Santé Conjuguée
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Octobre 2011
Imaginer un monde sans informatique ? Il est difficile, même pour les moins jeunes, de se rappeler comment c’était « avant ». Aujourd’hui, le développement de la télématique donne un coup d’accélérateur à une informatisation toujours plus présente. Avec de nouvelles possibilités prometteuses mais aussi un risque de dérives. C’est donc le moment de « recadrer » la place de l’outil dans les soins de santé. Vaste question dont notre cahier aborde deux aspects : qu’est-ce que l’informatique a changé dans la relation de soins, tant du côté des usagers que des professionnels ; qu’est-ce que l’informatique apporte en termes de qualité des soins ? De manière inattendue, les réponses à ces questions sont loin d’être consensuelles.
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- La place de l’informatique dans la relation de soins. Point de vue des patients
Quel est le point de vue des patients sur la place prise par l’informatique dans la relation de (...) (Chapoix Gaelle)
- Données-santé informatisées : la Ligue des usagers des services de santé appelle à la vigilance !
Du côté de la Ligue des usagers des services de santé, on voit d’un oeil favorable (...) (Fierens Micky)
- Sites d’informations médicales sur Internet : pour ou contre ?
On rapporte des propos de médecins disant leur irritation de recevoir des patients qui leur (...)
- L’ordinateur : outil, tiers ou écran ?
La présence de l’ordinateur sur le bureau des généralistes est aujourd’hui acceptée. Mais sa place (...) (Marc Van MeerbeekFroidecoeur XavierDenis BaudouinMiguelle.benrubi1)
- Ordinateur et médecine
En médecine générale, le patient attend plus qu’une réponse technique à ses questions. C’est (...) (De Caevel Henri )
- Structuration et concepts du dossier médical électronique
Organiser les informations médicales concernant un patient pour en faire un dossier médical (...) (Roland Michel)
- La consultation de Mme Rita Bauwens : du face à face clinique au dossier informatisé
Les éléments de structuration du DME (Dossier médical électronique) permettent d’organiser les (...) (Roland Michel)
- L’informatique en maison médicale, une question d’équipe
L’informatisation des maisons médicales répond à des besoins et à des objectifs spécifiques (...) (Broze Marie-Agnès)
- Le tableau de bord de la Fédération des maisons médicales
Le projet tableau de bord de la Fédération des maisons médicales a plusieurs objectifs dont celui (...) (Carbonez Francois)
- Voilà à quoi pourrait ressembler la commande d’une pizza en 2015
Fantasme ou menace sérieuse ? La rencontre du pouvoir médical et de la puissance informatique (...)
- Recueil de données de santé de routine et respect de la vie privée
La Fédération des maisons médicales développe un recueil de données de santé de première ligne (...) (Marganne Marie)
- Des données de santé utiles, utilisables et utilisées. Pour mieux prendre les décisions en santé publique
On parle beaucoup de l’information sanitaire, des statistiques de santé, de l’aide à la décision (...) (De Spiegelaere MyriamTellier Véronique)
- Le Réseau santé wallon
Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication permet (...) (Jongen Philippe)
- L’évaluation éthique de l’outil informatique est-elle possible ?
Les questions soulevées par l’influence des nouvelles technologies dans le secteur de la santé, (...) (Boury Dominique, Sauvaige Monique, Barrea Mieke, Ruelle Yvan, Barbotin Élisabeth, Jacquemin Dominique, de Bouvet Armelle )
- Derrière l’arbre qui cache la forêt
Après un tour d’horizon de ce que l’outil informatique, bien géré, peut apporter à la santé, voici (...) (Chapoix Gaelle)
- Le stéthoscope et la souris : savoirs médicaux et imaginaires numériques du corps
Dans les années 80, l’informatique a donné naissance à une dématérialisation imaginaire de (...) (Casilli Antonio)
- Petits cailloux
L’objectif de notre cahier était d’explorer ingénument comment l’outil informatique avait fait son (...)
juillet 2011
La santé, c’est global. Ce n’est pas seulement maladie et compagnies, c’est tout ce qui fait qu’on est bien. Dans son corps, dans sa tête, dans sa relation aux autres, dans la société dont on est membre, dans son environnement... Vaste programme, incompatible avec le réel. Le réel aujourd’hui, il est néolibéral, il marchandise, il inégalise, il ne vous reconnaît qu’en bourse. Les inégalités et l’absence de reconnaissance sont deux grosses maladies qu’on va souvent déposer chez le médecin. Ça ne sert à rien. Le brave toubib risque même de vous filer des tranquillisants et des antidépresseurs dont l’effet principal sera d’enrichir les actionnaires du complexe pharmaceutico-industriel et l’effet secondaire de vous faire taire. Un truc qui pourrait être plus efficace, ce serait de voir s’il n’y a pas moyen de fonctionner autrement. De sortir des réponses imposées et d’en inventer de nouvelles, pas (encore ?) absorbées par le « marché ». Des réponses entre égaux, entre gens qui se reconnaissent. Ce qu’on appelle des alternatives. Pour aller vers un monde plus juste, plus solidaire, plus agréable, qui sera aussi meilleur pour la santé.
Le congrès 2011 de la Fédération a voulu marquer cette volonté. Rêver d’un autre monde. Le premier cahier de Santé conjuguée qui introduisait ce congrès s’intitulait « oser rêver ». Ce quatrième et dernier cahier lié au congrès présente des acteurs qui proposent des alternatives à cette société, qui agissent à leur niveau, concrètement, au quotidien, sur le terrain, et montrent que le modèle social dominant n’est pas unique et inéluctable. Nous les avons rencontrés au congrès. Avec eux, nous reprenons certaines questions : qu’est-ce qu’une alternative ? Comment ? Pourquoi ? Avec qui ? Et nous, les maisons médicales, sommes-nous (encore) des acteurs de changement ?
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- On arrête tout, on résiste et c’est pas triste
Depuis la déclaration d’Alma Ata (1978), l’objectif « santé pour tous » se heurte à la montée en (...) (Hoffman Axel)
- Alternative, une photo de famille
A quoi reconnaît-on une « alternative » ou, pour le dire autrement, une initiative citoyenne qui (...) (Chapoix Gaelle)
- Reprise d’entreprise par les travailleurs : se réapproprier notre avenir ?
Réappropriation, émancipation, citoyenneté : la reprise d’entreprise par le personnel… une (...) (Adam Fabrice)
- Les Groupes d’achat solidaires de l’agriculture paysanne (GASAP)
Les groupes d’achat solidaires de l’agriculture paysanne existent depuis maintenant cinq ans à (...) (Wyngaerden François)
- Mobile, autonome et solidaire
« Apprends à entretenir et à réparer ton vélo et tu rouleras toute ta vie ». En autonomisant les (...) (Menet Béatrice )
- Pour une naissance à visage humain, en toute simplicité
Comment sortir de la logique de l’accouchement comme acte médical ? Par le partage d’expérience (...) (Lévesque Caroline)
- L’aventure citoy-éolienne de CLEF
Un trait marquant des alternatives est leur dimension collective, démocratique et, volens (...) (Marchal Fabienne)
- La finance solidaire comme réponse aux crises que nous traversons
Il n’y a rien à faire contre les dérives de la marchandisation et de la financiarisation ? Faux (...) (Attout Antoine)
- Lieux d’accueil de la petite enfance, carrefours du lien social
Souvent les services auxquels nous recourons sont organisés d’en-haut ou de loin et réduisent (...) (Verniers Quentin )
- L’Espoir, créer son habitat
L’alternative, ce n’est pas inventer un nouveau modèle à reproduire, c’est innover, c’est développer (...) (Grandjean Carole)
- L’Autre « Lieu », une ressource alternative à la psychiatrie dans la durée
Soutenir une position de questionnement du système dominant, continuer à accompagner ceux que ce (...) (Marchal Christian )
- Les maisons médicales sont-elles une alternative ? En quoi ? Regards d’usagers
Ils participent à des activités [5] de maisons médicales en région liégeoise, bruxelloise et (...) (Muller Ingrid)
- Les maisons médicales, une alternative ? Vue intérieure
Les maisons médicales constituentelles une alternative, entendons par là une initiative citoyenne (...) (Hoffman Axel)
- Quelques réflexions pour fabriquer une histoire globale, intégrée, continue et accessible des maisons médicales
Une analyse « historique » met en exergue la nécessité « macro » de déployer des alternatives au (...) (Drielsma Pierre )
- Les pouvoirs publics se déchargent-ils de leur responsabilité ? Réflexions à partir du secteur de l’insertion socioprofessionnelle
Des opérateurs privés constituent aujourd’hui des alternatives qui assument des tâches auparavant (...) (Moens François)
- Le réseau, ou la mobilisation de membres autour d’objectifs communs
Depuis des décennies, des entreprises et associations de l’économie sociale se rassemblent et se (...) (Huens Véronique)
- Pour qu’il y ait alternative(s), il faut des réseaux et des militants
L’alternative, c’est du travail sur les limites, du travail dans la transversalité, dans la « (...) (Schmitz Camille )
- La théorie de la transition, comme éclairage pour les alternatives
A travers ce cahier, nous avons discuté de ce qui caractérise les alternatives, de leurs (...) (Chapoix Gaelle)
- Au-delà des mots
L’alternative, ce n’est pas que concepts et analyses. Ca se vit. L’absurdité du (...) (Legrève Christian)
- L’alternative n’est pas un itinéraire bis
(Hoffman Axel)
Dessine–moi un centre de santé. Drôle d’idée ? Pas vraiment. Sur tous les continents, la façon de produire de la santé évolue. Partout des centres de santé apparaissent, tous différents, tous polarisés par une certaine conception de la santé (pas celle du Dr House). Que signifie cette évolution, qu’est-ce qui caractérise ces centres, quels espoirs portent-ils pour l’avenir de la santé et des soins de santé ? Notre dernier cahier poursuit l’exploration de ces questions déjà entamée lors du congrès de la Fédération des maisons médicales en mars 2011.
- Inégalités et soins de santé primaires
Le niveau mondial de la santé s’améliore mais aujourd’hui encore les inégalités demeurent criantes (...) (Porignon Denis)
- Un cadre pour des soins de santé primaires communautaires
L’apport des soins de santé primaires est largement démontré, que ce soit en termes d’efficacité ou (...) (Adeagbo Ade)
- Au Brésil, la santé comme un droit politique
Organiser le système de santé comme un droit politique qu’il importe de faire respecter, tel est (...) (de Negri Armando )
- Passer d’un système de maladie à un système de santé : l’expérience du Canada
La santé n’est pas seulement une chose à laquelle on accède dans le cabinet d’un médecin ou un (...) (Thibault Simone)
- La santé mentale comme porte d’entrée à l’installation d’un service de santé de première ligne
A partir d’un programme « vertical » de santé mentale, une dynamique de connaissance réciproque (...) (Sow Abdoulaye)
- Un centre de santé communautaire en milieu rural dans une région de Roumanie
En Roumanie, l’implantation d’un centre de santé dans un milieu rural déshérité a non seulement (...) (Farkas-Pall Zsuzsanna)
- Des critères à tous les niveaux
Notre voyage du Brésil au Canada et de Guinée en Roumanie nous a appris que les centres de santé (...) (Heymans Isabelle Van der Vennet Jean)
- Critères de qualité pour décrire des centres de santé primaires communautaires
L’article précédent nous a indiqué comment les centres de santé peuvent s’insérer harmonieusement (...) (Hubert Jamart)
- La douloureuse introduction des concepts de soins de santé primaires en Belgique
Entre le monde « idéal » des critères et leur incarnation dans le réel s’étendent les vastes champs (...) (Drielsma Pierre )
- De la création du Centre canadien de l’agrément
Les critères permettant de définir ce qu’est ou ce vers quoi doit tendre un centre de santé, c’est (...) (Defrenne France)
- Faisons les vivre !
- La participation ne se décrète pas, elle se construit, en équipe
Si la participation n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’émancipation et de bien-être, elle (...) (Lambert Olivier,)
- Chausse-trappes
Une enquête menée dans les maisons médicales liégeoises met en évidence les écueils et les (...) (Legrève Christian)
- La tarte et le territoire
La rareté ou la raréfaction des ressources est posée comme fondement de la réflexion sur les (...) (De Loeul Emmanuel)
- Sans foi sur les métiers…
« Les enjeux de la santé aujourd’hui et dans l’avenir sont importants : vieillissement, croissance (...) (Poucet Thierry)
- (Sans foi sur les métiers ?) Remaillons les disciplines !
« Travailler en équipe, ça ne coule pas toujours de source. Ça demande de faire des choix, de (...) (Poucet Thierry)
- Forfait à la capitation, du rêve à la réalité
Rendre les soins de santé accessibles, promouvoir la prévention, identifier une population, (...) (Ernens Catherine)
- L’accès aux soins, un problème que l’on croyait résolu...
Il peut sembler étonnant de parler de difficultés d’accès aux soins dans un pays comme la Belgique. (...) (Legrève ChristianSarguini Latifa)
- Intégration de la promotion de la santé dans les lieux d’exercice regroupés
Encore longue est la route qui mène de l’ancien paradigme - lutter contre la maladie en (...) (Viault Rodolphe)
- Bruxelles - Kinshasa, tous en synergie à 10.000 km de distance
(Leenen Sylvie)
- Visages
Neuf témoignages face à la caméra. Neuf manières de vivre le rapport entre le projet politique et (...) (Legrève Christian)
- Epilogue
janvier 2011
Au poète qui se demandait « Où sont
les neiges d’antan », la Fédération des
maisons médicales propose plutôt de
s’inquiéter de nos métiers de demain.
Tout change à grande vitesse : nos
capacités de soins se développent
sans cesse, nos patients vieillissent,
le virage ambulatoire se décide à
n’être plus un mirage, les pratiques de
groupe prennent le pas sur le modèle
« solo », la santé communautaire
et la santé environnementale nous
lancent des défi s… Ces évolutions
ont une conséquence directe sur les
soins de santé primaires : les métiers
traditionnels sont remis en question,
parfois démembrés ; de nouveaux
besoins apparaissent, appelant de
nouveaux métiers ; l’importance
croissante donnée à la prévention et
à la promotion de la santé, la place
de sujet enfi n rendue au patient,
la réorganisation des services,
l’ouverture des institutions vers
l’extérieur, la nécessité de liaison et
de coordination imposent des tâches
nouvelles. A quoi ressembleront
demain les métiers de la santé et dans
quel projet de société s’inscrirontils
? Vous en aurez quelqu’idée en
lisant notre cahier « Du futur des
métiers aux métiers du futur ».
- Une étude sur les métiers de demain au premier échelon en Belgique : pourquoi et comment ?
Le premier échelon de notre système de santé est en cours d’évolution. Les professionnels qui le (...) (Paligot FlorenceHeymans Isabelle Somasse Elysee )
- Vous avez dit « fonctions » ?
Les métiers de la santé évoluent. On pourrait en parler en termes « d’identité » mais l’identité (...) (Heymans Isabelle )
- Métiers de la première ligne et systèmes de santé : vers plus de spécialisation ou de polyvalence ?
L’organisation de nos systèmes de santé est en mutation et tend vers une plus grande (...) (Macq Jean Barbosa Vanessa Ces SophieJeanmart CarolineVan Durme Thèrèse)
- La fonction psychiatrique et les maisons médicales
Malgré des investissements importants, notre système de santé se montre peu efficace pour les (...) (Eliane Bailly, Olivier Croufer, Vanni Della Giustina)
- Les poupées russes, ces métiers dans nos métiers…
Le niveau « soins de santé primaires » est composé de professionnels « généralistes », aptes à (...) (Drielsma Pierre Heymans Isabelle Fisette Marie-LouiseStrub JeanJurdan Virginie)
- Assistant social en maison médicale : l’art de trouver sa place
Quand les services sociaux se multiplient sur le terrain, certains très spécialisés dans les (...) (Parmentier Claude)
- Sage-femme, une fonction qui existe depuis la nuit des temps
Sage-femme, une fonction « de première ligne » qui existe depuis la nuit des temps mais dont la (...) (de Thysebaert Bénédicte )
- Un défi permanent : la diététique
Dans un contexte de malbouffe, de marketing santé farfelu et de précarité croissante, la place (...) (Etienne Emmanuel)
- Etre gestionnaire d’une maison médicale
Une maison médicale grandit, elle grossit, ses activités se multiplient et les besoins de (...) (Saint Amand Fabienne)
- L’ergothérapie, un métier aux facettes multiples
Il est nécessaire de soigner les patients, mais aussi de leur donner des moyens vers plus (...) (Declercq Severine)
- Professionnels, aidants proches et volontaires...
Dans notre société où les familles se rétrécissent et où les centres d’activité se diversifient, (...) (Ducenne Caroline Van Vlaenderen Bernadette)
- Pharmacien d’officine, un acteur santé de première ligne ?
Dans l’éventail des « référents santé » des patients, le pharmacien occupe une place de premier (...) (Chaspierre Alain )
- L’assistant de pratique, une solution à la pénurie dans le secteur de la santé ?
Il devient de plus en plus difficile de trouver des soignants, notamment en première ligne, et (...) (Paligot FlorenceSarguini Latifa)
- Travailler en promotion de la santé, ça ne s’improvise pas
La promotion de la santé ne s’improvise pas. Pour arriver à des réalisations, il est (...) (Delpierre ValérieBufkens LucileJacques Sebastien)
- La place du psychologue dans les maisons médicales
Toute parole sur la souffrance porte une dimension psychologique et à ce titre, tous ceux qui (...) (Della giustina Vanni)
- Rôle du médecin généraliste dans les maladies liées à l’environnement
L’environnement a un impact sur la santé humaine qui se solde, entre autres, par une (...) (Pauluis John )
- Note de fin
octobre 2010
Le congrès des maisons médicales, en mars 2011, nous proposera de parler de l’avenir, à partir des expériences alternatives d’aujourd’hui. Des femmes et des hommes qui cherchent, par leur action dans ce monde d’aujourd’hui, à poser les jalons d’un meilleur monde pour demain. Dans le domaine de la santé, et aussi, parce que c’est en lien, dans la société.
Ce premier cahier consacré à notre congrès, tente d’ouvrir des fenêtres sur une série d’enjeux à rencontrer pour aller vers un monde différent.
Est-ce qu’il existe des propositions crédibles, documentées, opérantes d’organisation de la société qui peuvent aider chacun-e à penser un projet alternatif global ?
Est-ce que certaines de ces propositions peuvent être mises en lien avec le rôle des maisons médicales ? Sont-elles propres à réaliser le rêve des travailleurs des maisons médicales, des travailleurs d’autres secteurs, de citoyens qui cherchent autre chose ?
Et c’est quoi, ce dont on rêve ?
- Je rêve d’un autre monde
(Heymans Isabelle )
- Une fine bande de brume translucide à l’horizon
Il fait beau. Et comme bien souvent, Marguerite, tellement plus d’ans que de dents, guette à sa (...) (Daborka Vlahovic, Sylvie Leenen, Thérèse Martin, Céline Mendels Flandre, Véronique Chalon et Bénédicte Roegiers,)
- Les sentiers pentus de l’alternative : l’objection de croissance
Héritage de l’époque des Lumières, notre manière d’occuper le monde mêle des idéaux de justice et (...) (Cornil Jean)
- Le mode de développement qu’implique un haut niveau de protection sociale
Comment conserver un haut niveau de protection sociale, notamment en ce qui concerne les (...) (Harribey Jean-Marie)
- Croissance et bien-être : que disent les indicateurs ?
On s’inquiète de la crise. Mais qu’est ce qu’une crise ? C’est un arrêt de la croissance (...) (Boulanger Paul-Marie)
- Du changement, du champ à l’assiette, pour tous
Le défi alimentaire consiste à nourrir la population mondiale qui pourrait passer de 6,5 à 9 (...) (Chapoix Gaelle)
- Du pétrole et de quelques idées
Depuis sa découverte à la fin du XIXème siècle, sa con- sommation mondiale n’a cessé d’augmenter (...) (Muller Ingrid)
- Y a-t-il un contraceptif dans l’Arche ?
« Faut-il stopper la croissance démographique » ou que faire si nous voulons continuer à (...) (Drielsma Pierre )
- Le travail libéré
Peut-on imaginer un nouveau statut du salariat ? Est-il possible de le rendre indépendant de (...) (Legrève Christian)
- Le boeuf est lent mais la terre est patiente
Fragments d’une réflexion pour une autre société. (Roland Michel)
- Quelques balises pour l’action politique
Quelques repères pour situer les clivages fondamentaux de notre société et les courants qui la (...) (Defrenne France)
- Pour un réformisme révolutionnaire
Pourquoi le réformisme révolutionnaire ? Une vision stratégique de la Fédération des maisons (...) (Ladavid Coralie )
Juillet 2010
Que se passe-t-il pendant une grève de
la faim ? On ne peut que rester
interloqué par ce moyen ultime de faire
entendre sa voix, qu’il soit utilisé par
Gandhi, par l’Armée républicaine
irlandaise - IRA ou par les sans-papiers.
Marianne Prévost a accompagné plusieurs grèves de la
faim menées par des sans-papiers. Sans
mandat professionnel, à titre privé.
Elle nous livre ses notes, sans arrière-pensée,
sans angélisme. Témoignage du cahier de ce numéro spécial de Sante conjuguée.
Avril 2010
Les définitions de la santé qui la décrivent
comme débordant le cadre du
médical et de la maladie datent de
1948. Voilà 60 ans qu’on démontre
que les conditions socio-économiques
et environnementales déterminent la
santé davantage que le médical. Et
pourtant les budgets vont toujours au
médical, des lois se promulguent et des
initiatives se réalisent sans que leurs
répercussions sur la santé fassent l’objet
d’attention.
Il n’y a aucune cohérence à produire,
même involontairement, de la
« moindre santé » dans les choix
économiques et environnementaux et
à concentrer des moyens énormes pour
réparer les dégâts en aval. Cette absurdité
n’est pas qu’une gabegie, c’est
aussi un scandale, car ce sont les plus
faibles, les moins armés pour se
défendre qui subissent le plus les
impacts-santé des choix. C’est dès
l’amont, lors de ces choix, qu’il faut
prendre en compte leurs répercussions
sur la santé des gens.
Sur ces constats, notre cahier se veut
un outil au service de deux propositions.
L’une promeut les études d’impact en
santé pour qu’une connaissance sur les
répercussions en santé de toute initiative
éclaire les décisions politiques.
L’autre revendique la prise en compte
du caractère transversal de la santé et
la mise en œuvre d’une loi santé, qui
doit conférer au ministère en charge
de la santé un rôle de conseiller pour
toute question pouvant avoir une
répercussion sur la santé publique,
avec pouvoir d’interpellation.
Que recèlent ces enjeux, quels leviers
et obstacles parsèmeront leur chemin,
que nous apportent les expériences de
l’étranger, voilà quelques questions
que nous explorons dans notre cahier.
Bonne lecture.
Janvier 2010
Arbeit macht frei. Le cynisme de cette
inscription sur le sinistre portique qui
marquait l’entrée du camp d’Auschwitz
serait-il en train de faire de
petits ? Sous la pression du nouveau
management néolibéral, les conditions
de travail se dégradent depuis 30 ans,
au prix de la santé et parfois de la vie
des travailleurs. Verra-t-on un jour, à
l’entrée des entreprises, un fronton
proclamant que « Le travail tue en
toute impunité » ? Il n’est pas question
ici de noircir les perspectives du
monde du travail mais de prendre
conscience des processus destructeurs
qui sont à l’oeuvre et d’en tirer les conclusions
pour construire la résistance.
Pour n’avoir pas à vraiment choisir :
santé ou travail ?
