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L’alternative n’est pas un itinéraire bis


1er juillet 2011, Dr Axel Hoffman

médecin généraliste à la maison médicale Norman Bethune.

« Le modèle néo libéral tend vers une marchandisation des services y compris dans la santé et le social : un des effets est l’accroissement des inégalités devant la santé. L’individualisme résulte pour une part de cette fragmentation sociale et du détricotage de la solidarité ; il expose aussi à une grande fragilité. Le terrain des soins de santé est un bon terrain pour identifier ces tensions, les acteurs de cette dynamique, et les alliances possibles. Ceci implique un travail de dénonciation, d’information et de soutien aux alternatives citoyennes qui favorise des comportements individuels responsables et des revendications collectives citoyennes vers une organisation plus régulée, plus « saine » et plus socialement redistributrice. (…). La question des modes de vie et de consommation est transversale. Elle permet d’articuler tous les domaines de la vie sociale avec celui de la santé. Outre l’impact des logiques de marché sur la santé (alimentation, stress lié au surendettement, gestion des déchets et de l’environnement …) la lutte contre la marchandisation de la santé (privatisation des soins de santé, instrumentalisation financière de la recherche, introduction de la publicité, lobbies pharmaceutiques …) est un enjeu particulièrement important pour nos institutions. ».

Extrait du dossier de reconnaissance Education permanente de la Fédération des maisons médicales


« …Ce modèle néolibéral est en place à l’heure actuelle presque partout au niveau planétaire. Les conséquences à l’échelle mondiale sont visibles partout :
- inégalité croissante dans la distribution des richesses avec un transfert de richesses des populations pauvres vers les populations riches ;
- diminution de l’accessibilité à l’enseignement, aux soins de santé, au logement, mais aussi à l’eau, la nourriture, le travail, à des degrés divers dépendant de la zone du monde où l’on se trouve. ».

Extrait de la Charte des maisons médicales


Ces deux citations, extraites de documents fondant l’action des maisons médicales et de leur Fédération, parlent d’eux-mêmes et explicitent l’importance que revêtent à nos yeux les initiatives citoyennes qui proposent des alternatives concrètes au fonctionnement actuel de la société.


Pourquoi choisir la voie de « l’alternative » ?

« Identifier la résistance contre le néolibéralisme à celle contre une dictature a quelque chose d’artificiel, qui nous plonge dans la virtualité : un régime d’oppression ou d’occupation est un élément qui tente de s’imposer dans une situation pour devenir hégémonique mais qui ne la constitue pas en soi. Alors que le capitalisme, lui, n’est pas un soubresaut historique : c’est une forme de civilisation, un long cheminement de la pensée, de la culture, de la vie, dont nous faisons tous partie ».

Résister, c’est créer, Florence Aubenas et Miguel Benasayag, La Découverte et Syros, Paris 2002


C’est pourquoi nous privilégions le réformisme révolutionnaire dont les « alternatives » constituent un instrument. « Le réformisme signifie que la voie légale est privilégiée pour opérer le changement (par exemple par des modifications de lois). La révolution violente (le grand soir, les rêves rouges, les drapeaux qui flottent et les barricades qui fument) pourrait être un autre moyen mais celleci est contestée en termes d’efficacité et d’opportunité, ce qui la rend souvent inutile, voire contreproductive. Le réformisme révolutionnaire n’empêche pas le recours à des actions « coup de choc » comme le squat, les manifestations, les grèves pour interpeller l’opinion publique, les responsables politiques ou autres. Le réformisme révolutionnaire signifie également un changement en profondeur. Il ne s’agit en effet pas de prendre des mesurettes pour que le système actuel reste globalement stable mais bien de faire basculer le système vers une société plus égalitaire, où il fera bon vivre. Le changement se veut radical même si la méthode est douce. ».

« Pour un réformisme révolutionnaire », Coralie Ladavid, Santé conjuguée 54, octobre 2010


Une méthode douce que nourriront biodiversité culturelle, métissage des savoirs, éducation permanente, subversion, imaginaire et plaisir.

La voie est étroite et le risque de « récupération » est réel : il ne s’agit pas de devenir un alibi en pansant les effets pervers du néolibéralisme, ni d’en devenir l’allié involontaire en déforçant l’Etat.

D’où l’importance de ne pas démissionner du niveau politique.

De ne pas se contenter d’être une réponse, mais de rester une question.

De ne pas devenir une alternative aux services mais de continuer à poser un regard critique et à poser des actes « autrement ».

De ne pas se contenter d’être une solution concrète mais de renvoyer les problématiques à la société.

D’oeuvrer pour la transformer et la reconfigurer, d’être l’outil de la transition.

De ne pas céder sur les valeurs.

Cet article est paru dans la revue:

n° 57 - juillet 2011

La face cachée du changement

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...