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Conclusion


30 septembre 2016,

Nous l’avons vu, le principe de couverture sanitaire universelle ne suffit pas à faire une politique de santé (voir l’article page 20). Elle ne répond pas concrètement aux besoins d’une population. Elle constitue une vision, une série d’objectifs à atteindre en matière de politique de santé (voir l’article page 16). Tout comme l’allocation universelle, elle n’est pas une idée neuve. Il s’agit d’un principe ou d’une série de principes dont la mise en œuvre est plurielle et varie selon le pays, le contexte socio-économique sans oublier une vraie volonté politique.

Oui, une politique de santé doit être pensée à long terme et peut avoir en point de mire la couverture sanitaire universelle mais au-delà du discours et de l’idéologie, pour y parvenir, une stratégie et des actes doivent être posés. La question du financement (voir p 30), des mécanismes de remboursement (voir p 43) et leur communication vers les personnes concernées (les plus vulnérables principalement), le lien entre les différents échelons (voir les articles en pages 50, 55 et 59) du système de santé combiné à l’adaptation de la formation des soignants ainsi que le renforcement du pouvoir de négociation des différents acteurs dans la prise de décision sont quelques éléments, indissociables, dont il est impératif de tenir compte et auxquels il faut réfléchir. Eléments à mener de front sans faire l’économie de la mise en place de politiques cohérentes en matière de déterminants non médicaux de la santé (logement, environnement…).

En ce qui concerne le financement, une politique de santé n’est possible qu’avec un investissement public, l’objectif étant de rencontrer le bien commun, responsabilité de l’Etat. Et le niveau collectif doit être privilégié à une politique axée sur l’individu (fonction du statut de la personne  : social, économique…) pour éviter des disparités et approcher l’équité.

Selon nous, et pas seulement, la politique de santé ne peut être guidée par le marché. La règlementation du marché entraîne des coûts (pour les pouvoirs publics, les patients…) alors que de nombreux auteurs soutiennent que les systèmes publics permettent des économies d’échelle (achats, fournitures, distribution…). Là où il y a du privé, le pouvoir de négociation diminue, les inégalités se creusent et l’accès aux soins diminue dramatiquement (exemple  : Pays-Bas).

Les systèmes où la régulation est faible, en raison du désinvestissement de l’Etat dans le champ de la santé (tendance dans de nombreux pays comme par exemple la Grèce, le Portugal ou l’Espagne), favorisent les prestataires privés marchands. Ceux-ci se centrant sur ce qui rapporte et laissant aux services publics ce qui coûte créant ainsi une couverture sanitaire universelle à deux vitesses. Les plus pauvres n’ayant dès lors plus accès qu’à un minimum de soins assuré par un système public surchargé contraint à prendre en charge ce dont le privé ne veut pas (voir l’article page 23).

La mise en œuvre de la couverture sanitaire universelle passe-t-elle par un renforcement des soins de santé primaires et une articulation entre les différentes lignes de soins par un système de santé échelonné  ? A la Fédération des maisons médicales, nous le pensons et le défendons.

Référé dans l’article 4, Amit Sengupta (2013) nous rappelle qu’«  un système de santé n’est pas qu’un agrégat de prestataires […] mais un réseau intégré de services et de soins stratégiquement assignés aux niveaux primaire [généraliste], secondaire [spécialisé] et tertiaire [hospitalier et de la recherche]  ».

Avec un système organisé de manière échelonné, nous pouvons, par le renforcement de la première ligne, dont les maisons médicales font partie ainsi que tous les prestataires de premier recours non-spécialisés, faire des économies en deuxième ligne. Et s’appuyer sur l’échelon zéro (voir l’article page 59) pour diminuer le coût des soins, (re)créer du lien entre les personnes par un soutien aux initiatives et alternatives citoyennes, et par là soutenir les conditions d’une bonne santé au sein de la population. En 2013, dans son plaidoyer pour la couverture sanitaire universelle l’Organisation mondiale de la santé recommande (voir l’article page 30) aux organisations de la société civile de participer au débat sur la politique fiscale globale pour augmenter le budget de la santé publique, de s’opposer à des financements reposant sur les paiements directs, de préconiser des stratégies qui incluent dès le départ les populations pauvres et vulnérables ou encore d’être vigilants à l’égard des allocations de fonds qui bénéficient de manière disproportionnée aux soins hospitaliers tertiaires, aux dépens d’un investissement dans les services de soins de santé primaires locaux, ou qui bénéficient de manière disproportionnée aux traitements, aux dépens de la prévention et de la promotion.