- Docteur, j’en peux plus
« Docteur, je n’en peux plus. Je ne suis pas malade, je suis à bout. » Une plainte que les médecins (...) (Alice Bernard)
- On vous demande de vous tuer au travail
Les grandes entreprises sont confrontées à des vagues de suicide sans précédents, qui ne sont que (...) (Hoffman Axel)
- Suicide et travail
Dans l’article précédent, nous avons examiné les réactions face à un suicide au travail. Avec C. (...) (Hoffman Axel)
- Le retour du puritanisme au travail
Depuis quelques décennies, l’insécurité de l’emploi et la dégradation des conditions de travail (...) (Mateo Alaluf)
- La banalisation de l’injustice sociale
On pourrait croire que la souffrance au travail a été atténuée par la mécanisation. Faux ! La (...) (Hoffman Axel)
- Le travail invivable
Les troubles musculo-squelettiques liés au travail sont peu reconnus chez nous. Il est plus que (...) (Bob Roeck)
- Santé et allongement des carrières
L’allongement de la durée de vie combinée à la baisse du montant global des cotisations sociales en (...) (Médecine pour le Peuple)
- La morbidité du travail à horaires irréguliers
En Europe, 20% de la force de travail est contrainte à des horaires de travail irréguliers. (...) (Stéphane Noël)
- L’amiante : crime de masse en temps de paix
L’amiante tue les travailleurs, on le soupçonne depuis plus de 100 ans, on le sait depuis plus de (...) (Laurent Vogel)
- La sous-déclaration des cancers respiratoires professionnels, en particulier dûs à l’amiante
En Belgique, comme dans d’autres pays de l’Union Européenne, bon nombre de cancers (...) (Joël Thimpont)
- La santé est un droit pour tous !
Les problèmes soulevés par le rapport entre travail et santé, au-delà de leurs spécificités, (...) (Defrenne France)
- Les missions du Fonds des Maladies Professionnelles
Les missions du Fonds des Maladies Professionnelles (FMP) consistent à appliquer la loi de (...) (Joël Thimpont)
- Le rôle du Fonds des Maladies Professionnelles en faveur de la réadaptation des patients lombalgiques
Le Fonds des Maladies Professionnelles propose un programme de réadaptation pour les patients (...) (Olivier Poot)
- Les relations entre le médecin du travail et le médecin généraliste
Le médecin du travail (MT) et le médecin généraliste (MG) visent tous deux à maintenir et à (...) (Philippe Farr)
Octobre 2009
Il ne se trouve plus grand monde pour contester que l’état de santé des populations est davantage lié aux conditions socio-économiques qu’à une surenchère de l’offre curative. Ou, en d’autres termes, que la lutte contre les inégalités de santé repose entre autres sur l’accès au logement, à l’éducation, à un revenu décent, à la justice sociale. Toutes choses qui aujourd’hui ne sont même plus garanties dans nos pays riches… pas pour tout le monde. S’attaquer à ce problème, c’est à la fois engager le niveau politique et mobiliser des stratégies interdisciplinaires. Ceci relève du défi dans le complexe politico-institutionnel belge. On peut en effet dire que la promotion de la santé jouit d’un jugement très favorable dans les discours mais, dans le concret, se confronte à des obstacles tels qu’elle demeure en fait une contre-culture.
Alors, la promotion de la santé, une belle idée qui s’en va à vau-l’eau, une grenouille qui aurait voulu se faire aussi grosse que le bœuf… On n’est pas d’accord ! Et on l’explique dans un cahier d’analyses et d’arguments pour une promotion de la santé à la hauteur des réalités et de nos ambitions.
- La promotion de la santé en Communauté française : un dispositif structuré, des questions multiples
La politique de promotion de la santé est organisée par décret en Communauté française depuis l997 (...) (Prévost Marianne Lonfils Charlotte)
- La promotion de la santé en Communauté française de Belgique : entre enfermements et ouvertures ?
Le 28 mars 2009, l’APES-ULg organisait un séminaire intitulé : Actualiser la promotion de la (...) (Gaëtan Absil)
- Le centre local de promotion de la santé de Bruxelles décline la promotion de la santé au niveau local
Il existe 10 centres locaux de promotion de la santé en Communauté française. Leurs missions, (...) (l’équipe du centre local de promotion de la santé de Bruxelles)
- Où chercher l’information en promotion de la santé : le Réseau bruxellois de documentation en promotion de la santé
La recherche documentaire et bibliographique est une démarche essentielle pour réfléchir, asseoir (...) (Danielle DombretMourad Benmerzouk)
- Santé publique et promotion de la santé : l’expérience de la Cap Coeur
Comment construire un programme de promotion de la santé à l’échelle d’une large population – celle (...) (Hubens ValérieYves CoppietersCécile BéduwéJean-Luc CollignonAlain Levêque)
- Promotion de la santé : et les publics "difficiles" ?
La Fondation Roi Baudouin a lancé en 2008 un appel à projets sur la santé du coeur. 17 promoteurs (...) (Roger LonfilsHervé Lisoir)
- Bien-être et santé du coeur auprès de la population défavorisée : petit tour d’horizon des projets
La Fondation Roi Baudouin apporte un soutien à 17 projets centrés sur le bienêtre et la santé au (...) (Prévost Marianne Lonfils Charlotte)
- Comment parler de l’alimentation avec nos patients ? Deux initiatives à partager
La maison médicale Alpha Santé a mis sur pied, en collaboration avec Cultures et santé, un (...) (Dubois Bénédicte Anne Lixon)
- Au coeur de la vi(ll)e, le vélo...
Le projet du CPAS de Namur présenté ici est un bel exemple de rencontre des paradigmes différents (...) (Sabine Bouz)
- De la problématique logement à la rénovation de l’îlot Cherequefosse à Tournai : les habitants au coeur des projets
Le collectif Droit au logement pour tous (DAL) ne se considère sans doute pas comme un acteur de (...) (Aurélie Viseur)
- L’analphabétisme en santé
L’analphabétisme dans le domaine de la santé semble être une réalité fréquente, sous-estimée et (...) (Gilles Henrard)
- "Docteur, ils parlent tous médecin ici !" La santé du coeur chez les apprenants de Lire et Ecrire
Lire et Ecrire conçoit la formation comme un lieu de resocialisation permettant de mettre en (...) (Prévost Marianne )
- Médecine générale et promotion de la santé... Une histoire comme les autres
Comment prendre en compte les déterminants de la santé dans une consultation de médecine générale (...) (Laperche Jean)
- Promotion de la santé et développement durable : le cas des villes-santé
Depuis l986, l’Organisation mondiale de la santé – OMS propose aux villes d’intégrer la santé, au (...) (Prévost Marianne )
- Quand l’utilisation d’une grille d’observation devient un véritable outil de conscientisation
Né dans les années 70, principalement au Québec, le concept de « santé communautaire » s’enracine (...) (Galli Mariela, Langlois Gaëlle, Lebourdais Perrine, Pissarro Bernard)
Juillet 2009
La Charte d’Ottawa a été élaborée en 1986. Elle marque « officiellement » le début du mouvement de promotion de la santé, même si, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, de nombreux acteurs en faisaient déjà sans en avoir l’air, telles les maisons médicales apparues en 1972. On a beau avoir changé de millénaire, il n’y a là rien d’obsolète, que du contraire : le temps présent voit se creuser toujours davantage les inégalités et les « crises » font basculer de plus en plus de personnes dans la précarité, tandis que les conditions de la santé (ce qu’on appelle les déterminants, comme l’environnement, le logement, le revenu, l’enseignement) se dégradent pour tous. Le travail en promotion de la santé, qui s’axe sur ces problématiques est donc tout à fait d’actualité. Dans ce numéro de Santé conjuguée, nous en rappellerons les grandes orientations et verrons comment les maisons médicales les vivent sur le terrain et quels résultats elles atteignent. Notre prochaine livraison s’ouvrira aux actions de promotion de la santé de nos partenaires extérieurs et du monde associatif au sens large.
- « Professionnels de la santé, vous avez un rôle important dans la réalisation de nos projets » : une interpellation du Quart Monde
Ce document s’adresse au monde associatif, aux citoyens, aux professionnels, à tous ceux qui (...) (ATD Quart Monde Wallonie-Bruxelles asbl)
- Pour un renforcement de la promotion de la santé en Communauté française : plaidoyer des acteurs
En 1997, la Communauté française adoptait une position novatrice en Europe, en organisant un (...)
- Des facteurs influençant la mise en place d’actions de promotion de la santé dans les maisons médicales à Bruxelles
La promotion de la santé, enjeu majeur de l’amélioration de la santé des populations dans l’avenir (...) (Moreau Anne )
- Les dimensions d’une médecine générale de qualité
Avec l’histoire d’une famille, Michel Roland illustre l’insuffisance de la seule dimension (...) (Roland Michel)
- Travailler en réseau : le patient schizophrène et son médecin généraliste
Les médecins généralistes sont en première ligne face à des problématiques de santé mentale (...) (Daron Anne)
- L’empowerment et la connaissance des savoirs et représentations comme leviers de santé : alimentation et précarité
L’abondance des biens de consommation alimentaire et la déstructuration de l’alimentation amènent (...) (Hoornaert Chantal )
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La coopérative des patients est partenaire de la maison médicale Bautista van Schowen depuis (...) (Crismer André)
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D’un projet de santé communautaire à la redynamisation d’un quartier, un travail dans la (...) (Delvaux Mélanie Baudot EdwineBrasseur Pierre)
- La maison Biloba
Bruxelles compte 260.000 personnes étrangères, dont 20.000 ont plus de 65 ans. Parmi les (...) (Prévost Marianne )
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En 2006, des taux élevés de pollution due aux particules fines sont observés dans la région de (...) (Prévost Marianne Jadoulle Patrick)
- Le tabac : extinction à l’amiable
Comment aborder la question du tabagisme sans être moralisateur, normatif ? La Fédération des (...) (Hubens Valérie)
- Croisement des savoirs : une co-formation avec des personnes du Quart-Monde
En 2007-2008, l’Espace Promotion Santé – Qualité de la Fédération des maisons médicales construisait, (...) (Prévost Marianne Hubens Valérie)
avril 2009
On les appelle des « publics précaires », des « personnes vulnérables », on cerne de poches de
pauvreté sur les cartes de nos villes nanties. Ainsi nommés et parqués, ces publics et ces personnes
sont livrés aux bons soins de la frange la plus altruiste et la moins marchande du secteur sociosanitaire,
et à l’attention des sociologues et des anthropologues. Mais le temps n’est plus où un
élan caritatif pouvait dédouaner une « bonne société » de sa responsabilité vis-à-vis des plus
faibles, et l’autre temps, qui lui a succédé, celui de la sécurité sociale pour tous, semble vaciller.
Les inégalités longtemps contenues se creusent à nouveau et se matérialisent sous des formes
jadis moins visibles, à l’exploitation est venue se joindre la désaffiliation qui prend à contre-pied
les luttes sociales « classiques » et oblige à inventer de nouveaux espaces de réflexion et de lutte.
Le secteur de la santé est lui aussi emporté dans ces vents mauvais, ses repères tremblent (qu’est ce
que la santé dans la précarité ?), ses objectifs s’étranglent (quel sens peut prendre la visée d’un
état de bien-être dans un tel contexte socio-économique et politique ?), ses moyens d’action se
grippent (le modèle de soins de santé libéral ne peut à l’infini socialiser les coûts et privatiser les
bénéfices). C’est pourquoi il est indispensable de mieux comprendre quelle vie, quelles conditions
de vie se cachent derrière ces concepts de précarité et de vulnérabilité et ce qu’ils déterminent
pour la santé des personnes qui les vivent. Nous y consacrons ce cahier de Santé conjuguée pour
ensuite, dans notre prochaine livraison, ébaucher des réponses à ces problématiques.
janvier 2009
Journée de mobilisation de la Plate-forme d’action santé et solidarité
Au départ, une vague envie de se rappeler Alma Ata, 30 ans déjà. Et très vite, la prise de conscience
de toute une série d’acteurs qu’il n’était pas l’heure de commémorer mais d’agir ! Agir pour
« Promouvoir des politiques de santé progressistes et égalitaires » : tout le programme, tout le
sens de la Plate-forme Santé et Solidarité est contenu dans ce mot d’ordre.
Comme vous venez de le lire dans le texte d’introduction, ce mot d’ordre a rassemblé des représentants
de syndicats, de mutuelles, du secteur associatif, d’Organisations non gouvernementales
de développement et d’universités issus de toutes les régions du pays. Depuis 2007, ils réfléchissent
ensemble sur les moyens de promouvoir cette politique de santé progressiste et égalitaire et de lui
donner la force de se défendre contre les attaques néolibérales. Ce travail a débouché sur une
journée de mobilisation qui s’est déroulée ce 18 octobre 2008 et a permis de dégager des perpectives
d’action. C’est ce trajet et cette ouverture que retracent les pages qui suivent, non pas pour clore
le travail mais au contraire pour ouvrir les perspectives, pour interpeller et pour mobiliser tant
les acteurs que les usagers des soins de santé. « On compte sur vous » !
octobre 2008
Toutes les comparaisons internationales montent que des soins de santé primaires bien développés et soutenus sont une garantie de meilleure santé de la population et ce à des coûts inférieurs à ceux dépensés dans des systèmes moins axés sur la première ligne de soins. Le fait que cette première ligne soit le lieu où peuvent s’articuler médecine et déterminants non médicaux de la santé n’y est pas étranger. Pourtant dans notre pays, elle reste le parent pauvre en termes de financement. En outre, la formation des intervenants de première ligne demeure dominée par le savoir spécialisé et néglige outrageusement le rapport de la santé et du social. C’est pour travailler cette problématique que nous tiendrons à Wépion (21 et 22 novembre) la troisième session de notre Université Ouverte en Santé : Lecture des réalités sociales et que nous vous proposons dans notre cahier une série de lectures qui en éclaireront les débats.
- Une sociologie de combat
Si les soignants étudiaient la sociologie, y aurait-il moins d’inégalités sociales de santé ? De (...) (Aïach Pierre)
- Du bon usage de la sociologie
Dans un univers de béton et de mal-être, la rencontre avec des sociologues de terrain a permis (...) (Ménard Didier )
- Que peut apporter l’anthropologie médicale à la pratique de la médecine ?
Etant donné la diversité croissante des patients, il devient de plus en plus important pour les (...) (Hudelson Patricia)
- Le difficile enseignement de la démarche clinique
Les chemins sont nombreux et complexes qui mènent à un diagnostic. Il importe de les (...) (Pestiau Dominique Vanwelde Carl)
- Dessine moi une consultation
A l’aide de cartes, on peut mettre en perspective une consultation. (Vanwassenhove Laure )
- Devenir « médecin de famille »
Il est urgent d’en finir avec la folie hospitalière et de redonner leur place au médecin de (...) (Velluet Louis )
- Genèse de l’information clinique ; de la plainte aux concepts opératoires en médecine de famille
Identifier, analyser et traduire en concepts opératoires les problèmes relevés lors d’un contact (...) (Roland MichelJamoulle Marc )
- L’émancipation de tous les hommes
L’éducation populaire chez nous, comme en Amérique latine, est liée aux perspectives (...) (Degée Jean-Luc, Hardy Nancy )
- La Faculté ouverte de politique économique et sociale : entre théorie et action
La Faculté ouverte de politique économique et sociale (FOPES) propose une formation alliant (...) (Bray Anne-Françoise )
- Formation interprofessionnelle : une exigence pour une approche intégrée des soins
Le vieillissement de la population et l’augmentation de la prévalence des maladies chroniques (...) (Bischoff Alexandre Kruseman Maike Junod Perron Noëlle, Perone Nicolas )
- Sciences humaines et médecine : une alliance féconde
Pendant les années 90, la place importante des sciences humaines dans les études de médecine a (...) (Louis- Courvoisier Micheline)
- La formation permanente au service de la formation initiale
La complexité du travail social ne peut s’accommoder de la déconnection des formateurs par (...) (Chambeau Marc)
- L’infirmier bachelier spécialisé en santé communautaire : collaboration entre la santé et le social. Pour quelle pratique, pour quels besoins ?
C’est probablement l’une des premières professions du champ de la santé à avoir renversé le (...) (Poquet Andrée )
- Les cadres de la relation
Comment, face au savoir du professionnel, faire place et rendre justice à la parole du patient (...) (Lebeer Guy )
juillet 2008
Vieille lune, l’autogestion ? Dans un présent où l’économique fait plier le social, un présent qui
valorise les objectifs de pouvoir et de profit au détriment de la lutte contre les inégalités,
l’autogestion peut passer pour une relique soixante-huitarde empoussiérée.
Mais ce serait se résigner à la myopie que s’en tenir à cette vision. Car l’autogestion s’inscrit
dans une évolution historique longue. Concept et pratiques ont une antériorité forte par rapport à
Mai 68 qui certes en a vu la résurgence.
Comprendre l’intérêt du mouvement des maisons médicales - et de bien d’autres - pour l’autogestion
impose le détour par l’histoire, celle des rapports humains et des sociétés, celle des mouvements
sociaux.
A défaut, l’autogestion serait réduite à un processus de gestion d’entreprise.
« L’autogestion est un phénomène global. Elle couvre un champ bien plus large que la simple
organisation du système de production, ou la seule démocratie des décisions. Elle concerne la
société toute entière… Elle implique que chacun en tant que citoyen, consommateur, producteur
puisse participer à la prise de décision qui le concerne… ».
- A la rencontre des maisons médicales et de leur modèle autogestionnaire
Dans une société de plus en plus libérale où la liberté de l’individu, la compétition, la (...) (Dubois Bénédicte Wathelet Thierry)
- L’autogestion… je ne voudrais pas en changer
De l’hypothèse d’une société égalitaire à l’inévitable reconnaissance de l’alté rité : l’autogestion (...) (Cuvelier Lawrence )
- Agora et l’autogestion
(Legardeur Emeline )
- L’autogestion, ses sens, ses sources
Etymologiquement, « autogestion » signifie « la gestion par soi-même ». Le terme sera introduit (...) (Leruth Ingrid )
- L’autogestion pensée dans le domaine de la santé
Dans le contexte libéral dominant, le lien entre autogestion, santé et soins de santé est loin (...) (Leruth Ingrid )
- Autogestion : l’exemple d’une structure de santé particulière
L’autogestion n’est pas un concept abstrait, elle est le mode de fonctionnement habituel de (...) (Leruth Ingrid )
- L’autogestion, entre appareil institutionnel et idéal de démocratie
Le thème de l’autogestion semble pour d’aucuns aujourd’hui assorti de qualificatifs qui lui (...) (Leruth Ingrid )
- Les maisons médicales : acteurs de l’économie sociale
Depuis leur fondation, les maisons médicales fonctionnent en autogestion et selon un mode (...) (Legrève ChristianLadavid Coralie Huens Véronique)
- L’autogestion, de la propriété de l’entreprise à la démocratie directe
Comment définir l’autogestion ? Comme le souligne Jacques Defourny]] J. Defourny, Démocratie (...) (Nyssens Marthe)
- Petites lectures en toute autogestion
Outre les ouvrages déjà cités en note dans les articles de ce Cahier…
avril 2008
Au quotidien, la médecine et le médicament forment un couple fusionnel. Trop souvent, pour le
patient comme pour le praticien, l’acte médical se déroule comme un préliminaire amoureux
explosant dans l’orgasme de la prescription. Réduite à ce processus compulsif, la consultation
devient un rituel sacrifiant à un objet magique côté en Bourse. Exagération ? Toute caricature
n’est que l’exagération des traits du réel…
Ce schéma réducteur se nourrit de bien des contradictions : si le médicament enrichit les
actionnaires, il soigne le patient, il outille le médecin, il polarise le chercheur. Nous avons déjà
exploré dans nos cahiers précédents les aspects économiques et politiques de la problématique du
médicament (Santé conjuguée n° 14) et les dimensions psychologiques et sociales qui l’animent
(Santé conjuguée n° 15).
Dans la présente livraison, nous aborderons d’abord la question du « comment le médicament
parvient à prendre toujours davantage de place dans la relation thérapeutique » au
détriment des autres possibilité d’aide et d’action, notamment au plan psychologique (le médicament
qui éteint la parole), social (le médicament pansement du social), politique (le médicament bâillon
des injustices), environnemental (il est plus rentable de soigner les malades de l’environnement
que de soigner l’environnement).
janvier 2008
Longtemps les violences liées au sexe ont été un sujet tabou, et les victimes subissaient la double peine de ces violences et de l’impossibilité de se faire entendre sans déchoir. Ce temps peut paraître passé, mais dans la réalité quotidienne, combien de comportements rétrogrades, combien de peurs et de silences encore, combien de plaintes pas vraiment entendues ou pire, déformées au détriment de la victime, combien de drames qui auraient pu être évités si on y avait pris garde, combien d’enfants qui faute de savoir qu’autre chose peut exister reproduiront ce que leurs parents leur auront montré...
En 2008, un cahier consacré à sensibiliser soignants et public à la problématique des violences liées au sexe devrait être obsolète. Il ne l’est malheureusement pas.
octobre 2007
Le sixième jour, Dieu créa Adam. Puis il corrigea son erreur. Avec un certain retard sur cette
interprétation de l’exemple divin, le monde occidental, construit sur le mode patriarcal, reconnaît
depuis peu la place des femmes comme égale à celle des hommes. Encore est-ce du bout des
lèvres, en multipliant les faux semblants et les traquenards. Mais le processus a pris aujourd’hui
une telle allure que, malgré les combats d’arrière-garde de la domination masculine qui ne désarme
pas, rien ne semble pouvoir inverser la vapeur.
Le monde de la santé offre à cet égard un terrain d’observation révélateur. On assiste depuis
quelques décennies à une féminisation rapide et massive des professions de santé jadis réservées
aux hommes, et à une apparition des hommes dans les domaines dits féminins, tels celui des soins
infirmiers. De même, la santé des femmes commence enfin à être considérée dans ses spécificités,
y compris en dehors des questions gynéco-obstétricales. Mais les nouvelles configurations dessinées
par ces changements posent question : vivons-nous une simple intégration de l’élément féminin
ou une réelle transformation des cadres et des pratiques ? Le principe de hiérarchisation sociale
s’efface-t-il vraiment ou survit-il sous un masque progressiste ? Comment se pose aujourd’hui la
question féminine dans le champ de la santé ? Impossible de faire l’impasse sur ces questions
lorsque l’on prône une approche de la santé qui intègre la complexité du biologique, du
psychologique et du social !
C’est à ces problématiques que notre cahier veut apporter des éléments de réflexion dans le cadre
de notre société (à l’exclusion des autres cultures, vaste sujet qui mérite un développement
spécifique).
- Le féminisme pour quoi faire ?
Les questions qui étaient celles des féministes des années septante, même si elles se sont (...) (Collin Françoise)
- Regards féministes sur notre vie affective et sexuelle
De l’état d’incapacité à la libération sexuelle, le statut de la femme dans nos sociétés a connu une (...) (Coenen Marie-Thérèse)
- Histoire de désir
C’est au XVIIIème siècle que la femme se fait « éjecter » de la fonction de soignante qu’elle (...) (Farge Arlette )
- La santé des femmes, différente ?
Pendant longtemps, les conceptions sur la santé des femmes ont été basées sur des préjugés (...) (Hoffman Axel)
- La différence hommes-femmes et la relation médecin-patient
Réflexions d’un médecin de terrain sur la façon dont les différences hommes- femmes influencent sa (...) (Cuvelier Lawrence )
- L’alcoolisme est-il soluble dans le féminisme ?
