents champs d’actions.

Finalement, de nombreuses maisons médicales, la Fédération et la coopérative de la Fédération (Fedemmcoop) font déjà appel à des investisseurs socialement responsables pour la demande de prêts ou de placements (Triodos, Crédal). Ce type de service répond donc bien à des besoins dans notre secteur. Mais les services offerts actuellement ne sont pas complets.

Le Réseau financement alternatif et son homologue flamand (netwerk vlanderen) se sont lancés depuis plus d’un an dans une sacrée aventure : osez proposer la création d’une nouvelle banque en ces temps de crise !

Il y a encore quelques années, le paysage bancaire était diversifié. Les différents métiers bancaires étaient assurés par des sociétés commerciales, mais aussi des organismes publics et des institutions coopératives liées aux grands mouvements.

Aujourd’hui, seules des banques commerciales subsistent, souvent sous forme de multinationales qui cumulent tous les métiers de la banque, de la finance et de l’assurance, et facilitent donc la circulation opaque des capitaux entre ces secteurs. Cette opacité joue au seul bénéfice des actionnaires.

Les banques privées assèchent les finances. Elles désintègrent la richesse et écrasent les pauvres. Elles étranglent l’économie et échappent au contrôle démocratique. Pour ces raisons, l’évolution du système bancaire est un enjeu majeur de la santé, considérée dans la globalité de ses déterminants.

S’ajoute à cela, une crise bancaire et financière. Celle-ci sévit en Europe depuis 2007 et a obligé les états à intervenir financièrement de manière colossale pour sauver les banques. Si les états et notamment la Belgique n’intervenaient pas, des banques comme Dexia ou Fortis faisaient faillite et entrainaient avec elles leurs clients. La Belgique a été mise devant un fait accompli, et a dû jouer le rôle de pompier. Cette intervention a mis à mal les finances de l’Etat et aujourd’hui ce sont des milliards d’euros qu’il faut encore aller chercher chez les contribuables. Cette situation est le résultat d’une gestion très risquée des banques qui recherchent le plus haut profit en investissant dans des produits à haut risque en dehors de toute économie réelle. Les banques ne prêtent plus uniquement pour des projets qui créent de l’activité économique réelle (comme par exemple la création d’une petite entreprise de menuiserie, l’achat d’une maison…) mais elles investissent dans des produits qui sont supposés prendre de la valeur simplement par la loi de l’offre et la demande. Ce qui veut dire qu’un produit peut tripler de valeur parce que beaucoup le demandent. Cette plus-value n’est donc pas en lien avec une activité économique réelle (on ne produit rien, on crée simplement une plus-value qui risque de chuter quelques jours plus tard). Ce système est très fragile et peut mettre à mal l’économie tout entière d’un pays. Ce qui est le plus fou c’est que, malgré cette expérience, les banques et les états ne semblent pas changer de paradigme même si des nouvelles règlementations sont imposées aux banques pour limiter un peu les abus. Les Etats et l’Union européenne quant à eux prônent l’austérité pour renflouer les caisses au détriment des populations les plus fragilisées.

C’est dans ce contexte, alors que les banques traditionnelles se plantaient royalement et que l’Etat devait venir à leur secours, que le Réseau financement alternatif et Netwerk vlanderen se sont mobilisés pour créer une banque qui réponde à 12 valeurs fondamentales. Elles sont l’ADN de NewB et sont inscrites dans les statuts de la coopérative :

Insertion sociale : à travers des dizaines d’associations et des dizaines de milliers de coopérateurs.

Dès le début du projet, de nombreuses organisations sociales ont été sollicitées pour soutenir le projet et devenir coopérateurs. L’intérêt de la démarche était notamment de dépasser la pilarisation belge (ce n’est ni un projet socialiste ni un projet ‘catho’) et de créer un réel mouvement citoyen. En s’appuyant sur ses associations coopératrices, la nouvelle banque pourra davantage répondre aux besoins de l’ensemble de la population, en ce compris les plus fragilisés.

Simplicité : les produits et services proposés aux clients sont simples à comprendre.

Sécurité : à travers des investissements dans l’économie réelle. Le gain n’est pas un objectif en soi.

Pas de place pour la spéculation mais une contribution affirmée à l’économie locale et durable. D’un côté, investir dans des produits et services innovants avec une plus-value sociale et environnementale et de l’autre, exclure les activités aux effets néfastes pour la société.

Durabilité : la banque exclut tout produit ou projet nuisible à l’environnement et à la société.

Transparence : dans toutes les activités de la banque.

Innovation : solutions innovantes pour une économie sociale et écologique. L’exemple qui nous a été donné est la création de prêts pour l’achat d’un chien aux personnes mal voyantes. En effet, le coût de ce type d’achat est important et les banque « classiques » refusent de faire ce type de prêt.