L’échelonnement du système de soins permettrait une meilleure maitrise des dépenses de santé et une meilleure qualité des soins. Pour que cela soit possible, il est nécessaire de rendre de la valeur aux métiers de la première ligne afin d’assurer une porte d’entrée de qualité au système de santé. En Belgique, la médecine générale notamment, manque de reconnaissance. Cela est perceptible dans les universités où le hit-parade des spécialisations les plus prisées ne comporte pas la médecine générale. Pour pallier à cet état de fait, il serait notamment utile de revoir le mode de financement des soins qui engendre une dévalorisation financière des métiers de la première ligne. La valorisation passe également par une réforme de la formation des soignants pour la rendre plus adéquate aux exigences de la première ligne de soins. Les prestataires doivent être mieux formés au travail interdisciplinaire, à l’intervention tenant compte de la dimension globale de la santé, au-delà du curatif (intégrant la prévention) et au-delà du soin (intégrant une capacité d’action sur les déterminants non-médicaux de la santé) (voir l’article page 50). Formation créant également les conditions d’une rencontre plus égale entre soignants et usagers (voir l’article page 72), conscients de leurs savoirs réciproques, favorisant ainsi les décisions les plus adéquates pour le patient.

Dans son rapport 2013 intitulé Le piège de l’austérité, Oxfam insiste sur le fait que les solutions qui ont permis à nombre de pays de sortir de la crise contredisaient les prescriptions du Fonds monétaire international. «  Plusieurs pays ont rehaussé les dépenses sociales au lieu de les couper, ils ont réduit les inégalités et ont remis en place de véritables services publics. Et ces mesures se sont révélées efficaces pour surmonter la crise.  ». Et de souligner également que «  si les mesures d’austérité se poursuivent en Europe, 15 à 25 millions de personnes supplémentaires pourraient se retrouver en situation de pauvreté d’ici 2025  ». Pourtant chez nous, alors que le budget de la défense augmente, notre Gouvernement prévoit (ajustement budgétaire 2016) 169,5 millions d’euros d’économies dans le secteur des soins de santé.

En 50 ans, notre pays est passé d’une logique visionnaire à une logique gestionnaire. Le financement solidaire perd encore des mailles et les trous s’agrandissent dans le portefeuille du patient. L’Etat n’entend-t-il pas la souffrance physique et psychique des citoyens  ?

Qu’on l’appelle couverture sanitaire universelle ou autrement, avoir une vision à long terme est une condition nécessaire mais pas suffisante. Pour y accéder, des moyens doivent être déployés.

«  Garantir l’accès universel aux soins de santé, c’est respecter la dignité humaine de toute personne. Nous devrions commencer à envisager les inégalités en matière de santé sous l’angle des droits de l’homme, en plaçant la personne au centre du système de soins. En associant les usagers à la conception des soins et en respectant leur droit à l’autodétermination, nous permettons aux intéressés de faire leurs propres choix et améliorons l’adéquation entre les services proposés et les besoins réels  » et cela sans faire l’économie d’un transformation profonde du système sociétal. (Carnet des droits de l’homme, Maintenir l’accès universel aux soins de santé, 2014).

L’équipe éducation permanente de la Fédération des maisons médicales propose une animation aux maisons médicales (usagers et soignants) intitulée Jouez au docteur et soyez patient. Elle consiste en une mise en situation qui permet de faire émerger et d’échanger les expériences concrètes du service santé, de la maladie. Comme son nom l’indique, elle permet aussi de projeter les comportements des soignants. A partir de ces expériences, le travail d’animation consiste à mettre en évidence les représentations des participants autour du soin, de la maladie et de la santé, leur diversité, la contradiction fondamentale entre les dimensions individuelle et collective de la santé, les limites et incohérences du système de santé dans notre pays et les enjeux de sa transformation.

Cet article est paru dans la revue:

n° 76 - septembre 2016

Couverture sanitaire universelle en Belgique

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

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