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Je me fédère, tu te fédères, nous nous fédérons

19 décembre 2014
Dr Hubert Jamart

Médecin Généraliste à Seraing, permanent politique à la Fédération des Maisons Médicales

Dr Hubert Jamart - 19 décembre 2014

Introduction

De tout temps les êtres humains se sont réunis, pour des raisons diverses. Ces groupements peuvent avoir différents buts, différentes origines. Depuis la famille, qui regroupe des individus selon l’origine filiale, mais aussi de recomposition ; aux groupements plus complexes, l’organisation de la société peut en partie être analysée de la sorte. A l’école, dans des classes –selon l’âge des enfants, leurs connaissances- ; dans les mouvements de jeunesse –autour d’un certain apprentissage de la vie- ; à la musique ou au solfège –autour d’une passion commune- ; dans des mouvements étudiants – autour de la défense et la représentation d’un groupe ; dans des mouvements sociaux comme les syndicats interprofessionnels, pour offrir une zone de négociation et de compromis entre les travailleurs et les employeurs.

On fait alliance ! Avec son voisin, avec son frère, avec un ami, avec d’autres pour grandir ensemble, porter un message, se sentir plus fort et augmenter son importance face au monde extérieur.

Le mouvement des maisons médicales

Depuis leurs créations fin des années ‘60 et début des années ‘70, les maisons médicales ont cherché à communiquer entre elles, partager leurs expériences. En fait, nombre de structures similaires voyait le jour dans des lieux géographiques aussi variés que Tournai, Bruxelles ou Liège. Il y avait donc un courant, une vague, un supplément de quelque chose qui émanait de la société de l’époque, du contexte politique, qui favorisait la création de ces réelles alternatives. A la fin des années ’70 ont débuté les discussions parlementaires sur une alternative au paiement à l’acte, et ce n’est que quelques années plus tard (1984) que les premières maisons médicales rentraient dans un système de paiement des prestations de santé au forfait, avec une prudence de sioux.

C’est principalement à cette occasion que la nécessité de se fédérer en un groupe plus structuré s’est fait ressentir. Mais aussi autour d’une idée de changement social, de renouveau impératif, une politique solidaire et ambitieuse, au sens large du terme. Il fallait organiser le débat avec toutes les nombreuses parties prenantes. Les organisations professionnelles, médicales entre autres (les Chambres Syndicales, ancien ABSyM et la Confédération, ancien Cartel) mais aussi les mutuelles (responsables du paiement des prestations) et l’INAMI qui joue essentiellement le rôle d’entremetteur pour ces deux acteurs majeurs. Les médecins des maisons médicales sont alors très (trop ?) en coulisse des négociations. C’est aussi, faut-il le rappeler, à la lueur d’un contexte politique favorable, que les accords sur le forfait première mouture ont été écrits.

Bref retour sur la Fédération des maisons médicales

Assez rapidement donc une organisation se crée autour de la défense d’intérêts communs qui est alors le financement, mais aussi d’une idéologie progressiste, de changement de modèle de société. La grève des médecins de 1980 [1] auquel s’opposeront les maisons médicales est aussi un catalyseur qui permet la prise de conscience qu’une unité est indispensable pour faire bouger les choses. Une poignée de bénévoles, ou alors délégués par leurs maisons médicales, se réunissent chez les uns ou les autres pour organiser leur représentativité. Pour aussi projeter leur implication dans les arcanes de l’organisation du système des soins de santé, pour transformer la société en influençant l’image que le système (de santé) peut renvoyer à cette dernière. Petit à petit, l’idéal commun se développe pour devenir la Fédération telle qu’’on la connaît aujourd’hui. A savoir quelque chose qui fédère avant tout un mouvement. Plus qu’une fédération de services directs comme on le voit majoritairement pour d’autres types de fédérations, tous secteurs confondus.

Il est très important donc de se rappeler que ce sont les maisons médicales qui forment l’organe souverain (assemblée générale) de cette ASBL. Le conseil d’administration est, lui, exclusivement composé de travailleurs issus de la mère nourricière. La fédération est la fille issue de l’union de l’ensemble des maisons médicales membres du mouvement. Celles qui lui ont donné naissance complétées par celles qui le rejoignent et se sentent en accord avec ses valeurs.

La Fédération Wallonie-Bruxelles

Voici encore un bel exemple d’une sensation impérieuse de se fédérer. Autour de quoi ? Une crainte, un besoin de se rassurer, de se sentir uni, dans un positionnement communautaire. Pour marquer plus fortement un lien entre l’ensemble des citoyens belges francophones, la décision fut prise de renommer la communauté française en une fédération. De personnes, on est devenus des territoires. De communautés à région, de logiques d’individus (droits individualisables) vers un socle commun plus terre-à-terre. Pour se muscler, rouler des biceps, montrer qui l’on est et consacrer l’envie que l’on a de progresser ensemble.