L’alcoolisme n’a eu un sexe qu’à partir du moment où l’alcoolisme féminin a été « découvert ». C’est (...) (Hoffman Axel)
- Genres et pratiques de première ligne
Deux phénomènes convergent : l’évolu tion des pratiques médicales vers une approche (...) (Pestiau Dominique )
- Paysages de médecine avec femmes
Jusqu’au début du XXème siècle, la femme était considérée comme le sur « soignant naturel » de la (...) (Hoffman Axel)
- Les prestataires de soins : des femmes et des hommes
Vice-présidente du Groupement belge des omnipraticiens, principal syndicat des généralistes, (...) (Gillet Anne )
- Soins profanes, division du travail entre hommes et femmes
C’est dans la sphère domestique que l’inégalité sexuelle face aux tâches demeure la plus tenace. (...) (Hoffman Axel)
- Une politique de santé pour les femmes
C’est en 1791, en pleine Révolution française, que Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, proclame (...) (Hoffman Axel)
- SOMMAIRE DU CAHIER
juillet 2007
L’alcoolique, c’est celui qui boit plus que son médecin. Cette plaisanterie passablement éculée
mérite toute notre attention, car elle recèle, tel un Aleph borgésien, la complexité de la notion de
norme dans le domaine de la santé. Elle nous dit que la norme est scientifique, puisqu’elle est
énoncée par le détenteur du savoir médical. Mais en même temps, quitte à se contredire, elle nous
révèle que la norme est sociale, puisqu’elle s’établit par comparaison avec le comportement d’un
notable. Elle illustre aussi le potentiel de stigmatisation de la norme : manifestement, cette phrase
contient un jugement et aussi une menace pour celui qui se croirait autorisé à boire plus que son
médecin. Notre attitude enfin, ô mon contemporain du XXIème siècle, n’est pas insignifiante : cette
affirmation « normative » nous amuse. Mais pour des motifs parfois contradictoires. Les uns
plisseront les paupières d’un air entendu : tout le monde sait aujourd’hui que la norme santé est
impitoyable et ne tolère pas ce flou subjectif, bref la boisson, c’est maximum 21 unités par semaine
pour un homme et 14 pour une femme, mais il vaut évidemment mieux ne pas boire. Mais face à
ces parangons de la norme santé la plus expansive, d’autres, post-modernes sans doute, souligneront
la non-pertinence de l’énonciateur : qui est-il pour dire aux autres ce qu’ils doivent faire ?
Toutes ces questions sont loin d’être académiques. Elles s’inscrivent dans le mouvement de
transformation que connaît notre société, où la tension entre normativité et illégitimité des limites
conditionne notre quotidien, y compris dans le champ de la santé, et détermine non seulement les
comportements des usagers et des professionnels, mais aussi l’organisation de la santé au plan
collectif et politique.
avril 2007
Au constat de la persistance d’inégalités devant la santé, les cénacles compétents réagissent généralement par des mesures augmentant l’accessibilité aux soins de santé. Si légitime qu’elle soit, cette démarche a fait largement la preuve de son peu d’efficacité à réduite ces inégalités. Dans quelles directions faut-il réorienter les politiques de santé, quelles résistances sont-elles à vaincre et quels moyens à mettre en oeuvre ?
- Inégalités sociales de santé et politiques publiques
Poil à gratter des représentations culturelles et des a priori politiques les plus tenaces dans (...) (Humblet Perrine )
- Problématique des inégalités socio-économiques de santé en Belgique
Depuis plusieurs années, la littérature scientifique s’attache à mettre en évidence le fossé (...) (Dr. Sara Willems, Ilse Van de Geuchte, Joke Impens, Pr. Jan De MaeseneerDr. Valérie Alaluf, Dr. Iris Van Nespen, Nathalie Maulet, Pr. Michel Roland )
- Quelques expériences européennes
Plusieurs pays européens ont, dans les années récentes, élaboré des stratégies organisées pour (...) (Agnès Couffinhal (OMS), Paul Dourgnon (IRDES), Pierre-Yves Geoffard (PSE), Michel Grignon (McMaster University), Florence Jusot (IRDES), John Lavis (McMaster University), Florence Naudin (CETAF), Dominique Polton (IRDES).)
- Les inégalités sociales de santé, une question épineuse ?
De la préhistoire jusqu’aux observations les plus récentes, Pierre Drielsma propose un voyage (...) (Drielsma Pierre )
- Les CPAS, au pied du mur des inégalités
Quand on se retrouve au bas de l’échelle sociale, le CPAS constitue le dernier “gros” filet (...) (Herscovici Anne )
- L’inégalité dans l’accès aux soins pour les personnes sourdes
On peut aisément imaginer la difficulté d’une personne sourde à comprendre ou se faire comprendre (...) (Grégoire Muriel Jehass Odile )
- L’interprétariat social
Aujourd’hui, de plus en plus de services de première ligne doivent toucher des personnes (...) (Backes Stephan)
- Sortir de la précarité, une voie parmi d’autres
On entendait jadis répéter : « les voies du Seigneur sont impénétrables ». Le témoignage que vous (...) (Auteur anonyme)
- L’approche communautaire de la santé : une des stratégies d’intervention sur les déterminants socio-économiques
La prise en compte des déterminants non médicaux à la racine des inégalités de santé nécessite le (...) (Morel Jacques )
janvier 2007
Les spiritualités, religieuses ou non, professent différentes conceptions du corps et du rapport à la souffrance et à la mort, elles impliquent dans l’ici-bas des modes de vie orientés par la foi (ou l’absence de foi) dans l’au-delà. Elles influencent ainsi les attitudes et les comportements face à la santé et aux soins de santé.
octobre 2006
Une maison médicale en quartier populaire, une salle d’attente toujours plus pleine, où se côtoient des personnes de tous âges, nationalités, langues et conditions sociales. Au départ, la maison médicale se pose une question très prosaïque, « comment les gens vivent-ils l’attente dans cette salle » et choisit d’impliquer les patients pour améliorer les conditions d’attente.
Deux travailleurs en santé communautaire vont donc aller à leur rencontre. La consigne sera de ne pas tomber dans le piège réducteur du sondage binaire, du genre « consultations libres ou sur rendez-vous », « musique ou bruits de fontaine », « coins enfant ou pas », mais de laisser ouvert le champ de la parole...
Notre cahier vous présente les résultats de ce qui aurait du n’être qu’une « enquête » et qui se révéla un moment de dialogue riche entre les patients et les travailleurs de la maison médicale.
Sans être oublié, l’objectif de départ passa rapidement au second plan, derrière l’expression des « attentes » beaucoup plus larges des interviewés. Devant le foisonnement de cette parole, les enquêteurs l’ont « rassemblée » en trois « thèmes », (énoncés dans les « titres des articles » du sommaire qui suit), division artificielle qui n’a d’autre but que de mieux la mettre en lumière.
En contrepoint de cette parole vive, la Ligue des usagers des soins de santé nous propose une réflexion sur les conditions de l’attente tandis que Marianne Prévost développe une réflexion sur le « temps » nourrie des réflexions des patients interviewés lors de l’enquête.
juillet 2006
Les discours sur l’importance des soins de santé primaires ne tarissent pas d’éloge à leur égard. Pourtant, ils demeurent les parents pauvres dans la plupart des systèmes de santé européens. Comment comprendre cette incohérence, quelles forces et quels intérêts s’opposent à leur développement, à l’aide de quels atouts et avec quels alliés pourront-ils déployer leurs qualités au service de la population ? Santé conjuguée a posé la question à des professionnels de la santé, des syndicalistes, des mutuellistes, des sociologues, des économistes... à lire dans notre cahier.
- Pourquoi des soins de santé primaires ?
Que faut-il entendre par soins de santé primaires, comment en apprécier l’impact sur la santé des (...) (Heymans Isabelle )
- Les services de santé de première ligne en Belgique sont-ils sur la voie du changement ?
Notre système de santé est basé sur un modèle professionnel qui repose sur le modèle biomédical. (...) (Jallay Jean-Marc )
- Le choix de l’assurance sociale et de l’organisation hospitalo-centrée de l’offre de soins
Le système de santé français fonctionne sur un modèle élaboré au milieu du vingtième siècle, qui (...) (Bourgueil Yann )
- La santé en voie de privatisation européenne
Qui peut être contre le droit à la santé ? Il s’agit incontestablement d’un principe humain général (...) (Houben Henri )
- Une relecture de notre existence économique
La logique économique fonctionne en termes de produits et de profits. Le secteur de la santé (...) (Léonard Christian )
- Ce que nous révèle le manque d’une politique de soins de santé primaires
Qu’est-ce qu’un sociologue qui travaille sur les problèmes d’emploi et les actions urbaines a à (...) (Bernard Francq)
- La première ligne, ce n’est pas que l’affaire des médecins généralistes !
Depuis des années, on reconnaît l’importance des déterminants non médicaux de la santé. Les soins (...) (Ladavid Coralie )
- Une infirmière en première ligne… pour quoi faire ?
En Belgique, les praticiens de l’art infirmer sont formés pour réaliser un large éventail (...) (Lardennois Miguel )
- Vers la transdisciplinarité
Des soins de santé primaires efficients impliquent une collaboration structurée entre (...) (Rosière Micheline )
- Pour une culture (politique) des soins de santé primaires
Les soins de santé primaires souffrent d’un déficit culturel tant au niveau du public qu’à (...) (Galand Paul )
- Glissement de soins
Quels sont les obstacles importants au développement des soins de santé primaires en Belgique ? (...) (Dreze Benoîtde Stexhe Olivier)
- Du danger des décisions doctrinaires ou administratives
M. Bacquelaine, député MR, soutient les soins de santé primaires en tant qu’acteur de proximité (...) (Bacquelaine Daniel )
- Des obstacles sociologiques mais aussi professionnels
Vu de l’administration, les obstacles au développement des soins de santé pri- maires sont à (...) (Dercq Jean-Paul)
- Les soins de santé primaires ne seront jamais "people"
L’image que donnent d’eux-mêmes les soins de santé primaires est dévalorisante. Ce déficit (...) (Mariage Olivier)
- Il faut sauver le médecin généraliste
La profession de médecin généraliste, et avec elle la première ligne de soins est en danger. In (...) (Vanden Bussche Piet)
- Les freins à un développement des soins primaires…
Jusqu’aux premières élections syndicales en 1998, les représentants des spécialistes et en (...) (Gillet Anne )
- Soins de santé primaires : ensemble, on est plus fort !
Au travers des mutations du paysage des soins de santé et des contradictions inhérentes à la (...) (Léonard Jean-Marie)
- Syndicats de travailleurs et soins de santé primaires : « Je t’aime, moi non plus » ?
Il ne doit pas être facile pour les syndicats de soutenir les soins de santé primaires. Par (...) (Hellendorff Yves)
- Changer le monde avec les Mutualités chrétiennes et les généralistes
Le paysage de la santé change lente- ment mais radicalement. La Mutualité chrétienne prend acte (...) (Entretien avec Jean Hermesse, secrétaire national, Christian Léonard, économiste, service d’études, Yves Van Houte, médecin directeur.)
- Paysage avec hôpitaux, soins primaires et mutualités
L’évolution du contexte économique global entraîne une modification du rôle des mutualités. Dans (...) (Antoine Bernard)
- De l’efficience avant toute chose
(Interview de Jean-Marc Laasman, directeur du service d’études de l’Union nationale des mutualités socialistes, Michel Boutsen, médecin attaché à ce même service, et Thierry Poucet, rédacteur en chef du périodique Renouer.)
- Les soins de santé primaires : une stratégie négligée pour l’organisation des services de santé en situation de crise complexe
Considérés comme la base du système de santé dans les pays en voie de développement, les soins de (...) (Kahindo Jean-Bosco, médecin, et Porignon Denis, médecin, Centre scientifique et médical de l’université libre de Bruxelles pour ses activités de coopération -Cemubac.)
- Cueillette bibliographique des obstacles à la réforme des soins de santé en faveur des soins de première ligne
Les recherches théoriques et les expériences de nombreux pays sont riches d’enseignement qui (...) (Drielsma Pierre )
- Conclusions
(Heymans Isabelle Morel Jacques )
avril 2006
Non, le rapport entre santé et alimentation ne se réduit pas aux tables de calories et autres pénitences diététiques. Le « mangeur » moderne n’est que le dernier maillon d’une chaîne sur laquelle il a peu de prise. Le contenu de nos assiettes, la manière de manger, et même nos goûts sont façonnés par l’industrie, les intérêts économiques, la culture, les choix politiques, le contexte social, la morale même.
Trop souvent négligés, ces « déterminants non médicaux de la santé », acteurs invisibles au bout de notre fourchette, quel rôle jouent-ils in fine sur notre santé ?
Début de réponse dans notre cahier.
- Programme d’action sur le lien entre santé et alimentation auprès des usagers des maisons médicales liégeoises
Comment stimuler la prise en compte, par la population inscrite en maison médicale, des liens (...) (Legrève ChristianLachaussée ChristineMiermans Marie-Christine )
- Bien manger et bien bouger, c’est bon pour la santé !
A petite échelle, des moyens simples et « parlant » permettent aux usagers de s’approprier (...) (Clijsters AnnickFievet Sophie )
- Le travail de diététicienne
Souvent considéré comme le gendarme d’une « loi alimentaire » avec ses interdits et ses (...) (Devos Virginie Hansoul JoëlleVan der Borght Anne )
- Réseau santé diabète-Marolles
La prise en charge du patient diabétique est complexe. Pour être efficace, elle nécessite la (...) (Hassoun Judith )
- Quelle éducation nutritionnelle à l’école ?
L’éducation nutritionnelle en milieu scolaire vise à permettre à l’enfant ou au jeune d’acquérir (...) (Jourdan Didier)
- Bidon futé à l’école
L’obésité semble être le « mal du siècle » de ce début de troisième millénaire. La carie quant à elle (...) (Feulien Carole)
- Un bilan des « Midis à l’école »
Certains éducateurs ou animateurs en matière de santé parlent d’alimentation en prônant le « bon » (...) (Deliens Cristine)
- Un Plan national Nutrition et Santé pour la Belgique
Le rôle de l’alimentation sur la santé et la maladie est de mieux en mieux connu et constitue un (...) (Hoffman Axel)
- Un instinct de survie ?
S’il est un domaine où les mentalités évoluent, c’est bien celui de l’obésité. Récemment reconnue (...) (Maillard Carine )
- La construction de l’obésité
Réalité physique, l’obésité est aussi une construction sociale qui pose question. Pourquoi l’obésité (...) (Hoffman Axel)
- Alimentation et société
Autant la culture détermine les modes alimentaires, autant celles-ci déterminent-elles le statut (...) (Barou jacques)
- Des aliments et des hommes
Les 8 et 9 décembre 2004, un colloque de l’Institut français de nutrition a réuni des chercheurs (...) (Pardo Véronique)
- Modernité alimentaire : un voyage sans cartes ?
L’alimentation de l’occidental a connu des grands changements ces cinquante dernières années. (...) (Hoffman Axel)
- OGM, un peu, beaucoup... pas du tout
Faut-il avoir peur des OGM ? La ré- ponse est claire : c’est comme vous voulez. (Hoffman Axel)
- Peur alimentaire et sécurité alimentaire, un couple qui ne parle pas la même langue
Jusque dans les années 90, la notion de sécurité alimentaire concernait la faim dans le monde. (...) (Hoffman Axel)
- L’avis des citoyens au sujet de la sécurité alimentaire
La sécurité alimentaire préoccupe les citoyens. Eux aussi ont leur opinion et leurs idées à ce (...) (Fondation Roi Baudouin)
- Quand les crises alimentaires réveillent les utopies
On m’a proposé un titre pour cette conférence : « Quand les crises alimentaires réveillent les (...) (Fischler Claude)
- Résistances à considérer l’alimentation et ’hydratation artificielle comme traitement médical en fin de vie
La décision de pratiquer ou non une alimentation artificielle en fin de vie est difficile à (...) (Hargot Kathelyne )
- Alimentation et précarité
Nous vivons dans une société d’abondance, de surabondance même, mais où les écarts sociaux se (...) (Hoffman Axel)
- Les multiples tranchants de l’arme nourricière
Cet article veut présenter la question de l’alimentation à la fois dans la multiplicité de ses (...) (Vollaire Christiane )
- Conclusion
(Hoffman Axel)
janvier 2006
Pour son 25ème anniversaire, la Fédération des maisons médicales organise donc en ce début du mois de février un grand colloque afin de faire face à ses questionnements et d’entamer un travail de refondation des pratiques sociales et des pratiques de santé.
Pour soutenir cette réflexion qui aura lieu à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve les 3 et 4 février prochains, ce numéro un peu spécial de Santé conjuguée vous propose l’éclairage d’une série d’acteurs, de chercheurs, d’observateurs privilégiés du secteur du travail social. Un recadrage de notre société et de son évolution, indispensable afin de nourrir une réflexion sur la refondation de nos pratiques.
Dans quel monde vivons nous ? Dans quelle économie ? Quels sont les modèles alternatifs et quelles sont leurs limites ? Quels sont les défis qui nous attendent en matière de sécurité sociale, de pacte entre les générations ? Le développement de ces thématiques doit nous permettre de prendre un recul suffisant par rapport à notre quotidien, afin de mieux l’appréhender et de pouvoir ainsi le (ré)adapter à un cadre normatif et sociétal en perpétuelle mutation.
octobre 2005
Ils ne font parler d’eux que quand ils meurent ou mettent leur vie en danger. Naguère accueillis comme des héros rescapés d’odieuses dictatures, les demandeurs d’asile sont aujourd’hui reçus comme des suspects, des profiteurs, des fraudeurs. A l’heure où les frontières s’ouvrent au capital et aux marchandises, elles se ferment devant les hommes, surtout s’ils sont pauvres ou pourchassés. Pourtant...
Puisque les mers ourdissent d’obscurs échanges
Et que la planète est poreuse, il est permis
D’affirmer que tout homme s’est
baigné dans le Gange
Faisant la nique au poète, nos sociétés nanties n’ouvrent leurs portes à l’étranger que contre garantie de malheur certifié par l’administration. Le dogme de l’immigration zéro contamine le droit d’asile, confondant l’accueil de ceux qui fuient pour sauver leur vie avec une régulation des mouvements de population, ne leur laissant parfois que la grève de la faim comme seul recours. Choqués par ces grèves qu’ils ont accompagnées ces dernières années, un certain nombre d’intervenants ont voulu mieux comprendre les enjeux de la politique d’asile et, au-delà, ceux de la politique d’immigration dans lesquels leur générosité les avait embarqués.
C’est à partir de leurs réflexions et avec l’apport d’éclairages extérieurs que nous avons réalisé le cahier.
juillet 2005
Les « autoroutes de l’information » : l’expression a eu son heure de gloire. Nombre d’historiens n’hésitent pas à définir le XXème siècle comme celui de la communication. Information et communication sont en effet à la base de notre mode de vie actuel, tant au niveau du déploiement de ses potentialités technologiques que de notre socialité polarisée par l’idéal démocratique.
Le monde de la santé a du s’approprier ce nouveau paradigme qui s’est imposé à tous ses étages : information et communication avec le patient, entre professionnels, avec les instances organisatrices de la société.
L’affaire n’est pas anecdotique, car il ne s’est pas agi d’introduire benoîtement un outil supplémentaire dans une pratique immuable mais bien de revoir tout son fonctionnement à ses différents niveaux, une révolution qui est loin d’être terminée.
C’est à une lecture de ces changements en cours et de ses implications dans le lien social que vous convie notre cahier...
Je parle, Tu entends, Il écoute, Nous échangeons, Vous dialoguez, Ils sont dans l’ère de... la communication et l’information en santé.
avril 2005
Vous rappelez-vous du film de Martin Scorcese, Burning out the death, où un ambulancier voit revenir les morts qu’il n’a pu éviter ? Avez-vous lu ces articles récents qui brisent les tabous du suicide et de la toxicomanie des médecins ou qui classent les professions de santé dans les secteurs « à haut risque » ?
Ces apparitions sur la place publique n’ont rien d’un trompe l’œil : le burn out des soignants n’est pas un phénomène de mode mais une problématique bien réelle dont la connaissance arrive à l’age adulte.
D’ou vient-il, comment se manifeste-t-il, nous parle-t-il de la fragilité de l’être ou de l’organisation des soins, que faire ?
janvier 2005
Le généraliste, une espèce menacée : que ce soit en maison médicale ou en pratique de groupe, de nombreux médecins généralistes prennent des distances par rapport à la pratique de leur profession...
octobre 2004
Chercher, apprendre, questionner, errer, trouver, améliorer
Les 8 et 9 mai de cette année, les maisons médicales et leur Fédération se sont offert un week-end à la mer du Nord. Le colloque a largement tenu ses promesses : une invitation au voyage au pays de la « recherche-action ». Que la sévérité apparente du thème ne vous rebute pas. La recherche-action en maison médicale, ce ne sont pas des tableaux couverts de formules obscures (tout au plus quelques « fromages » de statistiques) ni des orateurs emplâtrés de considérations abstraites (personne n’a du sortir son dictionnaire). C’est, tout au contraire, une manière très concrète de se retourner sur le travail quotidien et de se demander ce qu’on fait, si on le fait bien, ce qui doit changer. Attitude très stimulante pour les professionnels de santé, mais qui implique forcément les usagers et débouche sur des remises en question positives.
Notre cahier vous expliquera par le menu en quoi consiste la recherche-action, l’illustrera ensuite par un grand nombre de ces recherches menées en maisons médicales et vous conduira pour terminer à en explorer la dimension politique. Bon voyage.
juillet 2004
40 ans d’immigration marocaine en Belgique...
Pour les plus jeunes d’entre nous, ils ont toujours été là. « Ils », ce sont les Marocains, dont beaucoup sont maintenant des belges à part entière, que nous côtoyons tous les jours au travail, dans les magasins, dans les media, sur la scène des manifestations artistiques et, plus récemment, dans l’arène politique. Cela ne fait pourtant que quelques dizaines d’années qu’ils sont des nôtres.
C’est en effet le 17 février 1964 que fut signée, dans l’indifférence générale, la convention belgo-marocaine relative à l’occupation de travailleurs marocains. Date symbolique que l’Espace mémorial de l’immigration marocaine (EMIM) vient de fêter dignement. L’événement a fourni l’occasion d’une réflexion sur santé des marocains et ex-marocains en Belgique. Une réflexion bien tardive car il s’avère que peu a été fait sur la question.
Le Forum santé de l’EMIM qui s’est tenu en mars de cette année s’est bien sûr intéressé à la situation des premiers arrivants (une situation que résume fort bien le titre du forum : « la Belgique demandait des bras, ce sont des hommes qui sont venus… »), mais a surtout développé les problématiques actuelles et futures : faut-il une politique de santé pour les immigrés, et si oui laquelle ? Y a-il des différences de santé entre les personnes d’origine étrangères et celles qui le sont moins (après tout, la majorité des belges vient d’ailleurs) ? Que nous disent ces différences ? Que faire, que savoir, que projeter pour une rencontre « en santé » de cultures différentes ?
C’est autour de ces questions qu’ont tourné exposés et débats de ce forum santé dont nous vous convions à lire les moments forts dans la première partie de notre cahier, qui se poursuit par divers articles poursuivant plus loin la réflexion.
avril 2004
Depuis leur fondation, les maisons médicales placent les usagers au centre de leurs pratiques et en appellent à leur participation. Cette volonté d’égalité, de démocratisation et de changement s’est frottée aux écueils de la réalité et de l’évolution de la société. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? L’ancien pouvoir médical, symbolisé par l’hygiéniste ou le mandarin, a changé de forme et se cache aujourd’hui sous le masque de la scientificité, porté par l’expert : la voix de l’usager en est-elle mieux entendue ?
L’amélioration du niveau de vie d’une majorité de la population, l’accès à la consommation et à la connaissance et les standards de vie dictés par le primat de l’économie ont érodé les revendications collectives et isolé les gens dans l’individualisme : dans ce contexte, à quelle mobilisation l’appel à participer peut-il s’attendre ? Mais dans le même temps, la conscience des enjeux de la santé et des politiques qui les orientent s’est accrue dans la population. Peu à peu, les usagers s’impliquent dans des projets à l’échelle locale. Du côté des soignants et des responsables, les concepts de promotion de la santé, de place de l’usager et de santé communautaire s’imposent dans les pratiques.