Participation : le client a son mot à dire. Tout client sera coopérateur, qu’il soit organisation ou particulier. Tous les coopérateurs seront membres de l’assemblée générale avec le principe de 1 homme = 1 voix, quel que soit l’investissement en parts de capital. Honnêteté : partage équilibré des bénéfices entre les dépôts et les coopérateurs.

Inclusion : accès au service pour tous.

Sobriété : par une gestion économique et appropriée.

Sans palais, parachute ou bonus. Elle s’avère rentable grâce à une gestion économe, efficace et professionnelle.

Diversité : une attention pour les différences entre les personnes.

Une banque à la fois sensible aux différences entre les individus et destinée à tous.

Proximité : proche des gens.

Toute son activité sera tournée vers la Belgique : il s’agit de servir les citoyens belges et de soutenir des projets belges.

Il y a des banques en Belgique qui répondent à l’un ou l’autre des critères cités ci-dessus (ex : le Crédit agricole est encore une coopérative. Argenta s’est concentré sur les missions bancaires de base. Triodos est une banque durable). Mais aucune ne rassemble toutes ces caractéristiques à la fois.

La Fédération des maisons médicales soutient activement cette initiative parce que nous pensons que l’implication des citoyens à une finance plus juste participe au bien-être de tous. Etre membre d’une banque coopérative permet d’apporter un regard critique sur son institution financière. Elle oblige également à plus de transparence et limite les dépenses somptueuses. Elle développe la citoyenneté et l’esprit critique. Elle permet à chacun d’être acteur de son devenir et soutient l’autonomie.

Nous soutenons aussi ce projet parce qu’il place la banque comme un moyen au service de l’objectif d’une vie en commun et non plus comme la recherche du profit absolu. Il replace davantage l’humain au coeur de l’organisation de la société.

Cette coopérative s’organise en lien étroit avec la population et la société civile pour que les services offerts correspondent au mieux aux besoins de l’ensemble de la population sans nécessairement considérer le caractère lucratif de ces services. Les maisons médicales pourraient à partir de leur expérience de terrain relayer des demandes qui ne sont pas rencontrées.

Finalement, elle donne le pouvoir aux personnes, indépendamment de leurs avoirs financiers : un homme = une voix. Cela correspond à notre objectif de réduction des inégalités et d’émancipation.

La campagne NewB a débuté ce 24 mars. L’objectif était de rassembler 10.000 membres coopérateurs, pour montrer qu’une banque coopérative comme NewB est attendue par des milliers de citoyens et d’organisations. L’objectif a été atteint en deux jours ! Et le nombre de coopérateurs ne fait que croître de jour en jour. La campagne continue jusque fin juin et un « NewB Tour » est organisé pour faire connaître le projet à un maximum de personnes. Des séances d’informations locales sont donc prévues. Le programme se trouve sur : www. newb.coop/fr/infoavond.aspx.

Cette initiative donne l’espoir en un avenir meilleur à plus d’un titre. Elle montre par son engouement que le citoyen est prêt à se mobiliser, à ne plus se laisser faire, être à la merci d’une économie libérale débridée qui lui échappe. Elle montre aussi une prise de conscience de la population. Les choses ont été trop loin et le modèle montre ses failles.

Elle montre aussi que les citoyens et la société civile, lorsqu’ils se mettent ensemble, peuvent faire changer les choses et qu’il ne faut pas toujours attendre que les représentants politiques bougent. La démocratie représentative c’est bien mais il ne faut surtout pas qu’elle serve à endormir le peuple ! Ce projet ne résoudra évidemment pas toutes les nuisances de notre société capitaliste et elle ne la remet d’ailleurs pas en question. Mais elle intervient dans une dérégulation néfaste de l’économie et dans une déshumanisation de celle-ci.

Comme la Fédération des maisons médicales et des milliers de personnes devenez coopérateur de la NewB, si ce n’est déjà fait, et mobilisez toutes les personnes qui vous entourent à adhérer à ce projet porteur de changement social !

[1Rapport OMS, 2008, Combler le fossé en une génération : www.who.int/social_ determinants/thecommission/finalreport/ closethegap_how/fr/index.html

- Résolution de l’Assemblée mondiale de la santé, 2009, Réduire les inégalités en matière de santé par une action sur les déterminants sociaux de la santé : http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/A62/ A62_R14-fr.pdf

- Avalasse H., Cornelis K., Mertens R., Gilles O. Inégalités sociales de santé : observations à l’aide de données mutualistes. 2008. Mutualités chrétiennes.

- Breuil J., Ho M-W., Katz A., & al. La santé pour tous ! Se réapproprier Alma Ata. CETIM ; 2007.

Cet article est paru dans la revue:

n° 64 - avril 2013

Les infirmièr-es sous les projecteurs

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

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