Et les autres…

Fédération des entreprises de Belgique ; Fédération Laïque des plannings familiaux ; Fédération des services sociaux, Fédération Générale du travail (et oui la FGTB est une fédération !) ; Fédération des Scouts Catholiques de Belgique devenu depuis quelques temps (2008) Fédération des scouts de Baden-Powell de Belgique, perdant donc au passage son signe sacré au profit d’une vue plus large et rassemblant un plus grand nombre autour d’un développement spirituel ouvert à tous. Fédération belge de la distribution ; Fédération des institutions hospitalières, Association des journalistes professionnels.

On comprend donc qu’il est possible de se fédérer pour sur des thèmes hétéroclites. Et que les objectifs, tant en termes opérationnel, que de services rendus peuvent varier très fortement.

Comment faire pour s’y retrouver ?

Voici l’épineux équilibre qu’il faut trouver. Les raisons pour se fédérer sont tout aussi diverses que les thèmes fédérateurs. Quête de soutiens, de reconnaissance, d’augmentation de la visibilité d’un secteur, d’un type d’activité, pouvant aller jusqu’à une défense ferme d’intérêts propres. Le tout allié ou non à une envie de faire progresser la société, selon une vision commune d’un idéal vers lequel tendre.. D’autre part les fédérations, quelles qu’elles soient, ont besoin de membres pour les faire vivre (expliciter la question des sous), pour les remplir de sens, de contenu, de masse critique et pour justifier leur représentativité et faire évoluer les rapports de force.

Dès lors on imagine que les uns et les autres se cherchent, se côtoient, flirtent de façon à se nourrir mutuellement des besoins institutionnels qui les habitent à ce moment précis. On voit donc une certaine mouvance qui peut s’installer dans tout ce champ de bataille. Luttes entre les institutions, qu’elles soient fédérées ou fédératrices. Les uns font leur marché, les autres offres les services les plus attirants possible en lien avec leurs objectifs.

Mais d’autres raisons peuvent aussi pousser à se fédérer, de façon à stimuler et soutenir la croissance dans son propre secteur, de façon à soutenir d’autres fédérations en lien avec ses propres convictions mais travaillant dans des domaines plus spécifiques. On peut vouloir faire le poids d’une institution de façon à influencer la sphère politique, organiser une représentativité qu’on ne peut plus laisser de côté.

International

Là aussi on peut se rendre compte de la richesse de la collaboration pour défendre des idées, mener des combats sur un socle commun. Il y a inévitablement des obstacles supplémentaires. Il s’agit de nations qui parlent avec d’autres nations. De cultures, de langues variées, dont il faut délimiter les plus petits communs dénominateurs (en matière politique, idéologique, de mouvement social, d’intérêts philosophique,….) de façon à réconforter la nécessité, la plus-value d’une association. Et donc définir clairement les objectifs que l’on se fixe, les interlocuteurs qu’on souhaite atteindre et les heureux élus qui feront partie du ‘club’.

Quels équipiers faire monter à bord ?

« Non ce n’était pas le radeau de la Méduse ce bateau… »

Dilemme initial et jeu d’équilibriste. En effet, il faut mesurer aussi avec soins les volontés de taille d’une fédération en relation avec ses objectifs et la sélection de ses membres. Plus les critères seront sélectifs et très spécifiques, moins de monde seront au portillon en espérant décrocher le précieux sésame. Les filtres doivent donc en permanence être ajustés de façon à privilégier le plus grand pragmatisme possible. Si les portes sont trop restrictives, vous n’arriverez que difficilement à atteindre rapidement une représentativité suffisante. Mais dès lors se pose la question d’atteindre rapidement ces masses critiques, et en échange de quoi. C’est de ce triangle entre masse critique, fédération et membre que vont dépendre les stratégies de croissance. Mais la croissance est-elle un but en soi ?

Comme on le voit, il y a de multiples réflexions et questions pour penser, repenser, définir et construire les objectifs pour lesquels on décide de s’unir, de travailler ou de se battre ensemble. La question des moyens et des ressources que l’on met à disposition de ces objectifs est probablement une question centrale. En effet, l’évolution du mouvement – en lien avec le nombre d’unités fédérées et leur diversité - viendra inévitablement impacter les objectifs de départ et leur capacité à répondre ou à s’adapter à cette évolution et aux enjeux de demain. Dans un monde en mutation où se fédérer pourrait bien ne pas résister à la tentation de se mondialiser…


[1Le secrétaire d’état Dhoore voulait faire passer une loi programme qui prévoyait de nouvelles mesures visant à instaurer un contrôle démocratique sur les dépenses en soins de santé. Celles-ci pouvaient être défavorables aux médecins.