C’est donc à une refondation de l’idée de participation que nous assistons et que nous vous invitons à explorer dans notre cahier.
janvier 2004
Les jeux de l’argent et de la santé (et des soins de santé) : vaste sujet qui confronte deux moteurs principaux de notre société, le bien-être et la richesse.
Notre cahier débroussaille ce terrain sous cinq axes différents : regards sur l’argent dans la relation thérapeutique ; l’argent des médecins ; acte ou forfait : vrai ou faux débat ? ; faut-il plus d’argent pour avoir plus de santé ? ; argent et santé dans le champ politique.
octobre 2003
Les difficultés du Sud aux plans politique, économique, sanitaire sont connues, elles nous interpellent et souvent nous scandalisent. Mais il faut récuser les visions simplistes selon lesquelles, pour y remédier, il « suffirait » de changer les comportements du Nord dominateur et de porter massivement aide à un Sud incapable de prendre son destin en charge. Car, nonobstant la circonstance historique actuelle, il faut entendre que le Sud est un partenaire à part entière et qui a beaucoup à apporter. Dans cet esprit, nous vous proposons un cahier consacré à un aspect de l’échange égalitaire entre le Nord et le Sud et qui peut se ramener à une question centrale : comment, grâce à l’observation respective et l’échange de partenaires, le Nord et le Sud peuvent-ils améliorer leur pratique des soins de santé ?
Nous commencerons par rapporter l’expérience de travailleurs des maisons médicales qui ont travaillé dans le Sud et comment leur réflexion et leur pratique des soins de santé en a été transformée. Ensuite, nous nous intéresserons aux initiatives de l’Institut de médecine tropicale qui propose aux maisons médicales d’accueillir des participants du cours pour la Promotion de la santé afin de développer une observation respective des pratiques. C’est dans ce cadre que des maisons médicales ont « échangé » pendant quelques semaines des travailleurs de santé avec des centres de santé du Sud. Nous développerons ensuite deux initiatives, celle de la maison médicale d’Esseghem, à l’origine de la création de la maison de santé Saint-Paul à Yaoundé, et celle de la maison médicale de Seraing, qui soutient le Centre de promotion campesinos El Molino en Bolivie. Les réflexions de responsables de la Fédération des maisons médicales participant à différentes missions en Tunisie, en Bulgarie et en Palestine nous conduiront à celles de Paul Demunck qui, devant le dénuement du secteur de la santé au Niger, nous pose deux questions : jusqu’à quand mentirons-nous à l’Afrique et aux Africains ? Quelle contribution pour les maisons médicales belges peuvent-elles apporter au changement urgent et nécessaire ?
La « mondialisation » n’est ni un bien ni un mal : elle sera ce que nous contribuerons à en faire.
juillet 2003
Dans la foulée de notre cahier précédent sur les droits du patient, nous ouvrons nos pages aux usagers de soins de santé qui y expriment ce qu’ils attendent du système et comment ils s’organisent pour faire entendre leur voix. Des associations de self-help aux comités de patients en maison médicale, tous mettent en lumière l’écart qui sépare les pratiques des professionnels des réalités des usagers. C’est en se groupant qu’ils parviennent à faire prendre conscience de cet écart aux professionnels. Les difficultés que rencontrent ces « initiatives citoyennes », tant pour se créer, se maintenir et se faire reconnaître que pour peser sur les soignants et organiser l’entraide constituent l’essentiel de ce cahier.
Ce phénomène d’association pose une profusion de questions dont l’épicentre est la notion de participation. C’est au seuil de cette notion que se refermera ce cahier : la « participation » est un sujet complexe et tellement ramifié qu’il mérite à lui seul une publication complète. Nous y reviendrons dans un prochain Santé conjuguée.
avril 2003
Les droits du patient sont maintenant une loi, votée et publiée au Moniteur dans les règles de l’art. Que change-t-elle, que ne change-t-elle pas, qu’aurait-elle du dire ou ne pas dire ?
A ces questions, on pourrait imaginer que des réponses simples et concises suffiraient, tant le texte paraît, à quelques lignes près, tissé de bon sens, à la limite de la trivialité. Ce serait trop simple ! Notre cahier rassemble les réactions de patients, de juristes, de médecins, de philosophes, de politiques : tous ont à dire ou à redire. Voilà une loi qui, loin de clore le débat, promet de l’ouvrir largement et conduit à repenser le sens de la relation entre patient et soignant, notre rapport au droit et le genre de lien social que nous créons, souvent à notre insu.
Ce n’est pas là son moindre mérite.
vous pouvez voir la version en pdf du cahier et des rubriques ci-joint
Janvier 2003
La perte est inhérente à la condition humaine. Perte de ses illusions, perte de ses capacités, perte de l’autre qu’on chérissait… Il n’est aucune échappatoire à ces épreuve. Nous n’avons d’autre choix qu’affronter cette souffrance.
Intitulé Les deuils, notre cahier parle de la perte, de ce qu’elle blesse, de ce qu’elle change en nous, mais aussi de l’écoute, de ce travail « des deuils » - car chaque deuil est unique – qui peut renouer les fils déchirés et reconstruire la trame d’une vie où ce qui fait lien, loin de se fracasser, s’est aguerri.
Rappel de notre finitude, la perte impose un travail sur soi-même, un cheminement au travers de sentiments difficiles à vivre et qui nous marquerons à jamais. C’est dans ces moments qu’une écoute véritablement humaine peut non pas éliminer la souffrance mais accompagner vers une reconstruction de soi. Cette écoute n’apporte pas de recettes pour « réussir » un deuil, elle n’est pas prétexte à distiller un savoir péremptoire ; elle est présence à la souffrance de l’autre telle qu’elle se vit, respect, compréhension nourrie de réflexion et d’expérience.
Travail de chacun, travail aussi pour les professionnels de la santé : savoir être là, savoir passer la main si cela se passe mal. Notre cahier n’a pas pour prétention de former à cet accompagnement, il veut éveiller une sensibilité et nous laisser moins désarmé dans ces moments.
octobre 2002
Santé et prison, une équation insoluble ? Assurément. La prison matérialise l’échec de la société à faire de la santé, cet état de bien-être physique, mental et social. Échec de tout ce qui détermine la santé, échec de l’éducation à épanouir chacun dans la société, échec de l’économie à distribuer équitablement les richesses... Soit. Nous ne vivons pas dans l’idéal. Et nos efforts millénaires pour tendre vers un monde où règne la justice et la liberté, l’égalité et la fraternité, ont encore de beaux millénaires devant eux. Mais cela ne nous dispense pas de poser deux questions.
Nous ne ferons qu’effleurer la première, qui nous demande ce qu’est punir, ce que signifie réhabiliter, c’est-à-dire retrouver une certaine forme de santé, une question qui peut s’énoncer : la prison, même modernisée, est-elle encore aujourd’hui le lieu où la société peut entasser indifféremment tous ceux qui ont transgressé les règles (de l’usager de drogues au criminel récidiviste), est-elle ce lieu dont on peut sortir mieux armé pour une nouvelle vie ?
Cette question traverse en filigrane la seconde question qui constitue la matière de notre cahier : qu’en est-il de la santé à l’intérieur de nos prisons, des soins, de la prévention, de la qualité de vie, de la santé mentale... ? Quels sont les problèmes spécifiques de ces lieux de contraintes, comment est organisé le système de soins, quelles reliances sont installées avec l’avant et l’après, entre le dedans et le dehors ? Ils sont, toutes professions confondues, plusieurs milliers de soignants de première ligne à exercer en prison et ils sont, tous motifs confondus, près de quinze mille habitants de ce pays à passer en prison chaque année, près de quinze mille familles à connaître la souffrance d’avoir un proche incarcéré. Si notre compassion va tout naturellement aux victimes des crimes et délits, nous ne pouvons oublier les autres. La prison n’est pas une maladie rare...
juillet 2002
On n’achète pas un chat dans un sac. Même si on s’appelle sécurité sociale et que le chat a les yeux envoûtants de la santé. Mais comment évaluer la qualité de soins de santé, comment savoir si 600 milliards d’anciens BEF sont employés au mieux du possible. Question qui a fait couler des fleuves d’encre. Question-savonette aussi : par où la saisir sans qu’elle vous glisse des mains ? On ne peut pas jauger la qualité des soins à leur rendement financier. Ni à l’aune de l’orthodoxie scientifique et de ses avatars. Ni à l’impression subjective des usagers.
Ni… ni… ni. Que faire alors ?
Lire notre cahier sur l’assurance de qualité.
avril 2002
Quand la réflexion sur la santé mentale change notre regard sur le monde où nous vivons.
La problématique "santé mentale et première ligne de soins de santé", thème de notre précédent cahier, s’inscrit dans un contexte beaucoup plus vaste où s’entremêlent le politique, le social, l’économique, le culturel. C’est à ce niveau global que nous prolongerons notre réflexion, sur un plan spéculatif avec Dany-Robert Dufour, Jean-Pierre Lebrun et Jean De Munck, mais aussi sur un plan très concret avec la participation de nombreux intervenants de terrain.
Une réflexion sur la santé mentale sans doute, mais surtout un autre regard sur le monde qui nous entoure tous.
janvier 2002
2001 était l’année de la santé mentale. L’un des objectifs de cette intronisation était de rendre visibles et familières les réalités de la santé mentale auprès du grand public et des intervenants non spécialisés dans ce domaine.
Nous vous proposons une lecture "généraliste" (au sens large du terme) de cette problématique dans notre cahier, au travers d’une réflexion sur la fonction "psy" en maison médicale et de larges extraits de la journée "Souffrances du lien social, généraliste et santé mentale" organisée par le Centre de sociologie de l’Université libre de Bruxelles.
octobre 2001
Coup d’oeil circulaire sur les problémes de santé liès à l’habitat et sur les réponses qui se mettent en place...
Faire du lieu où nous passons une grande - si pas la plus grande - partie de notre vie un espace propice au développement et au maintien de la santé, tel est l’objectif que nous proposons de cerner dans notre cahier. Nous ouvrirons trois chantiers de réflexion. Sur un plan très immédiat, physique, quels sont les dangers qui nous guettent dans notre home, sweet home et quels moyens avons-nous pour les réduire ? Au-delà de ces préoccupations, nous nous demanderons avec des architectes et des philosophes ce que représente le simple fait d’habiter quelque part et comment concevoir l’habitat pour qu’il favorise la santé à tous points de vue, y compris mentale et sociale ? Enfin, il nous restera à envisager la question qui est malheureusement la plus importante : comment se peut-il que tant de gens aujourd’hui encore n’aient pas accès à un logement décent et que peut-on faire pour remédier à ce scandale ?
juillet 2001
Les 4 et 5 mai 2001, la Fédération des maisons médicales a fêté ses 20 ans en tenant un congrès qui fait le point sur son action et les perspectives futures dans le domaine de la santé.
Actes du IV congrès...
avril 2001
Difficile de savoir ce que pensent les gens. Et notamment de savoir comment ils se représentent la maladie, en particulier pour des soignants pétris de sciences, ayant pour tant de questions des réponses tellement évidentes pour eux, mais pour eux seuls... Pourtant, il existe un savoir dit « profane » dont l’importance, insoupçonnée, est considérable. Ce savoir profane gère quantité de problèmes de santé qui n’arrivent jamais jusqu’aux soignants. Il modifie et interprète les directives médicales quand le recours au professionnel s’est avéré nécessaire. Et surtout, il pose des questions auxquelles les soignants ne sont pas préparés et qui sont pourtant essentielles : quel sens a la maladie ? Pourquoi moi ? Le savoir savant semble ignorer (parfois sur le mode du mépris) le savoir profane.
janvier 2001
Durant la seconde guerre mondiale, la pénicilline encore rare était réservée aux combattants. Il y a trente ans, les benzodiazépines, tranquillisants d’un nouveau type, faisaient figure de médicaments providentiels : à l’heure actuelle, ils sont un véritable opium du peuple. Aujourd’hui, on se dispute pour savoir si et pour qui la sécurité sociale doit rembourser le Viagra. Ces exemples montrent combien le médicament est plus qu’un simple moyen mécanique de combattre la maladie.
Après notre dernier numéro consacré aux enjeux politiques et économiques des médicaments, nous effleurons certaines questions qu’ils posent sur des plans psychologiques et sociaux. Sans les épuiser. Plus que des connaissances, ce sont des interrogations que nous apportons ici.
octobre 2000
Oui et non. Guérir à tout prix, oui, mais pas à n’importe quel prix. Les médicaments arborent des prix à trois ou quatre ou cinq chiffres. Ils sont de moins en moins abordables en dehors des systèmes de solidarité. Un paradoxe pour une « marchandise » dont le coût est fixé selon les principes du marché. Voilà qui nous plonge dans la problématique économique - et donc politique - du médicament. Une problématique aux multiples facettes.
juillet 2000
Petit à petit, nos systèmes de soins élargissent leurs champs, de la gestion de la maladie à la promotion de la santé, du soin des organes à l’approche de la personne dans sa complexité et insérée dans son milieu... Les « échelons » de soins ne constituent plus des niveaux de scientificité différents, mais des lieux où se proposent des approches différentes et complémentaires de la santé. Vivant cette mutation profonde, les lignes de soins doivent repenser leurs rapports. L’échelonnement, avec les oppositions qu’il suscite, est l’emblème de ces rapports nouveaux, mais il n’en est qu’un des outils parmi d’autres.
Comment concevoir ces nouveaux rapports, dans quel objectif développer une autre articulation entre lignes de soins, à quelles difficultés faut-il se confronter et quelles forces mobiliser, ce sont quelques-unes une des questions qui traversent notre cahier.
avril 2000
Lors de leurs études, les candidats aux professions de santé se heurteront à une première déconvenue : l’apprentissage scientifique et technique intensif laisse peu de temps à consacrer à « l’humain ». L’entrée dans la vie professionnelle les confrontera à une autre surprise : la distance est grande entre ce qu’ils auront acquis dans les facultés et les attentes des gens, la réalité de la pratique, les besoins de la population.
Santé conjuguée a invité un certain nombre de professionnels de première ligne de soins à discuter de ces " dysapprentissages " (il y a des préfixes à la mode qui collent à la plume !), des difficultés de l’enseignement et des orientations possibles pour une meilleure formation. Ce sera le sujet de notre cahier, dans la suite de notre précédent numéro qui tentait de cerner les rôles et les fonctions de la première ligne de soins.
janvier 2000
Se définir pour se former. La première ligne de soins a un problème d’identité. Très concrètement, elle voit ses prérogatives grignotées par les secondes lignes tandis que ses compétences « limitrophes » se diluent dans le psychosocial. A se définir en creux par rapport aux autres intervenants, elle ressemble à un territoire en voie de colonisation totale et dont les habitants fuient vers d’autres cieux (les médecines parallèles par exemple). Elle possède pourtant une identité spécifique et remplit des tâches que les autres n’assument pas...
octobre 1999
Des interdits rabat-joie appuyés sur des menaces lointaines, des conseils de fin de consultation livrés sur le pas de la porte, quelques vaccinations comme des tributs payés à la science : telle était et est encore trop souvent la perception commune de la prévention. Cette vision réductrice, individualiste et culpabilisante n’est pourtant plus de mise.
Les soignants conservent leurs attributions anciennes mais se doivent de collaborer, dans les limites de leur pertinence, avec tous les acteurs concernés. Comment cela se pense et se réalise sur le terrain, c’est ce que vous propose d’explorer notre cahier, centré sur le travail du programme « Agir ensemble en prévention » actif dans les maisons médicales.
Vous pouvez voir la version en pdf du cahier et des rubriques ci-joint.
juillet 1999
L’augmentation du nombre de cancers et d’allergies, de problèmes immunitaires et de fertilité semble bien trouver une explication dans les modifications de notre environnement physico-chimique. Que faire de cette donnée ? Comment développer une attitude raisonnée face à ce risque environnemental ?
Vous pouvez voir la version en pdf du cahier et des rubriques ci-joint.
avril 1999
Comment la difficulté d’accès est vécue et gérée par les usagers et par les soignants ? Quel avenir pour la (les) solidarité(s) ? Comment maintenir des soins pertinents et de qualité pour tous ?
Vous pouvez voir la version en pdf du cahier et des rubriques ci-joint.
janvier 1999
L’universalité de notre science est-elle mise en question par le cosmopolitisme des patientèles ? Les valeurs véhiculées par notre médecine peuvent-elles rencontrer la plainte d’autre culture ?
Vous pouvez voir la version en pdf du cahier et des rubriques ci-joint.
octobre 1998
Quel rôle peut jouer le premier échelon de soins dans les soins palliatifs ? Les travaux du colloque d’Orphéo (soins continus en phase palliative dans les centres de santé liégeois) qui s’est tenu au printemps 1998 seront à la base de notre réflexion.
Lisez ci-jointes les versions en pdf du cahier et des rubriques.
juillet 1998
Pilier de la sécurité sociale : maladie-invalidité, ses enjeux, les échéances, les nouvelles formes de maîtrise des coûts. Après 50 ans d’existence quasi pacifique, la sécurité sociale se trouve à un tournant et la gestion des soins de santé est au front des turbulences…
Désolé, le cahier est disponible en trois partie et non en entier.
Lisez ci-jointes les versions en pdf des rubriques.
avril 1998
La dimension collective des débats de santé est souvent réduite aux aspects de réglementation ou de financement. Pourtant, de plus en plus de personnes, à la fois comme individus et comme membre d’une communauté locale, tendent à s’impliquer dans les processus qui les concernent. La santé n’échappe pas à ce phénomène et on voit se multiplier les initiatives favorisant la ré-appropriation de leur santé par les gens.
Lisez ci-jointes les versions en pdf du cahier et des rubriques.
janvier 1998
- sc3 rub
- Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 1
a a a a a a a a a a a a a a
E D I T O R I A L
Il est arrivé près de chez vous
Dix ans déjà que quelques maisons
médicales ont inauguré les soins de santé
primaires au forfait. A l’époque, une
goutte d’eau dans l’océan de pratique à
l’acte. Depuis elles ont été rejointes par
d’autres maisons, toujours plus
nombreuses. Aujourd’hui la plupart des
grandes villes offrent la possibilité de se
soigner au forfait et l’ouverture de
centres dans de plus petites entités est
imminente. Ce qui était une expérience
isolée est devenu un mode de
fonctionnement expérimenté et riche.
Mais encore mal connu. Comment ça
marche, quels sont les avantages et les
difficultés, comment le vivent les
soignants, qu’en retirent les patients, ce
sont les questions qu’aborde notre cahier
en page 27.
C’est en route, ça arrive...
Le dépistage génétique déboule. Sans
trêve innovant, la médecine prédictive
promet mais aussi inquiète. Dès l’aube
de la civilisation, les mythes nous
préviennent contre le danger de connaître
l’avenir. Intuition relayée par un siècle
de science fiction avec ses variations sur
le voyage dans le temps. Et nous y voilà.
Le choix de qui vivra est réalité grâce au
diagnostic préimplantatoire qui décèle
certaines anomalies de l’embryon avant
implantation dans l’utérus. De même le
choix de qui travaillera pourra s’effectuer
selon ses caractères génétiques. Dans un
avenir imminent, on identifiera le risque
pour une personne de développer une
maladie liée à l’exposition à une
substance à laquelle elle serait sensible.
Cette technique épargnera nombre de
pathologies et mérite notre attention.
Mais en même temps elle ouvre la porte
à une sélection génétique des
travailleurs : jusqu’où cette pratique estelle
justifiable, quelles dérives menacent,
comment les prévenir... Réflexions en
page 18.
Qu’est-ce qui arrive près de chez vous ?
La solidarité est en mutation. D’aucuns
diront en danger. Le colloque « Refonder
la solidarité » s’est doctement penché sur
son avenir. En page 8 un condensé de
ces travaux parus dans la Revue
Nouvelle.
Maisons médicales et politique : liaisons
dangereuses ?
Parodiant un célèbre feuilleton, on a
parfois comparé les maisons médicales
à des petites maisons dans la prairie :
fragments d’idéalisme sur le tapis de la
réalité. Si mignonne soit-elle, cette
comparaison estompe à tort leur objectif
social et leurs visées dans le domaine de
l’organisation de soins. Thierry Poucet,
observateur extérieur, vous conte les
méandres de cet apparent paradoxe en
page 5.
Près de chez vous, c’est loin ?
Quand ethnopsychiatrie et philosophie
des sciences se rencontrent, cela donne
un texte envoûtant : la damnation de
Freud. Déjà T. Nathan et I.Stengers -
coauteurs avec L. Ounkpatine de cette
pièce de théâtre - s’étaient croisés dans
« Médecins et sorciers ». Compte- rendu
en page 15.
Ca arrive ou ça n’arrive pas ?
Comme chaque année la « médico-mut »
nous a offert un spectacle passionnant.
Longtemps les chants de guerre avaient
grondé. « Si le gouvernement ceci ... pas
de convention médico-mutualiste... si le
gouvernement cela... pas de convention
». Dans la moiteur des couloirs
pourtant un cri retentit : « Elle est née la
divine convention ». Médecins et
mutuelles s’étaient accordés sur les
tarifs. Même le Groupement belge des
omnipraticiens, habitué aux miettes, y
trouvait du comestible. Enfin les patients
pourraient se dorer aux ardeurs d’une
santé dûment nomenclaturée et tarifée.
Liesse fugace. Fragment d’idéal brandi
à la face du chaos des temps sans
convention, déjà tu vacilles, ô accord,
dans la tempête que souffle la menace
gouvernementale de réglementer les
suppléments d’honoraires hospitaliers.
Déjà les tambours des ABSyM rythment
le chant funeste : « Si le gouvernement
touche aux suppléments (au refrain) pas
de convention ». Rebondissement : le
projet gouvernemental est modifié,
l’accord vivra. Le combat se déplace :
abandonnant la colline Médico-mut, les
généraux massent leur troupes sur les
berges de la rivière Elections Médicales
...ceci est une autre histoire. Petit flashback
sur le système de convention
médico-mut en page 3.
Les sujets auxquels vous avez
échappé
La médico-mut est la partie visible d’un
iceberg de concertations qui mêlent sans
répit mutuelles, syndicats et ministères.
Formidables combats souvent livrés au
nom des droits des patients.
... le droit des patients au quotidien ...
Le patient a reçu une information
éclairée. Le patient a reçu une feuille
intitulée « information éclairée ». Entre
les deux énoncés bée le fossé qui sépare
l’idéal du quotidien.
Ce patient séropositif me tend une liasse
de feuilles. Il n’a rien compris a ce qu’on
2 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
a a a a a a a a a a a a a a
Editorial
(suite)
lui proposait à l’hôpital. Il n’a retenu que
les inconvénients du traitement qu’on lui
a longuement exposés. Quant à sa
maladie ou aux résultats espérés du
traitement, il est dans le brouillard total.
Je feuillette la liasse. L’intitulé
« Information éclairée » cache huit pages
d’explication sur la trithérapie anti-
SIDA. Truffées de « stratégie inductionmaintenance
.. antiprotéase ... changer
de bras thérapeutique .. charge virale à
400 copies/ml .. » Nulle part le mot
SIDA : seul apparaît « infection VIH ».
Scientifiquement correct : le patient est
infecté par le VIH et n’est pas au stade
SIDA. En saine psychologie, le patient
conclut qu’il n’a pas le SIDA et donc tout
va bien.
A la fin du texte, la formule absolutoire :
« J’ai reçu un exemplaire du formulaire
de consentement éclairé et j’ai eu le
temps de lire et de considérer etc etc ».
Le patient a signé.
Motif de la consultation : puisqu’il n’a
pas le SIDA ... le patient ne voit pas
l’intérêt de tout cela, mais ne risque-t-il
pas des ennuis puisqu’il a signé le
document ?
« Classique, dénégation, il ne peut tolérer
l’idée que ... ». Je l’ai cru aussi. Je me
trompais. Avec le temps et l’énergie
d’une véritable discussion, il a
parfaitement compris. Il a eu très mal. Il
n’est pas prêt à se faire traiter. Pas
confiance. Trop l’impression qu’on s’est
foutu de sa g...
La critique est aisée. S’armer d’une
anecdote affectivement chargée n’est pas
de bonne guerre. La prolifération de
chartes « droit du patient » part d’un bon
sentiment : ça ne va pas comme c’est, il
faut que ça change. Elle aboutit à des
textes pleins de bons sentiments ... La
réalité des pratiques ne fait pas bon
ménage avec les sentiments.
Y a qu’à, y a qu’à pas ...
A l’opposé d’un appel aux bons
sentiments, faut-il légiférer ? La question
anime le débat parlementaire sur
l’euthanasie. Faut-il reconnaître la réalité
de terrain au risque de la rigidité de
réglementations ? Fermer les yeux sur
cette réalité en lui laissant de la
clandestinité toute la souplesse mais
aussi les perversions ? Instituer des
solutions intermédiaires (colloque
singulier, collège de référents) ?
Où qu’aboutisse la discussion, dérives
il y aura. Un philosophe déclarait qu’en
toute situation un déficit éthique est
inévitable. Voilà qui est la sagesse même
... et qui fait froid dans le dos. La crudité
des situations échappe à toute
généralisation. La misère, la solitude,
l’indifférence ou l’agacement de
l’entourage sont autant de raisons d’en
finir qui s’ajoutent à la douleur et à la
dégradation. Le patient qui prend sa
décision dans la sérénité et en toute
conscience existe : c’est à lui, mais à lui
seul, que l’on pense lors de ces débats.
La voix des intervenants de terrain a beau
ramener à la réalité des situations, la
discussion en décolle sans cesse. Loin
de trivialités telles que, par exemple, la
rencontre du droit de choisir sa mort et
de la nécessité de libérer une chambre...
Autoriser l’interdit
Slogan soixante-huitard ? Que nenni !
C’est l’attitude officielle vis à vis des
amateurs de joints. Il est toujours interdit
de fumer un pétard, mais en matière
pénale on appliquera aux contrevenants
la plus basse des priorités. Prônée par la
commission drogues, cette décision entre
en vigueur. Le harcèlement des petits
consommateurs passe donc de mode : on
s’en réjouira. Mais saluant une décision
qui a le courage de préférer la réalité aux
convictions partisanes, nous restons
interloqués devant le message ainsi
officialisé : on peut faire des choses
interdites et ne rien risquer (ou presque) !
Interdire et fermer les yeux, c’est dans
les faits autoriser l’interdit, c’est légiférer
qu’il ne faut pas appliquer la loi. Adressé
à une population en mal de repères, ce
message est plus explosif que le mal
nommé « pétard », et plus toxique que
les drogues qu’il prétend gérer. En rester
là n’est pas envisageable : ce premier pas
en direction de la légalisation doit être
rapidement suivi d’un autre...
Santé communautaire
Droit des patients, euthanasie, cannabis
mettent en scène des individus isolés face
aux machines à santé ou à justice. La
dimension collective dans ces débats est
souvent réduite aux aspects de
réglementation ou de financement.
Pourtant, de plus en plus les personnes,
à la fois en tant qu’individu et comme
communauté locale, tendent à
s’impliquer dans les processus qui les
concernent. La santé n’échappe pas à ce
phénomène et l’on voit se multiplier les
initiatives favorisant la réappropriation
de leur santé par les gens. C’est autour
de ce thème de « Santé communautaire »
que s’articulera notre prochain numéro
(avril 98).
Bonne lecture.
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 3
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A C T U A L I T E
La « médico-mut »…
une institution incontournable ?
Une machine de contournement ?
Jacques Morel
Quelques retours à l’histoire...
La réunion des représentants du corps
médical et des organismes assureurs au
sein d’une commission tarifaire, dans
le cadre de l’Institut d’assurance maladie
invalidité est une des conséquences de
la grève du corps médical de 1964 qui a
contraint le gouvernement de l’époque
à modifier la loi sur l’art de guérir du
ministre Leburton, pourtant fraîchement
votée.
Il s’agissait de fixer de commun accord
les niveaux de remboursements des
prestations en soins de santé telles que
répertoriées dans une nomenclature en
constante expansion.
En clair cette commission, dans la
mesure où elle s’accorde sur le type de
prestations remboursables et sur leur
niveau de remboursement, fixe indirectement
la hauteur des dépenses en matière
de soins de santé. Formellement, la
commission fait des propositions qui
doivent obtenir l’aval des autres partenaires
de l’assurance au sein du comité
de l’assurance, en particulier les
prestataires sociaux et le gouvernement.
L’histoire montre qu’à ce jour les
propositions de la médico-mut ont quasi
toujours été suivies.
On comprend dès lors que cet instrument
de pouvoir soit jalousement préservé par
les deux partenaires.
a a a a a
La disqualification du pouvoir
politique...
Réunis par des intérêts convergents, les
partenaires de la commission médicomutaliste
sont en mesure de mettre hors
jeux le pouvoir politique : ils trouvent
sur ce terrain une alliance objective dans
la mesure où les uns et les autres, comme
prestataires ou comme gestionnaires de
« réseaux » hospitaliers ont là la
possibilité de conditionner tout à la fois
la hauteur du subside de leurs pratiques
et la nature de celles-ci.
Le gouvernement possède l’arme
suprême en ayant, par l’application de
l’article 52, la possibilité de fixer les prix
d’autorité. Cette démarche a été utilisée
à quelques reprises exceptionnelles.
En tout état de cause, l’état arrive mal à
faire autre chose qu’avaliser l’accord
quand il intervient ; le plus souvent
même le pouvoir politique se réjouit de
pouvoir le consacrer !
A aucun moment, il n’est en position de
force pour « critiquer » positivement le
contenu de cet accord. La commission
aurait la possibilité de faire des
propositions bien au-delà des tarifs de
prestations de l’assurance. Elle avait sur
la table tout au long de l’année qui vient
de s’écouler un certain nombre de
dossiers évoquant des mesures plus
structurelles de gestion de l’assurance et
de la politique de dispensation des soins
(à défaut d’être de santé !) : dossier du
généraliste, qualité des pratiques,
échelonnement et autres mesures
d’encouragement au bénéfice de la
première ligne.
Aucune décision n’a été prise sur aucun
de ces dossiers. La réduction des tickets
modérateurs en médecine générale est
mise en avant comme un premier pas
pour en privilégier le recours et l’accès.
On s’en félicitera !
Décidément, les acteurs de la commission
trouvent un terrain d’alliance sur
d’autres intérêts qui tous convergent dans
la protection du secteur hospitalier plutôt
que dans le développement des soins de
première ligne. La longue histoire de
conflit entre le syndicat médical du
docteur Wynen et les mutuelles aura
permis de stériliser le débat sur la
politique de santé et de la circonscrire à
la convention d’assurances tarifaires.
Il n’y a pas de lien entre les accords
tarifaires ou le volume et la nature des
prestations et un bénéfice-santé pour les
usagers. Or cet axe de corrélation des
besoins à des objectifs santé pourrait bien
être celui d’une politique de santé.
En cela, tous les prestataires de soins
conventionnés sont des fonctionnaires de
la compagnie « assurance maladie » qui
leur assure un salaire toujours garanti et
d’autant plus élevé que les individus sont
davantage malades et requièrent plus de
soins.
On entretient de la sorte un fonctionnariat
à intéressement direct, dit secteur
libéral.
a a a a a
Les consommateurs, jamais
« consom-acteurs »
Du résultat d’un accord médicomutualiste
dépend la sécurité tarifaire
pour les patients.
L’absence de convention porte la menace
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
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Fruit d’une histoire et d’un modèle de
négociations qui a organisé les rapports
de force entre les partenaires des soins
de santé depuis les années 64, la commission
médico-mutualiste est une vieille
dame très respectée et les conventions
tarifaires qui y sont conclues chaque
année fort attendues. Elles font généralement
force de loi et d’obligation.
4 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
a a a a a a a a a a a a a a
d’une libéralisation du tarif pratiqué par
les médecins indépendamment des
montants de remboursement des
prestations.
Cette dimension est revendiquée
particulièrement du coté mutualiste
comme la fonction sociale de ces
accords.
D’évidence, l’absence de convention
entre les médecins et les organismes
assureurs laisserait portes ouvertes à des
honoraires « libres » et non prévisibles
pour les malades.
Cette situation s’est réalisée à quelques
reprises dans l’histoire de la médico-mut.
Actuellement et depuis un an,
l’assurance fonctionne avec ce vide
contractuel.
L’enquête menée par la presse médicale
et par les organismes assureurs en début
et milieu d’années 97 montrait que les
tarifs étaient modérément augmentés par
les prestataires : faut-il y voir un effet de
la concurrence en période de pléthore,
de conscience et de moralité professionnelle
?
Les syndicats médicaux avaient plaidé
pour cette modération. On retiendra
cependant qu’avec le temps, la part de
professionnels qui cessent de respecter
les tarifs est en progression régulière :
de 19 à 23 % pour les généralistes et 25
à 32 % pour les spécialistes.
Pour rappel, ce sont les chambres
syndicales qui ont refusé en mars 97 le
projet d’accord avec les mutuelles,
l’ayant jugé insatisfaisant : ce projet
envisageait des mesures structurelles
notamment concernant le renforcement
des soins de première ligne (dossier
médical, articulation médecine générale
et spécialisée) et la mise en place de
forfaits hospitaliers.
Ceci faisait suite à la décision du
gouvernement de prendre des mesures
linéaires de réduction des honoraires en
décembre 96.
Depuis lors les honoraires sont libres...
La prochaine convention devrait être
signée en fin d’année. Elle devrait porter
sur trois points principaux : un demi
milliard pour développer des résonances
magnétiques nucléaires, un réduction du
ticket modérateur de 30 à 25 % en
La « médico-mut »… une institution incontournable ?
Une machine de contournement ?
(suite)
médecine générale et une part forfaitaire
pour l’imagerie ambulatoire.
La réduction du ticket modérateur est à
juste titre présentée comme une mesure
d’incitation au recours en première ligne,
mais de là à en faire un premier pas vers
un échelonnement, la distance à franchir
est encore grande !
Si déjà dans le cadre de l’assurance
maladie l’accès aux soins est pointé
comme une difficulté grandissante pour
une partie de plus en plus importante de
la population, cette liberté tarifaire risque
d’être particulièrement préjudiciable à la
même catégorie de citoyens.
Il ne reste plus qu’à se féliciter de ce
consensus entre partenaires...
Une convention entre médecins et
assureurs est un outil nécessairement
incontournable de gestion de l’assurance
maladie, un garde-fou pour les
consommateurs, mais aussi un outil de
contournement d’une politique de santé
citoyenne. l
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 5
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A C T U A L I T E
La maison au milieu du champ
Regards de biais sur le couple maisons médicales / champ politique
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
L’angle de vue est celui d’un « témoin
privilégié », extérieur à l’activité
quotidienne des maisons médicales
proprement dites (autant qu’au sérail
politique stricto sensu) mais impliqué
depuis longtemps dans le courant plus
large de modélisation, d’expérimentation,
de réflexion, de sensibilisation, de
revendication en faveur d’un système de
santé fortement rénové, courant dont les
maisons médicales sont à la fois un
rejeton et un fer de lance...
L’aspect que nous voulons développer
est de voir comment la « dimension
politique » a serpenté dans la réalité des
maisons médicales, des origines à
aujourd’hui, et comment cette incontournable
dimension peut se penser et se
modeler pour l’avenir. Faire ainsi un peu
d’archéologie identitaire, tout en prenant
la mesure du chemin parcouru semble
d’autant plus opportun que les
statistiques récentes de la Fédération des
maisons médicales font apparaître (non
sans surprise, même pour un observateur
« privilégié » !) que l’écrasante majorité
des travailleurs en place aujourd’hui ont
moins de dix années d’ancienneté dans
le réseau francophone des maisons
médicales.
Passons en revue quelques temps forts,
classés ici selon les étapes habituelles de
la croissance humaine.
a a a a a
La niche écologique anténatale
Avril 64, première grève des médecins,
sorte de mai 68 inversé (de droite, de
corporation, de fixation d’une carence
politique, de rétrécissement plutôt que
d’ouverture de l’éventail des acteurs
légitimes en matière d’orientations
sectorielles...) qui allait considérablement
hypothéquer la scène sur laquelle
allaient apparaître les maisons
médicales.
Par un apparent paradoxe, la f(r)action
du monde médical la plus anti-politique
dans l’âme allait ainsi être hissée
préférentiellement sur le pavois de la vie
institutionnelle et y développer des
moeurs politiciennes pur jus.
a a a a a
La naissance
Qu’avaient dans la tête les créateurs des
premières maisons médicales ? Quel
capital génétique de type « politique »
insufflaient-ils à leur enfant ? Je fais
l’hypothèse que cela se ramène peu ou
prou à deux éléments simples, de l’ordre
de l’élan plus que du programme :
l une ferveur politique sans borne :
l’émergence des premières maisons
médicales se fait dans une période et
surtout dans un milieu travaillés par
l’idée que « tout est politique » et que
l’immersion dans le magma « collectif »
est ce à quoi la personne, en quête de
son émancipation propre, et l’acteur
social, soucieux d’oeuvrer à l’épanouissement
des autres en rencontrant les
besoins profonds des groupes-cibles dont
il a la charge, doivent absolument donner
le primat pour arriver à leurs fins. Une
culture entraînante est partagée à
l’époque : celle de la responsabilité
globale de chacun vis-à-vis du monde tel
qu’il tourne, et cela dans l’ensemble de
ses actes et de ses choix de vie,
professionnels ou non. Inutile de dire
que, dans ce contexte, le mot
« politique » est éminemment valorisé.
On peut avoir beaucoup d’ennemis ou
d’adversaires sur la scène politique, il
n’empêche que celle-ci apparaît comme
Liberté individuelle et contrainte publique
sont en perpétuelle tension : la
crainte de l’intrusion « bureaucratique »
ou « totalitaire » venant briser le projet
privé n’a d’autre choix que de coexister
avec une organisation collective qui garantit
le bon fonctionnement de la société.
Les rapports entre maisons médicales
et « politique » n’échappent pas à
cette coexistence tendue.
C’est ce débat qui a été développé lors
d’un colloque organisé en octobre par
la Fédération des maisons médicales :
« Maisons médicales et Politique :
liaisons dangereuses ? ». Pour l’introduire,
nous avons demandé à Thierry
Poucet de le mettre en perspective historique.
Thierry Poucet
6 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
le creuset de tous les « choix
fondamentaux » : elle est quasiment
sacralisée par les affronte-ments même
que l’on y discerne et que l’on se propose
d’investir hardiment, afin de peser dans
le sens voulu. On mesure - soit dit en
passant - toute la distance qui nous sépare
de cette époque pas si lointaine... puisque
aujourd’hui on parle de « liaisons
dangereuses », qu’on se tâte pour savoir
jusqu’où il est bon de se compromettre
avec la sphère politique et qu’on
considère bien souvent cette dernière -
dans une perspective de changement
qualitatif - comme une contrainte, voire
un obstacle pur et dur, plutôt que comme
un levier !
l à cela s’ajoutait un idéal de type
« communautaire » (bien différent des
concepts opérationnels actuels de
« santé » et de « développement »
communautaires) sorte de réplique, au
plan professionnel, de la vogue de « vie
en communauté » (c’est-à-dire entre
gens ayant des affinités électives au plan
des valeurs, des goûts, des styles de
vie,...) dans la sphère privée, domestique
et affective. Travailler entre copains,
pour faire court, était vu comme un mode
alternatif, particulièrement fécond et
enviable d’insertion dans la vie et dans
les dynamiques sociales.
a a a a a
L’enfance rebelle
Dans les premières années, on peut dire
que les maisons médicales ont entretenu
des rapports tendus avec leurs « aïeux »
(le GERM*, fondé par des gens
« politisés » appartenant plutôt à la
génération de la résistance ou de la
captivité qu’à celle de mai 68). Ce
groupe avait en effet eu la « malencontreuse
» idée d’accoucher sur papier
mais sur papier seulement - d’un
modèle d’organisation des soins de santé
primaires en équipe pluridisciplinaire qui
apparaissait bien trop réducteur et
« technocratique » à ceux qui se jetaient
à l’eau au début des années 70.
Quelques années d’apprentissage mutuel
de la cohabitation dans une mouvance
idéologique somme toute assez
« familiale » permirent à ces tensions de
s’apaiser. Les maisons médicales ont vu
dans le GERM un utile partenaire de
réflexion sur les « voies et moyens »
propices à la poursuite de leurs objectifs
quotidiens et le GERM a vu dans les
maisons médicales un laboratoire
providentiel pour mettre son modèle à
l’épreuve.
a a a a a
Les choix d’orientation et les
primes amourettes dans la
cour des grands
Hiver 79-80, deuxième grève médicale.
Participation des maisons médicales à
l’opération de contre-attaque (comité
d’initiative pour la continuité des soins)
avec l’aide logistique de grandes
organisations sociales comme la FGTB.
Expérience grisante de la capacité de
faire vaciller un rapport de forces.
Hésitation entre l’évolution vers un
syndicalisme médical nouveau
(autonome ou intégré aux syndicats
interprofessionnels) ou vers un réseau
plus formel de type homogène. La
La maison au milieu du champ
Regards de biais sur le couple maisons médicales / champ politique
(suite)
a a a a a a a a a a a a a a
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 7
seconde option l’emporte : naissance de
la Fédération des maisons médicales.
a a a a a
La maturité studieuse
Recherches en prise sur les réalités de
terrain ; publications méthodologiques
de haut niveau ; colloques sur des
questions cruciales trop rarement prises
à bras-le-corps (« La plainte et la réponse
à la plainte ») ; contacts internationaux
assidus sur des concepts sousdéveloppés
en Belgique (assurance de
qualité, approche communautaire, etc.) ;
argumentation lobbyiste victorieuse pour
faire passer à l’INAMI l’expérience du
forfait... Les dix à quinze dernières
années n’auront pas manqué d’initiatives
consistantes et marquantes qui figurent
tantôt une créativité instituante du type
« opposition constructive », tantôt une
reconnaissance politique officielle.
a a a a a
Quels défis en perspective ?
De notables efforts ont été voulus et
conduits au sommet ces dernières
années, pour ne pas faire du réseau de
maisons médicales regroupées au sein de
la Fédération des maisons médicales un
pur « village gaulois » retranché dans sa
spécificité : prise de parts (en énergie)
dans le syndicat médical minoritaire ;
représentation dans diverses instances
officielles ; développement de quartier
avec de multiples partenaires...
Le but est évidemment de faire avancer
« la cause » (une politique de santé
misant judicieusement sur les soins de
santé primaires, une meilleure articulation
aux besoins élémentaires de la
population).
Un paradoxe risque toutefois de gagner
en vigueur dans les années à venir dans
l
*GERM = Groupe d’étude pour la réforme
de la médecine.
une telle perspective : comment conserver
son identité forte de « prototype »
(d’avant-garde, aurait-on dit jadis) d’un
système socio-sanitaire plus adéquat et
souhaiter en même temps qu’il se
banalise et se généralise ?
Jusqu’ici, la réalité des maisons
médicales, leur image de marque, ainsi
que celle du type de politique de santé
qu’elles prétendent préfigurer reposaient
sur une motivation militante et un capital
théorico-pratique plutôt rares ou chétifs
dans le milieu professionnel concerné.
On « surfait » dans une mer globalement
hostile, certes, mais sur la vague porteuse
d’un activisme clanique, à prétention
messianique, qui tout à la fois tenait les
coeurs au chaud et ne présentait
finalement aucun risque majeur de
déviation, de pollution par les
phénomènes extérieurs, tant que la
marginalisation politique rendait
proprement inaboutissable la reproduction
de l’expérience à large échelle.
Si maintenant, à coup de crédibilité
croissante et d’alliances bienvenues, l’on
prétend vouloir intégrer des travailleurs
de santé « tout-venant » dans le modèle
et obtenir l’appui de partenaires sociaux
et politiques divers, que va-t-il se
passer ? Ne faudra-t-il pas consentir un
métissage identitaire pour obtenir un
essaimage institutionnel ? Faire son
deuil, en somme, d’un statut de phare
auto-proclamé pour se fondre dans une
flottille de remorqueurs... du système
formel de santé. Le rêve réalisé tournerat-
il alors au cauchemar ?
8 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
a a a a a a a a a a a a a a
R E V U E S
Repenser (radicalement ?) la solidarité
La Revue Nouvelle consacre son numéro
de mai-juin 1997 aux travaux du
colloque « Repenser (radicalement ?) la
solidarité » organisé par la Chaire
Hoover d’éthique économique et sociale
de l’université catholique de Louvain en
décembre 96 sous la direction de
Philippe Van Parijs.
Transferts entre jeunes et vieux, entre
actifs et chômeurs, entre malades et bienportants,...
l’ensemble des mécanismes
redistributifs de l’Etat-providence est
soumis à de fortes pressions et fait
entendre des craquements sinistres. Face
à ces menaces, la marge de manoeuvre
politique est faible et confinée à la
gestion au jour le jour.
L’ampleur des transferts (c’est-à-dire
l’ampleur du territoire conquis par la
solidarité) semble empêcher que la
question du sens soit mise en avant : les
transferts ne sont plus considérés que
comme des flux financiers dont la
logique, isolée des liens sociaux et
politiques, relève de l’administration.
Avec la perspective, si nous échouons à
rendre à la solidarité un sens assez riche
pour la penser en termes autres que
économiques, de ne plus pouvoir la faire
fonctionner que selon les lois du marché.
Là où la création de richesse est régie
par un culte aveugle de la compétition,
la cohésion sociale se dissout et la
volonté de redistribuer devient
hypothétique.
C’est pourquoi il est urgent de faire des
choix quant à la façon d’orienter la
société et la culture. Solidarité avec les
plus jeunes, avec les plus âgés, avec les
malades, entre actifs, entre régions et
nations constituent les thèmes de la
réflexion déployée lors du colloque
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
« Repenser (radicalement ?) la solidarité
». Coup d’oeil sur les articles
consacrés à la solidarité avec les
malades.
Solidarité avec les
malades
Marie-Christine Closon, Maurice Marchand
et Philippe Van Parijs
La solidarité avec les malades est
confrontée à cinq défis :
• l’explosion des coûts
Elle est liée autant au progrès
technique et scientifique qu’à la
croissance incontrôlée du nombre de
prestataires et d’infrastructures dans le
contexte d’un mode de financement
poussant à la surconsommation ;
• la possibilité accrue de post-poser
la mort
Elle mobilise des énergies et des fonds
énormes. Pour apporter un bref répit
avec une qualité de vie fort réduite ;
• l’augmentation des inégalités
Elle favorise le développement d’une
médecine de meilleure qualité et plus
confortable mais accessible seulement
à ceux qui peuvent se l’offrir ;
• la tension entre priorités décidées
collectivement et comportements
des acteurs décentralisés
La complexité des soins de santé ne
permet plus à la collectivité de les
contrôler. Une responsabilisation des
acteurs tant privés qu’institutionnels
parait de plus en plus nécessaire ;
• la tension entre maintien de la
solidarité et décentralisation des
compétences dans un état fédéral
Entre régions, il peut y avoir des
besoins différents mais aussi des
manières différentes de gérer des
besoins identiques. Ces différences
peuvent être une source d’iniquité et
d’inefficacité dans l’allocation des
ressources.
Face à ces défis, les auteurs présentent
diverses propositions selon deux grands
axes : réconcilier solidarité et efficacité
d’une part, adapter la solidarité à la
structure fédérale d’autre part.
1. Réconcilier solidarité et efficacité
L’efficacité, c’est se rendre compte que
la santé a un prix, déterminé par la part
de revenu que les gens souhaitent
consacrer à leur couverture santé et par
le niveau de risque qu’ils désirent
couvrir, mais influencé aussi par les
investissements publics en amont de la
maladie : éducation à la santé, lutte
contre l’exclusion, enseignement, etc.
Ce prix doit être assumé solidairement :
les soins non couverts par la collectivité
deviennent automatiquement des soins
moins accessibles aux moins aisés et
ouvrent la voie à une médecine duale.
Quatre propositions dans cette
optique :
• mieux maîtriser l’offre médicale
C’est essentiel pour utiliser au mieux
les ressources confiées à l’assurance
sociale et garantir une solidarité forte ;
• éviter les augmentations de ticket
modérateur
Cette stratégie ne se justifie que pour
des prestations dont l’efficacité pose
question. Dans tout autre cas,
augmenter le ticket modérateur
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 9
équivaut à réduire la solidarité entre
bien-portants et malades (seuls les
malades paient) mais aussi entre riches
et pauvres. Les mesures de sélectivité
(1) destinées à contenir cette
dérive sont un pis-aller car elles
renforcent l’effet de trappe de la
pauvreté ;
• réduire la rémunération à l’acte en
faveur d’un mode de paiement
forfaitaire, moins générateur de
surconsommation(2)
• responsabiliser partiellement les
mutuelles
Cette responsabilisation n’a de sens
que si on leur donne les moyens
d’influencer les dépenses de leurs
membres dans le cadre de règles
communes. Elles pourraient par
exemple inciter leurs affiliés à suivre
une filière de soins (échelonnement).
Cette voie n’est pas sans dangers. Il
serait contraire à l’objectif recherché
que les mutuelles sélectionnent leurs
affiliés selon le risque qu’ils représentent
ou que le jeu de la concurrence
conduise à la disparition de certains
organismes assureurs et à une
concentration peu souhaitable. (3)
2. Adapter la solidarité à la structure
fédérale
L’expérience des états fédérés suggère
que les politiques redistributives sont
plus efficaces lorsqu’elles relèvent du
niveau fédéral.
Pour que la solidarité puisse se maintenir
dans ce cadre, l’application de normes
décidées en commun doit être uniforme.
Rien ne s’oppose à ce que les normes
divergent entre populations différentes
à condition que les coûts et bénéfices de
la divergence soient imputés aux
populations optant pour un mode de
solidarité plus ou moins poussé.
L’application de ces principes nécessite
une responsabilisation des acteurs
concernés : prestataires, usagers,
mutuelles mais aussi entités fédérées. Il
ne faut pas négliger, en effet le rôle
causal de certaines décisions politiques
dans l’émergence des différences de
coûts (et notamment en ce qui relève des
compétences décentralisées : enseignement,
travaux publics, environnement,
etc.).
Les auteurs étudient trois formules
susceptibles de concilier décentralisation
et maintien de l’essentiel du financement
au niveau fédéral.
• des « matching grants » de l’état
fédéral
Les entités fédérées ont dans leurs
compétences la mise en oeuvre de
politiques susceptibles de réduire les
dépenses de l’assurance sociale :
prévention, aide aux personnes âgées,
assainissement de l’environnement,
etc. L’idée serait de mettre en place un
système de participation financière de
l’état fédéral aux programmes des
entités destinés à réduire ces
dépenses : pour chaque franc dépensé
pour ces programmes par une entité
fédérée, l’état fédéral apporte un franc
supplémentaire (par exemple) et
retrouve sa mise à travers les
économies de dépense en sécurité
sociale que ces politiques permettent
à terme de réaliser ;
• rendre les entités responsables pour
les écarts de dépense en soins de
santé de leur population qui seraient
attribuables à l’usage qu’elles font
de leurs compétences ?
Intéressant mais difficile. Qu’il
s’agisse de matières directement liées
à la santé comme la prévention ou
l’éducation à la santé ou indirectement
comme l’environnement, l’usage de
ces compétences ne suffit pas à
expliquer tous les écarts. Des facteurs
tels que l’âge de la population, le taux
d’urbanisation ou le niveau de revenus
sont peu influençables. D’autres
facteurs ne peuvent être gérés qu’à
long terme, par exemple l’infrastructure
médicale.
Dès lors, la responsabilité des entités
ne pourra être évaluée qu’après
élimination des facteurs sur lesquels
elles n’ont pas ou peu prise, et sera
partielle, portant sur un pourcentage
limité des écarts restants.
Ce schéma soulève trois difficultés :
l’écheveau de Bruxelles avec ses
communautés interpénétrées, la
difficulté d’identifier les facteurs
explicatifs des dépenses de santé et
l’impact des politiques sur ces
dépenses, le risque d’enclencher une
10 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
dynamique d’élargissement des
compétences des entités fédérées
responsabilisées ;
• défédéraliser complètement la
gestion tout en maintenant un
financement fédéral
Cela implique que l’enveloppe
fédérale ne soit pas répartie entre les
entités en fonction de leurs dépenses
effectives mais selon une formule
reflétant leurs besoins objectifs. Ce qui
ne s’évaluera pas sans difficultés. Il
faudra en outre tripler les administrations,
établir des contrats entre régions
pour les patients soignés hors de leur
région,...
Marie-Christine Closon est économiste,
professeur aux facultés universitaires
Notre-Dame de la Paix à Namur et
membre du Conseil supérieur des
finances.
Maurice Marchand est économiste,
professeur à l’université catholique de
Louvain et membre du CORE.
Philippe Van Parijs est philosophe,
professeur à l’université catholique de
Louvain, responsable de la Chaire
Hoover d’éthique économique et sociale.
Pour une médecine et une
assurance maladie solidaires
Jean Hermesse
Jean Hermesse situe le risque de perte
de solidarité au niveau de la difficulté
d’accès aux soins, objectivée par la
croissance de la part à charge des
patients. Seule une maîtrise des dépenses
pourra y faire face. Les priorités actuelles
basées sur les traitements aigus et
techniques sont financièrement insupportables
et inéquitables. D’autant que
les soins de santé influencent peu
l’espérance de vie et n’éliminent pas les
inégalités sociales.
Jean Hermesse en appelle à un large
débat sur les priorités en soins de santé
pour assurer que la solidarité continue à
garantir les soins les plus nécessaires.
Jean Hermesse est secrétaire national de
l’Alliance nationale des mutualités
chrétiennes.
La responsabilisation des
acteurs : du curatif au
préventif
Pierre Gillet
Pierre Gillet pose que le problème
essentiel dans le maintien de la solidarité
se situe en amont des soins de santé. Nos
conceptions de l’origine des maladies ont
beaucoup évolué ces trente dernières
années. Au delà des comportements à
risque, des conditions environnementales
précaires ou d’un usage inadéquat
des soins de santé, on a mis en évidence
l’influence directe des différences
sociales sur la santé des gens. (4)
Dès lors, les réflexions sur le contrôle
du coût des soins ou sur leur
régionalisation ne s’attaquent qu’à une
petite partie du problème. « En forçant
le trait, on pourrait supprimer le système
curatif et le remplacer par une
discrimination positive dans les écoles.
Casser les structures de la société et aller
vers plus d’égalité améliorera davantage
l’espérance de vie que les milliards
dépensés en soins de santé curatifs ».
Cette vision grandiose n’empêche pas
Pierre Gillet de se pencher sur les
responsabilités de la crise actuelle. Il
estime que les prestataires de soins sont
à la source de l’engagement des
dépenses. Les patients n’ont pas de
contrôle sur ces dépenses et leur faire
jouer un rôle de régulation via des tickets
modérateurs élevés est illusoire. « Croire
que faire payer au patient ses soins de
santé va permettre de diminuer la
mortalité ou la morbidité est aussi
absurde que vouloir diminuer la
mortalité en faisant payer plus cher les
frais funéraires ».
Quant aux mutuelles, elles ne peuvent
qu’agir à la marge sur le choix des
prestataires. Leur faire porter une trop
grande responsabilité les mettra en
concurrence entre elles et enclenchera
des comportements où la logique de
gestion l’emportera sur la logique de
service à la population.
L’auteur préconise donc une
responsabilité collective des mutuelles
et une dotation des prestataires, pondérée
en fonction du type de clientèle.
Pierre Gillet est conseiller médical
auprès des Mutualités socialistes. Il a
publié « Les disparités dans l’utilisation
des soins médicaux. Vers une
responsabilisation de l’offre », université
de Liège, faculté de médecine, école de
santé publique, 1997.
Repenser (radicalement ?) la solidarité
(suite)
a a a a a a a a a a a a a a
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 11
En amont de la flambée des
dépenses : la faiblesse des
micro-solidarités
Thierry Poucet
Thierry Poucet se sent frustré par les
approches usuelles exclusivement
centrées sur les macro-solidarités.
Confronté à des problèmes cyclopéens,
le système global s’intéresse à la geste
des sphères et des centres de décision et
néglige celle des gens ordinaires pris
dans la trivialité de leur vie et de leurs
ressources. Or le vécu et le ressenti des
gens ordinaires retentissent toujours sur
la « santé » du système global.
Notre société se caractérise par
l’isolement des sujets souffrants ou en
perte d’autonomie et par l’asthénie des
supports mutuels spontanés. Expliquer
cela en invoquant une « montée des
égoïsmes » ou « la décadence » occulte
les conditions objectives qui conduisent
à de tels comportements. La faiblesse des
micro-solidarités amène à une
multiplication des circuits où reléguer les
gens amoindris. Mais à mesure que l’on
déserte les prises en charge microsolidaires,
on rend aussi monstrueux le
problème du financement des secours
professionnels.
Il est dès lors par trop simplificateur
d’imputer la flambée des dépenses au
consommateur ou au professionnel de
soins. La fascination du consommateur
pour la bonne santé n’est pas que le fruit
d’un engouement individualiste, c’est
aussi une intelligence aiguë des destinées
sociales actuelles, une prescience que la
mauvaise santé et le handicap
désocialisent. On peut comprendre qu’il
soit prêt à tout pour ne pas tomber dans
le cycle de la perte d’autonomie.
D’autre part, la médecine, avant d’être
une grande avaleuse de clients, est aussi
très souvent un havre de la dernière
chance. Il se joue sur ce plan un jeu
extrêmement ambivalent entre
l’institution thérapeutique et la société
dans son ensemble.
Il serait bon dès lors de s’aviser que l’on
n’apprivoisera pas la médecine
« expansionniste » sans dompter parallè-
La santé, l’argent, l’ignorance
et la vertu
François Stasse.
La santé est peut-être le bien individuel
le plus précieux, mais elle n’est pas le
seul bien public. Entre nécessité de
limiter la dépense collective et désir de
l’individu de mettre tout en oeuvre pour
lement la société dans sa tendance à s’en
remettre trop complaisamment à la
consommation de services « ad hoc »
pour combler ses éventuels manques à
produire ou à préserver la fraternité
primaire à tous les échelons.
Thierry Poucet est chef de rubrique au
magazine « La santé et les jours » et
rédacteur en chef de « Renouer »,
publications de l’Union nationale des
mutualités socialistes.
sa santé, le seul point de convergence
réside dans la notion de dépense
strictement nécessaire. La difficulté est
de savoir ce que l’on entend par dépense
nécessaire. François Stasse envisage
cette problématique selon quatre points
de vue.
Au plan économique, la question se pose
en termes de priorités entre centralisation
des soins dans de grandes structures
équipées de manière sophistiquée ou
décentralisation dans des structures de
proximité. Les perspectives démographiques
(vieillissement, accrois- a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
12 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
sement du nombre de personnes « hors
normes », c’est-à-dire hors de la sphère
économique compétitive) plaident en
faveur de structures locales au sein
desquelles la solidarité familiale devrait
être plus importante qu’aujourd’hui.
Au plan éthique, le rapport de chacun à
la vie, à la souffrance et à la mort
appartient d’abord à l’individu concerné.
Dès lors, le choix d’engager des
dépenses doit d’abord être laissé au
patient. Il n’appartient pas aux soignants
de décider de prolonger ou non la vie.
Au plan médical, l’idée que la médecine
n’est pas le vecteur principal d’amélioration
de la santé de la population doit faire
son chemin. Un effort de réduction des
inégalités sociales est au moins aussi
important qu’un supplément de dépenses
de santé.
Au plan « assurantiel », la solidarité est
fondée sur l’hypothèse du voile
d’ignorance : chacun y participe parce
qu’il ignore quel sera son état de santé
demain. Mais les progrès de la génétique
promettent une connaissance mesurable
du risque de chacun et mettent à mal ce
voile d’ignorance. Une fois les risques
individuels connus, la menace de
sélection des assurés remettra en cause
les fondements même de la solidarité.
« ... l’exercice concret de la solidarité
exigera davantage de vertu... »
François Stasse est économiste,
directeur général honoraire de
l’Assistance publique - Hôpitaux de
Paris, rapporteur général du Conseil
d’Etat (Paris).
La solidarité est tout à la fois une
question de culture et un problème
technique. Entre maîtrise des coûts,
Repenser (radicalement ?) la solidarité
(suite)
a a a a a a a a a a a a a a
responsabilisation des acteurs et appel
aux micro-solidarités, il ne peut y avoir
discontinuité. Privilégier un axe de
réflexion et d’action au détriment des
autres ne pourra produire que du
précaire. Nous ne pouvons réduire la
question de la solidarité à un choix entre
d’une part l’alourdissement de
pesanteurs réglementaires étayant de fins
équilibres toujours sur le point de se
rompre et appuyées sur la désignation de
responsabilisés boucs émissaires et
d’autre part le repli exclusif sur le réseau
relationnel des individus. Seule une
vision globale, donc politique, donnera
une assise durable au maintien de la
solidarité. C’est un des mérites de ce
colloque et de la publication de ces textes
d’avoir éclairé ce problème fondamental
sous tant de ses aspects différents.
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
l
Présentation : Axel Hoffman
(1) Mesures de sélectivité : tout ce que
l’usager de soins paie en ticket modérateur
au-delà d’un certain montant lui est
remboursé. Ce montant plafond est d’autant
plus bas que les revenus de l’usager sont plus
faibles.
(2) A ce sujet, voir notre Cahier
(3) Nous ajouterons que la sélection par les
mutuelles de prestataires et d’institutions de
soins privilégiés serait tout aussi détestable.
(4) Voir à ce sujet l’article du professeur
Renaud et l’intervention de Pierre Gillet dans
Santé conjuguée numéro 1.
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 13
a a a a a a a a a a a a a a
R E V U E S
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
a a a a a
Hôpital aujourd’hui… demain
musée ?
« L’hôpital de demain sera fort différent
de celui que nous connaissons ; voilà une
affirmation qui soulève peu de
controverse. Savoir ce que sera l’hôpital
de demain... identifier les grandes
tendances qui l’obligeront à se
transformer... montrer que l’hôpital dans
son nouvel environnement ne pourra plus
fonctionner de façon indépendante et
autonome, mais comme un des éléments
d’un réseau... » tel est l’argument de cette
rencontre qui s’est déroulée en octobre
96 dans le cadre des Entretiens Jacques
Cartier à Montréal.
La clôture de la présentation est
éloquente de la manière dont le problème
est posé :
« Nos hôpitaux seront peut-être les
cathédrales du 21ème siècle ; immenses
bâtiments habités par le souvenir du rôle
essentiel joué par le passé. Leur visite
permettrait de rappeler comment les
soins y étaient dispensés... la technologie
grandiose pour diagnostiquer des
maladies que l’on guérissait bien mal
encore... comment le savoir se
transmettait.
Au cours de la visite, on réaliserait à quel
point les concepts, les catégories et les
technologies qui découlent de ces
connaissances structurent les pratiques.
Connaissances et technologies servent de
fondation aux différents murs qui à un
moment donné organisent mais aussi
isolent les différents composants du
système de santé. On comprendrait alors
pourquoi l’hôpital s’est vidé ; pourquoi
les fonctions qu’il assumait ont quitté ses
murs à la suite des transformations
majeures qui ont bouleversé son
environnement ».
C’est ainsi que Pierre André
Constandriopoulos et Louise Trottier de
l’université de Montréal signent l’avantpropos
des actes de cette rencontre.
a a a a a
Conjuguer santé et démocratie
Dans la partie plus habituelle de la revue,
on pointera quelques articles qui ont
retenu notre attention et notre intérêt.
Un article original de Pierre De Coninck
sur l’implication des citoyens ordinaires
dans le processus d’aide à la décision en
santé publique. « Au moment où le
système de santé et des services sociaux
vit une profonde mutation... La reconfiguration
actuelle du réseau repose
essentiellement sur des considérations
émises par les intervenants actifs du
secteur santé - décideurs, praticiens,
chercheurs. Cette approche classique de
planification ne réserve pas de place
significative à la population dans le
processus décisionnel, même si c’est
cette dernière qui subira le plus les
conséquences des décisions. Il est permis
de penser que des citoyens ordinaires
peuvent fournir eux aussi des
recommandations susceptibles d’être
prises en compte par les décideurs dans
un processus qui affectera la qualité de
la vie de l’ensemble de la communauté ».
L’article développe une analyse et des
conditions méthodologiques qui
montrent la pertinence de considérer la
voix des citoyens et de l’intégrer dans la
décision en santé publique. Il développe
une approche très pertinente de la
participation, de la démocratie cognitive
et des conférences de consensus informé
pour soutenir la décision.
Nous pourrons revenir plus largement
sur cette démarche dans le prochain
numéro de Santé conjuguée qui traitera
Ruptures
La revue RUPTURES est publiée à
Montréal par le GRIS (Groupe de
recherche interdisciplinaire en santé) de
la faculté de médecine de Montréal. Son
orientation se fonde sur la prémisse que
le domaine de la santé publique ne peut
être compris dans toute sa complexité et
sa globalité que lorsqu’il est placé dans
un large contexte joignant les aspects
individuels, sociaux, culturels,
historiques, économiques, politiques,
environnementaux, techniques et
éthiques. Elle publie des recherches qui
visent à analyser, évaluer, comprendre
et gérer le « système » de santé : facteurs
qui influent la santé des individus et
communautés, étude des interventions
qui influencent la santé ou préviennent
les maladies, analyse de la gestion des
systèmes de soins.
Le volume quatre, qui comprend deux
numéros, confirme tout l’intérêt
qu’avaient suscité les précédents.
Une large place est cette fois consacrée
aux actes d’un colloque sur la
« nouvelle » place de l’hôpital dans la
société ; il est vrai que le Québec vit un
virage ambulatoire qui par sa radicalité
pose vigoureusement la question du
repositionnement des acteurs de santé.
14 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
de la santé communautaire et dès lors des
possibilités concrètes de participation de
la population.
Dans un autre registre, Joseph Brunet ose
aborder, depuis ses expériences en Côte
d’Ivoire et au Burkina Faso, la question
éthique à travers l’évaluation
économique des programmes de santé.
« Comme les milieux médicaux français
et occidentaux en général n’osent pas
aborder ces problèmes, - ils n’ont pas les
mots pour le dire ! - j’ai eu recours à des
auteurs étrangers dont j’ai assuré
librement la traduction ». Un article qui
remet en perspectives les dimensions de
l’action économique en santé et des
méthodes de santé publique avec des
principes d’équité, de justice sociale et
de solidarité ; quels principes finalisent
et servent de garde-fou à ces démarches ?
Le ton est libre, on a presque envie de
dire « frais », parfois savoureux, bien au
service de la pertinence de la question.
Des numéros hautement recommandables
!
a a a a a a a a a a a a a a
Ruptures
(suite)
l
Présentation : Jacuqes Morell
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 15
La damnation de Freud
Tobie Nathan, Isabelle Stengers, Lucien
Ounkpatin - Collection « Les empêcheurs
de penser en rond » 1997, 153
pages, 503 francs.
Washington 1969, trois heures du matin
aux archives Freud. Gabriel Batabundé,
chercheur béninois, jeans et lunettes de
myope, compulse des documents. Ce
n’est pas un étudiant ordinaire. Il est investi
d’une mission...
a a a a a a a a a a a a a a
L I V R E S
La damnation de Freud
qu’ils nous coupent les vivres ! » Mais
cette humeur grise ne durera pas. Sandor
Ferenczi a « trouvé » un soldat africain
hospitalisé depuis un an, assis sur un tabouret
dans un couloir, mutique, immobile,
perdu. « Imaginez cela : un sauvage,
un primitif, un fossile vivant... on pourrait
étudier son psychisme, vérifier si la
technique psychanalytique marche dans
son cas... ». L’appétit de Freud se réveille
: « Une névrose traumatique chez
un primitif... Est-ce seulement possible ?
»
frontation baigne dans un clair obscur
fascinant. Pendant que les psychanalystes
déploient des trésors d’interprétation,
la présence de Ekudi bouleverse la cellule
viennoise. Sa vision du monde lui
permet d’identifier Martha, l’épouse de
Freud, comme la gardienne des ancêtres,
puisqu’elle astique les statuettes qui ornent
le cabinet. Très vite aussi, il perce à
jour les difficultés et les impasses dans
lesquelles se débattent ses interlocuteurs,
avec leur « filiation de pacotille ». Seul
Ferenczi, grâce à sa passion de créer, parviendra
à pénétrer le monde de Ekudi et
à s’y faire reconnaître.
Ce ne serait pas rendre justice à ce texte
de le réduire à une mise en scène affrontant
la psychanalyse et l’ethnopsychiatrie.
Ecrit sous forme d’une pièce de
théâtre, donc avec la puissance potentielle
de la parole prononcée et de la présence
physique, il traverse la couche superficielle
de l’argumentation pour faire
vivre l’incarnation de deux conceptions
du monde et de la connaissance des hommes.
On aimerait dire qu’il montre plus
qu’il ne démontre... Mais la « monstration
» aboutit au KO de Freud (sa damnation),
à la réalisation de la mission de
Gabriel et à la désignation de Ferenczi
comme médiateur interculturel. Dommage.
Acerbes discussions en perspective
? A moins que Ekudi ne réconcilie
les paroles ?
« Ekudi prend la carafe d’eau, remplit
une tasse, en verse d’abord quelques
gouttes sur le sol, en boit une gorgée à la
manière africaine et la passe à Ferenczi
qui fait le même geste.
Ekudi : C’est la même eau qu’il y a dans
chaque humain. Ton eau diffère-t-elle de
la mienne ?... Si tu n’as plus d’eau dans
le corps, grand frère, c’est que tu es mort,
n’est-il pas vrai ? C’est pourquoi l’eau
ne sait pas mentir. Bois avec moi, toi qui
Vienne, septembre 1919, le cabinet du
docteur Freud. Le docteur est morose :
l’homme aux loups, son succès thérapeutique
le plus resplendissantv va mal. Il
en est à douter de la psychanalyse. « Le
traitement des névroses de guerre... le
seul domaine où l’on reconnaisse l’efficacité
de la psychanalyse... Et voilà
qu’ils arrêtent la guerre ! Autant dire
Washington 1969, Gabriel Batabundé a
assisté à la scène viennoise. Il assistera
à toutes les entrevues entre Ekudi, ce
soldat noir qui est son grand-père et
Freud, entouré de sa famille, de Ferenczi,
d’Ernest Jones. Petit à petit, sa mission
lui apparaîtra...
Entre le monde de Freud et celui de
Ekudi et Gabriel son descendant, la con16
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
tout comme l’eau ne sait pas mentir. Et
accepte cette parole : dans le monde des
blancs, celui qui ne sait pas mentir tombe
malade et meurt.
Ferenczi : Qu’est-ce qu’il a dit ?
Freud : Rien ! »
jectivent » des maladies, ils décrètent
l’existence d’un objet qu’ils sont seuls à
percevoir, sans que quiconque dispose
du moindre instrument susceptible de les
contredire. Dans le même temps, en soudant
le symptôme à la personne, la pensée
savante désolidarise la personne de
ses semblables et l’isole.
A l’opposé, le « maître du savoir secret »,
en usant de la divination et non du diagnostic
s’expose au risque de manière
permanente, et d’abord à celui d’être
contredit par le véritable expert que devient
alors le malade. L’application
d’une pensée sauvage pour la prise en
charge d’un désordre dissocie le symptôme
de la personne et en attribue l’intentionnalité
à l’invisible. Dans ce système
thérapeutique, l’important n’est pas
de discuter du degré de vérité des interprétations
mais d’observer la conséquence
de leur mise en acte. Il ne s’agit
pas d’établir une théorie du type « tout
événement produisant un désordre révèle
une intention invisible » dont on démontrerait
qu’elle n’est pas fausse, mais de
mettre en place un principe technique,
un outil qui permette de travailler à l’interface
entre la pensée et le monde. Les
concepts de la pensée sauvage ne se trouvent
pas dans leurs énoncés mais dans
les manières de faire engendrées par leur
application.
Tobie Nathan oppose notre médecine,
faite par des experts interrogeant le visible
dans un univers unique et se constituant
en « clergé » face à un malade
coupé de son groupe, à une médecine
« sauvage » où un thérapeute isolé interroge
l’intentionnalité invisible dans un
univers multiple pour des malades affiliés
à leur groupe.
Sans rentrer dans le débat « des experts »
ni pousser le parallélisme à son extrême,
on ne peut s’empêcher de trouver ses
critiques de la psychopathologie scientifique
bien proches des griefs adressés
à la médecine techno-scientifique.
Damned ! Ne serait ce pas le même ordre
de griefs faits à cette médecine
techno-scientifique par les tenants d’une
conception des soins de santé primaires
comme globaux (s’adressant à des univers
multiples), continus (inscrits dans
a a a a a a a a a a a a a a
La damnation de Freud
(suite)
Médecins et sorciers
Tobie Nathan et Isabelle Stengers.
Collection « Les empêcheurs de penser
en rond » 1995, 161 pages.
Tobie Nathan est psychanalyste et fait
figure de référence en ethnopsychiatrie.
Isabelle Stengers, chimiste et philosophe,
enseigne la philosophie des sciences à
l’université libre de Bruxelles. Auteurs
prolifiques, ils s’étaient déjà additionnés
dans « Médecins et sorciers » (1995) qui
rassemble un « Manifeste pour une psychopathologie
scientifique » du premier
et une réflexion sur « Le médecin et le
charlatan » de la deuxième. Pour le profane
curieux, la lecture rapprochée de ces
textes et de « La damnation de Freud »
est particulièrement féconde.
« ...je pense que les découvertes scientifiques
des professeurs Charcot et Freud,
condamnant sorcières, sybilles et pythonisses
à la misère hystérique ne sont que
l’enregistrement officiel, l’acte de décès
signant la disparition de la multiplicité
des Univers... »
Rappelant Isabelle Stengers qui démontre
qu’une science est l’activité d’un
groupe de savants ayant accepté de prendre
des risques, Tobie Nathan estime que
les psychopathologistes n’exposent pas
leur pensée au moindre risque : ils « obSanté
conjuguée - janvier 98 - n° 3 17
l’histoire et donc dans une filiation), intégrés
(conférant une protection par des
conduites adéquates), accessibles (pouvant
être utilisés et compris par tous),
opérant des fonctions de synthèse et de
communication (donc reliant) et permettant
la participation de la population (du
groupe)...
Etrange pressentiment qui se renforce à
la lecture de la seconde partie de
l’ouvrage dans laquelle Isabelle Stengers
interroge notre médecine en tant que
forme de science moderne...
Les médecins et les charlatans ont de
nombreux points communs, dont l’intention
de guérir et la tentation de revendiquer
les guérisons pour preuves. On ne
peut donc les distinguer par ces traits...
Le corps souffrant est en effet capable
de guérir pour de mauvaises raisons !
Pour les différencier il y a l’expérimentation
scientifique, c’est-à-dire une mise
en scène au cours de laquelle le scientifique
choisit les questions qu’il pose à
son dispositif. Le problème lorsqu’il
s’agit d’expériences sur un corps vivant,
c’est qu’il intervient lui-même dans la
définition des causes qui agissent sur lui.
Il fait obstacle à la démarche de la preuve
au point que les médecins sont tentés de
parler d’irrationalité, ou d’effet placebo,
sur le mode de la dérision. La coïncidence
entre rationalité et triomphe de
l’expérimentation est battue en brèche
par le sujet vivant (mais aussi par les
structures dissipatives qui introduisent le
concept d’auto-organisation dans le
monde physico-chimique). Il faut dès
lors se résoudre à constater la disjonction
radicale entre une science qui veut
prouver et une médecine où il s’agit de
guérir (et basta pour la chasse aux charlatans
modernes ...).
Résonne alors la question-défi de Tobie
Nathan : « N’aurions-nous pas à apprendre
de ceux-là dont la caractéristique
commune est de ne pas avoir été hantés
par l’idéal d’une Voie Royale (la preuve
scientifique) capable par définition de
disqualifier les autres ? ». Les thérapies
occidentales soudent la maladie à son
symptôme, ce qui signifie que le malade
se retrouve seul face à un dispositif qui
le définit par un problème dont les termes
appartiennent au thérapeute. A l’opposé,
le dispositif inducteur de lien décrit
par Tobie Nathan permet de reconnaître
que ce qui fait obstacle à nos
idéaux et à nos exigences pratiques n’est
autre que la singularité de ce à quoi nous
avons à faire, et invite à nous adresser à
cette singularité sans tenter de l’éliminer
ou de la contourner.
Cela dit, apprendre ne signifie pas imiter.
Le médecin occidental ne peut s’appuyer
que sur sa propre culture, irrémédiablement
amputée des ressources sur
lesquelles peut s’appuyer un thérapeute
traditionnel. (Les sectes seraient une
manière caricaturale de retrouver ce dont
nous avons été amputés). Isabelle
Stengers identifie une tradition qui nous
singularise, celle qui a nom « politique ».
Le défi pratique d’inventer pour la médecine
d’autres voies que la « Voie
Royale », qui soude le symptôme à la
personne, place celui qui l’énonce du
côté de l’invention politique, c’est-à-dire
du mode singulier selon lequel, chez
nous, les minorités s’inventent et inventent.
Nous sommes, médecins et citoyens,
engagés dans une tradition qui a
inventé la rationalité comme enjeu,
comme référence discriminante quant
aux avenirs que nous construisons.
La médecine dès lors ne peut être réduite
à une réponse à la souffrance individuelle
: elle est devenue l’un des sites
où se décide la manière dont les humains
construisent leur identité à la fois individuelle
et collective.
Une angoisse me saisit. Et si, pour me
punir d’avoir pris du plaisir à lire ces
bouquins, mon psychanalyste me jetait
un sort... l
Présentation Axel Hoffman
18 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
Le texte présenté ici est une version
légèrement abrégée du texte rédigé par
le comité d’éthique. Situé dans le temps,
il n’a d’autre ambition que de jalonner
l’évolution d’une question. Il s’agit donc
d’une étape dans la réflexion et non
d’une impossible conclusion définitive.
La version complète et des notes
d’intention éclairant différemment cette
problématique sont disponibles à la
Fédération des maisons médicales.
Préalables
La réalisation de tests génétiques va
permettre, dans un futur rapproché, de
détecter chez l’humain des caractéristiques
génétiques qui prédisposent à
certaines maladies.
Dans certains cas, ces tests permettront
de détecter une sensibilité ou une
résistance particulière à certains agents
toxiques ou carcinogènes. On sera en
mesure de prédire un risque
anormalement élevé de maladie chez
certaines personnes lors de l’exposition
à ces agents.
L’utilisation systématique de ces tests
génétiques (screening génétique) dans un
contexte professionnel pourrait
contribuer à éviter une certaine
souffrance humaine. En fonction des
sensibilités individuelles, l’attribution de
tâches pourrait se faire de telle façon que
le risque à l’exposition d’agents toxiques
ou carcinogènes soit minimisé pour
chacun. L’utilisation de ces tests soulève
néanmoins diverses questions.
Un groupe de chercheurs collaborant à
un projet BIOMED ainsi que le Bureau
technique syndical européen ont sollicité
une réflexion de notre comité sur les
questions éthiques soulevées par la mise
en oeuvre de tests génétiques dans le
contexte professionnel.
a a a a a
Screening génétique et
légitimité de l’existence de
conditions de travail
dangereuses
Nos réflexions sur le screening génétique
pourraient indiquer que nous agréons
l’existence de lieux de travail
foncièrement nocifs. On peut craindre
aussi que l’utilisation du screening
génétique conduise au relâchement des
mesures d’hygiène industrielle. Dans
l’absolu, on ne peut cautionner le fait de
soumettre le travailleur à un risque. S’il
est vrai qu’il est impossible d’éliminer
le risque à 100 %, il faut continuer à
considérer cet objectif comme une utopie
mobilisatrice, et exercer toutes les
pressions nécessaires pour y tendre.
Un agent toxique peut aussi contaminer
l’environnement. Le personnel d’une
usine peut être sélectionné mais pas les
personnes vivant dans les environs. Des
questions pourraient aussi surgir quant
à la présence de la substance en question
dans l’environnement du demandeur
d’emploi déclaré inapte pour cause
d’hypersensibilité à cette substance.
Quel pouvoir aura le travailleur sur la
pollution dégagée dans son environnement
par l’usine qui a refusé de
l’embaucher ?
Intervient ici aussi la dimension globale
du risque. Dépenser un milliard pour
assainir un lieu de travail, ou dépenser
peu en sélectionnant les travailleurs à
l’embauche : cela peut avoir le même
effet quant au nombre de travailleurs à
qui on évite une maladie professionnelle.
Mais l’effort d’assainissement a une
répercussion sur l’ensemble d’une
société.
a a a a a
Les caractéristiques
particulières du test génétique
et de la sélection génétique en
termes du vécu par la
personne
Etre testé est une expérience continue
dans le vécu quotidien. Par contre, se
faire tester par un inconnu qui a
l’objectivité d’un technicien, sans souci
a a a a a a a a a a a a a a
E T H I Q U E
Problématique éthique posée par les tests génétiques
dans un contexte professionnel touchant à l’emploi
Comité d’éthique de la Fédération des maisons médicales et collectifs de santé francophones,
sous la présidence de Pierre de Locht
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 19
relationnel, sur des données immuables
tels que les chromosomes, pourrait
menacer l’individu d’une perte de
personnalisation.
Il y a une différence entre la sélection
actuelle dans le monde professionnel et
le screening génétique. La sélection
actuelle est basée sur la capacité du
travailleur d’accomplir un travail. Elle a
trait à la « dignité » professionnelle de
l’individu. Dans tout test d’aptitude
existe une possibilité pour l’individu
testé d’en influencer le résultat en
entreprenant une démarche pour se
rendre « apte », par exemple en
s’exerçant ou en suivant une formation.
Le screening génétique, par contre, ne
teste pas l’individu selon son phénotype
actuel, ses capacités, mais selon son
génotype, potentiel fixe et immuable. La
dignité humaine n’est nullement prise en
compte : « Tu as telle caractéristique
génétique, donc... ». Ce génotype peut
révéler des limitations qu’on ne peut pas
franchir, et dans certains cas indiquer ce
qui arrivera à l’individu dans quelques
années.
L’image que l’être humain a de lui est
basée sur son passé, son histoire et sur
l’avenir dans lequel il se projette, sur
lequel il peut exercer son libre arbitre,
sa capacité de donner un sens. Demain,
le screening génétique pourrait faire de
cet avenir un destin, destin qu’Oedipe,
en le fuyant, ne faisait que précipiter...
Le screening génétique va-t-il favoriser
l’emprise du destin sur notre vie, ou
pouvons-nous faire en sorte qu’il nous
aide à humaniser le destin ?
Autre aspect inquiétant du screening
génétique : il pourrait renforcer la
conscience de normes de l’humain, et
donc la conscience des spécificités, des
différences... normales. La conscience de
cette norme peut déborder de son objet
et éclabousser tout le sujet. Le screening
génétique pourrait faire l’objet d’un
usage abusif dans le cadre d’une
politique raciste.
Sur un plan moins spéculatif, il faut
évaluer les répercussions psychologiques,
sociales, économiques, d’une
mise à l’écart de l’embauche pour la
personne : quel poids ont ces conséquences
néfastes par rapport au bénéfice
lié à l’évitement du risque, comment
l’évaluer, faut-il envisager des compensations,
comment protéger l’information
vis-à-vis de tiers...
a a a a a
Place de la science
Le screening génétique interroge la place
de la science dans notre vie. La libération
vient-elle du savoir ? Sur quoi se fonde
l’idée que le savoir est indispensable à
la liberté responsable ? De quel savoir
s’agit-il ? Savoir scientifique ou savoir
humain, savoir vérité absolue ou savoir
relatif, savoir information ou savoir
communication ? D’une part, l’ignorance
constitue un obstacle à la compréhension
et au choix responsable. D’autre
part, la complexification du savoir
accroît la distance entre ceux qui
maîtrisent le « savoir-pouvoir » et les
utilisateurs. Cette fracture est amplifiée
par la prééminence de la science et la
mythification du progrès et de la
technologie. Les débats se font de plus
en plus entre gens « autorisés » qui
finissent par « objectiver » les personnes
et les problèmes.
Certes, le savoir est utile au progrès.
Mais il y a progrès au service de
l’humanité, et progrès au service... du
progrès. Actuellement, on est amené à
présenter toute possibilité technique
comme progrès sans l’inclure dans la
problématique humaine. Le savoir
scientifique et technique n’est qu’un
aspect de la vérité. Il est important de le
distinguer du savoir humain.
Les tests
génétiques dans le
cadre professionnel
a a a a a
Les choix
Ce qu’il y a à choisir
L’utilisation du screening génétique
implique des choix à deux niveaux :
• celui d’accepter ou de refuser de
subir un test ;
• celui du choix de l’attitude à
prendre en connaissant le résultat :
respecter ou transgresser
l’indication donnée par le test.
Qui choisit ?
A qui incombe le droit de choisir ?
• à l’employeur ?
• à la société ?
• au travailleur ou demandeur
d’emploi ?
a a a a a
Screening génétique et
autonomie
1. L’autonomie décisionnelle de
l’individu
Dans la mesure où l’on considère le droit
à disposer de soi-même comme essentiel,
les décisions doivent être laissées à la
personne concernée. Elle doit être libre
d’accepter ou de refuser le test, et de
respecter ou de transgresser l’indication
donnée par le test.
20 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
Que l’individu ne soit pas dessaisi de la
souveraineté sur sa propre personne est
aussi dans l’intérêt de la société. Il est
difficile de se sentir co-responsable d’un
processus sociétal, d’un développement
dans une collectivité, quand on
ne se sent pas responsable de sa
propre vie. L’incapacité de
certains à gérer de telles
responsabilités ne doit pas
amener la société à nier ce droit
de gérer sa vie mais plutôt
l’entraîner à augmenter la
capacité d’être de ses individus.
Accorder une grande importance
à l’autonomie décisionnelle
de la personne n’implique
pas que nous négligeons les
intérêts de la collectivité. Il est
nécessaire que les conditions
d’exercice de la liberté soient
précisées, que des « gardesfous
» situent exacte-ment les
droits et devoirs réciproques de
l’individu et de la société.
2. Conditions d’exercice de
l’autonomie décisionnelle
L’exercice de l’autonomie décisionnelle
implique :
que la personne dispose des
connaissances nécessaires ;
qu’elle soit libre : possibilité d’adopter
un comportement en fonction d’un
choix de vie, et de se situer par rapport
à des contraintes économiques,
sociales, morales, psychologiques.
Toute exposition professionnelle à un
agent dangereux doit être précédée par
une information adéquate et intelligible.
Seule la vérification de cette compréhension
garantit l’exercice de l’autonomie
décisionnelle.
L’information peut aussi contribuer à une
prise de conscience collective et
favoriser une autre politique industrielle,
dans laquelle les effets sur la santé
prendraient plus de place.
Une bonne gestion du risque associé aux
produits dangereux implique que les
entreprises utilisant ou fabriquant ces
produits informent la société de leur
composition chimique. L’accès du corps
médical à cette information doit être sans
entrave.
Dans la situation actuelle, les conditions
requises pour cette autonomie décisionnelle
ne paraissent pas réalisables au niveau
de l’individu : difficulté de mettre
en place les conditions d’un « savoir
humain », pressions à l’embauche, etc.
Ceci implique que l’aide de professionnels
compétents, indépendants de toute
pression et au service des intérêts de la
personne sera requise.
3. Droit de connaître ou d’ignorer
ses caractéristiques génétiques
On peut penser que nous avons le droit
d’ignorer nos caractéristiques génétiques,
le droit de ne pas savoir, le droit à
l’insouciance, à l’ignorance de notre
propre sort. Une étude récente montre
que des comportements pathogènes ou
fatalistes sont induits par des prédictions
astrologiques ; quels pourraient être les
effets du screening génétique ?
a a a a a
Screening génétique et
communication
1 La communication de résultats
de tests génétiques
Il est souhaitable, tant pour la défense
de la vie privée que pour l’intérêt
solidaire des travailleurs, que les résultats
d’un test ne soient communiqués
qu’à la personne elle-même. Qu’une
autre personne puisse disposer de cette
information peut être vécu comme une
agression de la sphère privée.
Par rapport à la communication des
résultats de tests, la découverte fortuite
d’anomalies non recherchées pose un
Problématique éthique posée par les tests génétiques
dans un contexte professionnel touchant à l’emploi
(suite)
a a a a a a a a a a a a a a
•
•
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 21
problème particulier. Ces découvertes
fortuites peuvent impliquer des membres
de la famille. Il importe qu’avant de
prescrire un test génétique le médecin
demande à la personne si elle
1. exige d’être informée dans tous les
cas ;
2. désire que le médecin décide de l’en
informer ou pas ;
3. ne désire pas être informée ;
4. ne désire pas être informée, sauf si
des membres de sa famille pourraient
être concernés.
Il importe aussi de distinguer l’acte
d’informer de l’acte de communiquer. Il
faut passer du savoir scientifique au
savoir humain. Faire plus de vérité avec
quelqu’un n’est pas « dire la vérité ».
Une des fonctions du médecin est d’avoir
un dialogue éclairant, centré sur le désir
du patient, autant que sur le savoir du
thérapeute. Si complexe que soit le
background scientifique, le médecin se
situe, dans le colloque singulier, dans un
autre plan de complexité face à un sujet
qui désire. Que la science fonctionne
comme principe de libération implique
l’augmentation de l’autonomie du sujet
et le fait qu’il ait la parole. La connaissance
n’est pas en soi libératrice, c’est
apprendre à vivre cette connaissance qui
est libérateur.
La réflexion éthique doit être présente
au niveau scientifique et technique pour
éviter le piège du « saucissonnage » qui
a été une des conditions de possibilité
du nazisme : chacun fait sa partie du
travail sans s’inquiéter des objectifs en
amont et des implications en aval. C’est
pourquoi la communication initiale des
résultats de tests génétiques devrait être
prise en charge par des spécialistes
responsables des tests. Ils doivent
informer le plus complètement possible
la personne mais aussi assumer la
dimension humaine de leur technique.
Dans un deuxième temps, la personne
peut alors s’adresser à son médecin
traitant ou à tout autre personne en qui
elle a confiance pour se faire éclairer et
accompagner dans son choix.
2. Utilisation de l’information.
Limites du droit de l’individu à
disposer de l’information sur ses
caractéristiques génétiques
Avons-nous le droit de disposer à notre
guise de l’information sur nos caractères
génétiques ? Quelques précautions
doivent être respectées en raison de la
gravité potentielle de la divulgation de
cette information pour la personne, pour
son entourage et pour la société.
En effet, la connaissance des caractéristiques
génétiques d’un individu peut
informer des caractéristiques génétiques
des membres de sa famille.
D’autre part, qu’un individu, pour
obtenir un emploi, communique à un
employeur une information concernant
ses caractéristiques génétiques pose
question. Vu la concurrence entre
demandeurs d’emploi, il deviendrait
difficile de trouver un emploi pour
quelqu’un qui ne désire pas livrer cette
information.
La confidentialité de l’information sur
les caractéristiques génétiques doit être
considérée « d’ordre public » et toute
atteinte à cette confidentialité doit être
interdite et punie. Ceci implique que
l’individu a le droit de connaître ses
caractéristiques génétiques, mais pas le
droit de les communiquer, directement
ou indirectement, à un employeur. Dans
ce contexte, il est important d’interdire
toute communication de résultats de tests
génétiques par écrit ou par voie
informatisée à la personne testée. Seule
la communication orale devrait être
permise.
a a a a a
Mise en place du screening
génétique
1. Contexte
L’embauche est entre les mains des
employeurs. La société, garante du
respect des personnes et de l’ordre social
doit intervenir dans certains aspects de
l’embauche, et notamment dans le
domaine du screening génétique. Celuici
doit être organisé en fonction de la
protection des personnes et du respect
de leur autonomie.
Examinons les niveaux possibles
d’intervention de la société :
La société offre aux demandeurs
d’emploi ou aux travailleurs la
possibilité de faire un test. Les
travailleurs ou demandeurs d’emploi
restent libres d’accepter ou non de
subir le test et de suivre ou non les
indications données par le test.
Les demandeurs d’emploi ou
travailleurs sont obligés de recevoir
une information complète et adéquate.
Ils restent libres de subir ou non le test
et de suivre ou non les indications
données par le test. Ils reçoivent dans
les deux cas une attestation prouvant
qu’ils ont participé à une séance
d’information, destinée à l’employeur.
Que la société oblige les travailleurs
ou demandeurs d’emploi à recevoir
une information adéquate sur les
risques potentiels d’un emploi est plus
que souhaitable.
Les demandeurs d’emploi ou travailleurs
sont obligés de subir le test et de
prendre connaissance des résultats. Ils
•
•
•
22 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
restent libres de suivre ou pas les
indications données par le test. Ils
reçoivent dans les deux cas une
attestation comme quoi ils ont subi le
test.
Face à un risque très important,
exposer des travailleurs sans les avoir
informés sur leur sensibilité particulière
serait contraire à leur droit à
l’information et contraire aux intérêts
de la société. Elle pourrait donc obliger
les demandeurs d’emploi à subir un
test génétique, tout en respectant le
droit de transgresser l’indication
donnée par le test. Cette situation
représente pourtant une ingérence dans
la santé de l’individu, et peut être en
contradiction avec son droit à ne pas
savoir.
La sélection génétique : les demandeurs
d’emploi ou travailleurs sont
obligés de subir le test. Les individus
à sensibilité élevée sont refusés ou
écartés du poste de travail.
Peut-on accepter que la société, dans
des cas extrêmes, ait recours à la
sélection génétique obligatoire, en
n’acceptant pas que le demandeur
d’emploi transgresse l’indication
donnée par le test ? Nous pensons que
non.
Ces questions doivent faire l’objet d’un
large débat dans la société. Nous
considérons cependant que, dans ce
domaine, toute limitation de l’autonomie
décisionnelle doit être vue avec
suspicion.
2. Régulation par les pouvoirs
publics de l’usage fait de
résultats de tests génétiques
La détection de caractéristiques
génétiques prédisposant à certaines
maladies ou conférant une sensibilité
élevée à certains agents nocifs peut avoir
un intérêt hors du contexte professionnel.
Certaines personnes feront appel, en
privé, à la médecine prédictive, pour
s’informer sur leurs risques. Afin d’éviter
que employeurs et travailleurs usent de
la médecine privée pour contourner la
réglementation du screening génétique
dans le cadre de l’emploi, il est
nécessaire que l’utilisation de tests
génétiques en médecine privée soit
soumise à une réglementation précise. La
communication de résultats de tests
génétiques doit, en médecine privée
comme dans le cadre de l’emploi, être
soumise aux mêmes restrictions décrites
ci-dessus. En outre, il est indispensable
d’interdire et de sanctionner la détention
et/ou l’utilisation par quiconque de
résultats de tests génétiques concernant
une tierce personne. Ces restrictions
contribueront à éviter des abus dans le
domaine de l’assurance maladie et de
l’assurance vie.
3. Eléments de gestion
du screening génétique
Les tests de screening génétique seront
développés selon le marché potentiel.
Cela signifie qu’un certain nombre de
tests ne seront pas développés en raison
de l’insuffisance de débouchés
économiques. Cela pose la question de
l’utilisation équitable des moyens
financiers disponibles pour le
développement de tests.
L’application des tests disponibles nous
parait devoir être indépendante du
nombre de personnes employés dans un
lieu de travail précis.
La politique de mise en oeuvre du
screening génétique devrait tenir compte
de certaines considérations concernant
le risque absolu de la population sensible
exposée et du risque relatif lié à une
sensibilité particulière. Ces éléments
devraient être mis à la disposition de la
personne afin de lui permettre de
déterminer la manière dont elle fera
usage du screening génétique.
Encadrement du
screening génétique
dans le contexte de
l’emploi
a a a a a
Répercussions sociales de
l’instauration du screening
génétique
L’instauration du screening génétique
pourrait changer l’image que l’individu
a de lui-même et son interaction avec le
monde. Plus particulièrement, le
screening génétique pourrait :
conduire à l’exclusion de travailleurs
sensibles et à la sélection de
travailleurs résistants. Une question
fondamentale se pose ici : faut-il
adapter l’homme à la machine, ou la
machine est-elle au service de
l’homme dans sa recherche de
progrès ? On ne peut accepter que le
développement d’une technologie
exclue une partie de la population
d’une participation à la vie sociale.
D’où la nécessité d’un contrôle social
sur le développement et l’application
des technologies ;
affecter la vie familiale : les caractéristiques
génétiques sont en partie
commune parmi les membres d’une
famille ;
affecter les rapports entre employeur
et employés. L’employeur peut-il être
juge des qualités génétiques ?
Problématique éthique posée par les tests génétiques
dans un contexte professionnel touchant à l’emploi
(suite)
a a a a a a a a a a a a a a
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Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 23
affecter le respect de l’identité des
personnes. Il importe que la personne
soit considérée pour ce qu’elle est, pas
pour ce qu’elle pourrait devenir ;
renforcer le rêve de la toute-puissance
de la science et de la technique et
notamment le pouvoir médical ;
attiser les tensions raciales et
ethniques ;
remettre en question la solidarité. Une
évolution ultra-libérale pourrait mener
vers une diminution de la solidarité
entre les « forts », aux risques
moindre, et les « faibles », qui ont plus
de risques de tomber malade.
Par contre, une prise de conscience
humaine de différences constitutionnelles
pourrait mener vers un renforcement
de la solidarité ;
affecter la gestion des assurances et du
monde bancaire (assurances, prêts
bancaires).
a a a a a
Qualités requises pour gérer le
screening génétique
La gestion du screening génétique dans
le cadre professionnel requiert de
l’instance ou des personnes responsables
au moins les qualités suivantes :
1. Etre neutre ;
2. Etre indépendant par rapport à des
intérêts étrangers à ceux des
personnes testées et par rapport à la
rentabilité financière du screening
génétique lui-même ;
3. Etre aisément contrôlable par les
instances démocratiques ;
4. Disposer d’une stabilité statutaire qui
protège de pressions externes ;
5. Disposer de la compétence
professionnelle ;
6. Ne pas se trouver en situation de
conflit entre l’activité exercée dans
la cadre du screening génétique et
une autre activité professionnelle
exercée simultanément.
A partir de ces qualités requises, qui
pourrait gérer le screening génétique ?
1. La médecine du travail ?
Le médecin du travail est neutre,
aisément contrôlable et a généralement
la stabilité statutaire. Il présente des
garanties de compétence professionnelle.
En particulier, il est le seul professionnel
à pouvoir connaître et interpréter les
dangers associés à une fonction.
La vie privée ne concerne pas le médecin
du travail et le « mauvais génome » n’est
pas une tare professionnelle. La détection
d’une caractéristique génétique à risque
mettrait le médecin du travail en conflit
avec sa déontologie s’il acceptait que la
personne porteuse de cette caractéristique
continue à s’exposer. Ceci
entraînerait des pressions dépouillant le
travailleur de son autonomie décisionnelle.
Nous considérons cependant que le
médecin du travail, en collaboration avec
les spécialistes des centres de génétique
humaine doit jouer un rôle important
dans le screening génétique :
il doit informer le travailleur ou
demandeur d’emploi des risques liés
au poste de travail ;
il lui incombe de révéler l’existence
chez certaines personnes d’une
sensibilité accrue à l’agent en question
et la disponibilité d’un test pour
dépister cette sensibilité élevée ;
il informera le travailleur ou
demandeur d’emploi de l’obligation
légale de recevoir une information ou
de subir un test ;
il orientera le travailleur ou demandeur
d’emploi vers un centre de génétique
humaine ;
il communiquera au centre de
génétique toutes les informations utiles
concernant l’exposition de la personne
concernée ;
il assistera, à leur demande, le centre
de génétique humaine et/ou la
personne dans les choix à faire en
tenant compte des résultats du test et
des conditions précises de travail.
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24 Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3
2. Une instance administrative
dépendant directement
des pouvoirs publics ?
Une administration est aisément
contrôlable, mais son indépendance et sa
neutralité ne sont pas garantie de façon
suffisante. Les fonctionnaires peuvent
avoir une stabilité statutaire suffisante,
bien que leurs fonctions puissent être
modifiées. Ils peuvent être nommés pour
leur compétence professionnelle.
L’absence d’une autre activité
professionnelle incompatible peut être
garantie.
Une administration étatique est
probablement trop proche du pouvoir
politique et trop exposée aux aléas des
changements de personnel politique pour
garantir un bon emploi du screening
génétique. En outre, peut-elle être
suffisamment proche du travailleur ou
demandeur d’emploi pour être vécue
comme son conseiller et défenseur de ses
intérêts ? Peut-elle donner les garanties
nécessaires quant au respect de la
confidentialité ?
3. Le médecin généraliste ?
Le médecin généraliste est théoriquement
indépendant, engagé aux côtés
de son patient. Par contre, il n’est pas
aisément contrôlable, ne dispose pas de
stabilité statutaire et sa compétence dans
le domaine qui nous occupe n’est pas
garantie.
Gérer le screening génétique peut entrer
en conflit moral ou pratique avec sa tache
principale qui est de conseiller et
d’accompagner son patient
Déléguer la gestion du screening
génétique dans le cadre de l’emploi aux
généralistes permettrait d’éluder le
problème éthique, puisque que la
réalisation du test relèverait là du choix
du « patient ». Vu le « chantage » à
l’emploi, il parait inacceptable de laisser
le « patient » seul face à l’employeur en
cette matière. Dans le cas du test HIV
avant l’embauche, travailleurs et
employeurs s’accordent pour jouer leur
rôle respectif dans ce chantage, l’un par
peur de ne pas accéder à l’emploi, l’autre
par pression sur le travailleur pour
réaliser le test avant l’engagement. Etant
donnée l’inégalité du rapport de force
entre employeur et demandeur d’emploi,
la société se doit de le réguler.
Le médecin traitant n’est pas en situation
pour assumer la gestion initiale du
screening génétique. L’investir de ce
nouveau devoir le met en porte-à-faux
par rapport à sa relation habituelle avec
la personne : il est apte à discuter du
screening génétique avec la personne si
elle en fait la demande, mais « à côté »
d’elle. Le rôle du médecin traitant, à
travers sa relation de confiance avec la
personne, est de contribuer à passer du
savoir technique au savoir humain,
d’éclairer le sens de ses choix et de les
accompagner. C’est un rôle d’écoute, de
conseil, de soutien. Le médecin traitant
s’obligera à une connaissance scientifique
rigoureuse pour s’assurer de la
qualité de ses conseils mais sauvegardera
la subjectivité du patient. « Dans la
pratique médicale, notre plus belle
réussite thérapeutique est cette possibilité
donnée aux patients de s’approprier
leur destin pour en faire leur
histoire » disait un généraliste.
Son rôle sera aussi d’amener la personne
à réfléchir sur les dimensions collectives
de ses choix. S’il est responsable de la
gestion du screening génétique dans le
contexte professionnel, le médecin
traitant risque d’être perçu par le patient
comme investi d’un devoir par la société.
Le choix du travail par la personne sera
perçu comme basé sur le conseil
« obligé » du médecin traitant.
4. Les centres de génétique
humaine, sous contrôle d’un
« conseil de sages » ?
Le screening génétique pourrait être
réalisé et géré par les centres de
génétique humaine. Ces centres
disposent des compétences nécessaires
à l’information complète et adéquate, à
l’exécution et l’interprétation des tests,
ainsi qu’à la communication des résultats
et leur explicitation. Ils devraient être
indépendants des milieux économiques
et politiques, et ne pas dépendre de leur
propre productivité (financement non lié
à l’acte). Les personnes y travaillant pour
le screening génétique devraient jouir
d’un contrat de travail garantissant la
stabilité de leur fonction, les préservant
de toute pression extérieure. Le
fonctionnement de cet institut devrait
être supervisé par un « conseil des
sages » dont le contrôle serait assuré par
la voie démocratique. Ce conseil serait
garant d’un screening génétique
protecteur du travailleur et de la qualité
de la vie.
5. L’employeur ?
La gestion du screening génétique par
l’employeur entraînerait une négation de
l’intimité et de la confidentialité, ainsi
qu’une concentration de pouvoir. Les
motivations de l’employeur se situent
dans le domaine économique. De ce fait,
la gestion du screening génétique par
l’employeur est inacceptable.
La seule information qu’il recevra sera
un document attestant que telle personne
a suivi une séance d’information. Des
dispositions légales devront interdire
toute communication de caractéristiques
génétiques à un employeur, ainsi que la
détention par un employeur de cette
information.
L’existence du screening génétique ne
Problématique éthique posée par les tests génétiques
dans un contexte professionnel touchant à l’emploi
(suite)
a a a a a a a a a a a a a a
Santé conjuguée - janvier 98 - n° 3 25
doit en aucun cas déresponsabiliser
l’employeur quant à ses obligations dans
le domaine de l’hygiène industrielle.
L’intérêt spécifique que le screening
génétique peut avoir pour l’employeur
consiste dans le fait que l’offre d’un test
génétique le déliera de sa responsabilité
dans le cas d’une plainte concernant
l’exposition d’un travailleur montrant
une sensibilité élevée, à condition que
les mesures de sécurité réglementaires
aient été respectées.
Propositions
Nous pensons que le screening génétique
doit, le cas échéant, être accessible,
intellectuellement, financièrement et
pratiquement à tous les travailleurs.
Si le screening génétique à l’embauche
était instauré, nous proposons :
que le screening génétique soit réalisé
et géré par une instance indépendante,
neutre, aisément contrôlable par les
instances démocratiques, disposant de
stabilité statutaire et de compétence
professionnelle et n’exerçant pas
d’activité professionnelle pouvant
entrer en conflit avec celle exercée
dans le cadre du screening génétique ;
que la société impose une information
optimale des travailleurs ou
demandeurs d’emploi, afin de rendre
possible l’autonomie décisionnelle de
la personne et d’éviter toute
discrimination dans l’utilisation du
screening génétique ;
que les résultats de tests génétiques ne
soient communiqués qu’à la personne
elle-même, et qu’aucun document ne
lui soit délivré ;
que la personne reste dans tous les cas
libre de suivre ou de ne pas suivre les
indications donnés par le test ;
que toute pression incitant à subir le
test (sauf exception légale) ou à
adopter un comportement en fonction
de ses résultats soit condamnée
explicitement ;
que la confidentialité de l’information
sur les caractéristiques génétiques,
quel que soit le cadre dans lequel cette
information a été générée, soit
considérée « d’ordre public », et que
toute atteinte à cette confidentialité soit
interdite et punie. L’individu a le droit
de connaître ses caractéristiques
génétiques, mais pas celui de les
communiquer, directement ou indirectement,
à un employeur. L’usage de
documents écrits ou informatisés doit
être limité à la communication entre
intervenants tenus au secret médical
et uniquement dans le cadre de la
mission de soins.
Conclusion
Le screening génétique n’est acceptable
que s’il est protecteur de l’individu et au
service de la qualité de la vie. Les
difficultés pour l’individu de gérer les
informations qui en découlent ne doivent
pas amener la société à se substituer à la
personne, mais à favoriser sa capacité à
gérer sa vie. Il n’y a place pour le
screening génétique que s’il sert la
dignité de l’être humain. l Ont participés à cette réflexion :
Pierre de Locht, président du comité
d’éthique, Monique Boulad, Daniel Burdet,
Natacha Carrion, Marc Duhaot,
Anne Gillet, Axel Hoffman,
Olivier Mariage, Brigitte Meire,
Thierry Poucet et Nick Van Larebeke.
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- cahier Santé conjugué n°3 - janvier 1998 (pdf, 2 Mo)
- article1322
Quels soins de santé primaires voulons-nous et quel est le meilleur mode de financement ? Nous en discuterons à partir du système « au forfait ». Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui déçoit ? Quels objectifs sont atteints ?
Lisez ci-jointes les versions en pdf du cahier et des rubriques.
octobre 1997
Voici quelques années déjà que le traitement de substitution à la méthadone est accessible « au coin de la rue ». Qu’est-ce que ça a changé pour les usagers, pour le quartier, pour les soignants de première ligne, pour les institutions spécialisées en traitement des patients toxicomanes ?
- cahier Sc 1
- Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 13
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
MAISONS MEDICALES :
UN OUTIL DE SANTE
POUR L’AVENIR
Actes du congrès de la Fédération
des maisons médicales
décembre 1996
CAHIER
CAHIER
14 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Les maisons médicales ont vingt-cinq
ans et leur Fédération une quinzaine
d’années. Les temps changent, les conditions
de travail et l’environnement social
se modifient. Soucieuses de maintenir
au sein du mouvement un consensus
large et des objectifs adaptés au contexte
actuel, les quarante-cinq maisons
médicales de la Communauté française
et membres de la Fédération des maisons
médicales ont entamé voici deux
ans un long travail de réappropriation
et de réactualisation de leurs objectifs.
Elles publient aujourd’hui leur charte
et un cahier de propositions pour une
politique de santé qui reprend l’essentiel
de leurs revendications.
On y trouve…
• une réaffirmation de
l’identité des maisons
médicales, leur spécificité
mais surtout leur manière
de concevoir les
structures de soins et plus
largement la Santé dans
la société aujourd’hui.
• les références philosophiques.
• une conception de la société
faite de justice sociale
en terme d’équité et
de solidarité, mais aussi
d’autonomie.
• une conception de la
santé, processus dynamique
de l’individu dans
son contexte de vie et en même temps de la collectivité
dans les conditions qu’elle crée, tendu
vers un bien-être global, physique, affectif, relationnel
et social.
• une proposition de politique de santé appuyée
sur le niveau de proximité et les besoins de la
population.
Les maisons médicales sont des
structures bien adaptées aux
problématiques actuelles
La pertinence de leur modèle paraît plus grande
aujourd’hui qu’hier. Il s’est enrichi des vingt-cinq
années d’expériences, accompagnées de programmes
de recherche action et d’évaluation.
Au fil du temps, de nombreux concepts — soins
de santé primaires (76), Charte d’Ottawa sur la promotion
de la Santé, approche systémique et modélisation
psycho-médico-sociale — mais aussi, la
pression économique à la maîtrise des coûts et le
contexte de fracture sociale sont venus conforter
quelques-unes de leurs thèses.
Deux axes pour éclairer la prise en compte des problèmes
de santé tels qu’on peut les analyser
aujourd’hui :
l Premier axe : Qu’est-ce qui produit de la
santé ?
Les systèmes de santé sont
en crise structurelle. Crise
de financement et de gestion
des dépenses mais
aussi crise de finalités : ils
ne semblent plus apporter
un bénéfice-santé significatif
eu égard à leur coût.
La place des déterminants
de la santé autres que biologiques
se fait de plus en
plus grande : les facteurs
sociaux et le poids des inégalités
sociales en particulier.
L’exposé de Marc Renaud
est clair dans ce sens :
comme les maisons médicales,
il conclut à la nécessité
d’ouverture des acteurs
de santé vers d’autres secteurs
sociaux pour maintenir
des perspectives d’amélioration de la santé.
l Un second axe : les soins de santé primaires,
un modèle actuel et adapté
Le second axe qui éclaire les propositions des maisons
médicales est celui des soins de santé primaires
et de la médecine générale. Il faut impérative-
Synopsis
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 15
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
ment que le secteur de première ligne se donne un MEDICALES
modèle de référence qui rende compte du contenu
complexe de son travail et de la richesse de sa
multipolarité / polyvalence.
Les soins de santé primaires, porte d’entrée et pilier
d’un système, ont à remplir une fonction tiraillée
entre l’individuel et le collectif, entre le subjectif
et l’objectif et sur quatre fronts : le biologique,
le psychique, l’épidémiologique et l’anthropologique.
C’est la valeur de ce lieu de contact et
de communication, de ce lieu de la gestion et de la
synthèse...
L’analyse des maisons médicales s’appuie sur ces
deux leviers : la prise en compte des déterminants
sociaux et culturels de la santé et la redéfinition
fonctionnelle des systèmes de santé.
La politique de santé est aujourd’hui celle de l’absence
de politique au bénéfice d’une logique essentiellement
économiste et d’un rapport de force
hospitalocentriste. Les
maisons médicales envisagent
leur pratique dans
un cadre communautaire
et de proximité. Elles revendiquent
cette double
polarité pour une politique
de santé à mettre en
oeuvre
Les équipes pluridisciplinaires
des maisons médicales
sont porteuses de
ces pratiques. Leur fonctionnement
non-hiérarchisé
et transdisciplinaire
traduit une approche globale
de la santé dans une
fonction collective. Elles
élargissent et partagent
cette approche avec
d’autres intervenants de
santé ou d’autres secteurs
sociaux dans un travail en
réseaux locaux.
Les maisons médicales sont des structures insérées
dans la réalité sociale et, dès lors que leur préoccupation
est la santé globalement comprise, elles sont
confrontées aux déterminants de santé de type sociaux,
culturels, éducatifs en première ligne : impact
du chômage, de la précarité socio-économique,
des différences culturelles, de l’échec à l’école.
Elles insistent sur la portée universelle de leur
modèle, sur le fait qu’il s’adresse à l’ensemble de
la population et pas spécifiquement à la frange la
plus défavorisée.
C’est d’ailleurs la seule structure de première ligne
qui présente une offre de soins universelle et
polyvalente.
Cependant, les maisons médicales ne peuvent que
constater l’aggravation de la situation sociale de
nombre de concitoyens. Elles estiment, tant pour
des raisons d’équité que par priorités épidémiologiques
que cette situation doit être prise en
compte en facilitant l’accès aux soins.
En outre, il s’agit de dénoncer les mécanismes qui
conduisent à cette situation de précarisation et d’exclusion.
Les maisons médicales sont à cet égard
des observateurs privilégiés de la vie sociale et elles
comptent bien poursuivre leur rôle de témoins
et d’interpellation vis-à-vis des responsables.
Les maisons
médicales en
appellent aux
autres acteurs
de la première
ligne
La médecine générale
mais aussi les autres
acteurs de ce secteur
primaire ont à redéfinir
leur fonction sur
un mode positif et non
par défaut du modèle
hospitalier. Les alliances
avec les syndicats
d’omnipraticiens soucieux
de ce développement
seront poursuivies.
L’espace des soins de santé primaires se construira
à partir d’une modification de rapport de force dans
la représentation des médecins à l’INAMI, scandaleusement
verrouillée depuis trente ans, mais
aussi dans la construction avec l’ensemble de ces
acteurs d’un contenu qualitativement fort et d’un
accès maximal.
CAHIER
16 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Les maisons médicales en
appellent aux autres secteurs
sociaux
Elles souhaitent que s’associent à leur revendication
les partenaires et intermédiaires sociaux, les
acteurs professionnels concernés pour créer un lieu
de décision et de gestion d’une politique de la santé
qui se développe sur une dynamique de « penser
globalement agir localement » et s’appuie sur une
approche communautaire à chaque niveau de sa
structuration : une analyse des problèmes et des
besoins, une évaluation des ressources, la définition
des programmes d’actions et enfin une dynamique
d’évaluation et de correction.
Cette politique aura à intégrer les différents aspects
de la santé (soins, prévention, promotion) et
la participation des divers acteurs et secteurs de
la société ayant une influence déterminante sur des
problèmes estimés prioritaires : on pense à l’emploi
et le non-travail, l’école et l’échec scolaire,...
La logique communautaire de participation des
populations et des acteurs concernés trouverait là
une place à tous les échelons de l’action santé :
raître conflictuels - d’un syndicalisme médical
hospitalo-spécialisé et d’organismes assureurs tenanciers
d’hôpitaux ont plutôt tendance à entretenir
le non changement de cap, voire à construire un
extra-muros à partir de et sur le même modèle que
l’intra-muros ! Cette perspective, nous la croyons
qualitativement dangereuse, quantitativement onéreuse
et fondamentalement réductrice de la santé à
la maladie.
Une politique de santé, tous les experts et même
ceux de l’OCDE (Organisation pour la coopération
et le développement économique) sont d’accord
pour le dire, doit viser trois objectifs : offrir
un rapport qualité / prix maximalisé, être accessible
et rencontrer la satisfaction et les besoins des
usagers.
Continuer à développer une politique de soins de
santé sur l’unique modèle hospitalier, c’est s’assurer
de ne pas prendre en compte l’ensemble des
déterminants et des problèmes de santé !
Les maisons médicales
demandent des outils et de
l’expertise au service de la
politique de santé
L’exercice d’une politique de santé communautaire
et de proximité nécessite des mesures d’accompagnement
qualitatives très importantes.
Nous proposons la création d’un institut interdisciplinaire
des soins de santé primaires qui, sur le
modèle du NIVEL (Institut hollandais de recherche
pour la première ligne) fournisse les conditions
scientifiques de gestion de cette politique : recueil
et traitements de données, programmation, évaluation,
corrélation des données sanitaires, sociologiques
et économiques, enquêtes sur l’état de santé
de la population ou sur son degré de satisfaction...
Il s’agit de répondre à la question de la finalité des
décisions qui sont prises : « le pour faire quoi ? »
et de pouvoir mettre ces décisions en perspective
d’un objectif « santé ».
Le numerus clausus est un bel exemple : on limite
le nombre de médecins nouvellement diplômés à
sept cent par an. Dans l’absolu ce chiffre n’a pas
de sens ! Il faut savoir « des médecins : pourquoi
faire ? » et ensuite on pourra dire combien et de
quelle formation.
Les maisons médicales en chiffre :
45 en Communauté française
23 en région Wallonne et 22 en
région Bruxelloise
500 personnes y travaillent
toutes sont des asbl
16 centres sont financés au
forfait à l’inscription, les autres
fonctionnent dans le système à
l’acte
le cadre législatif est le décret du
19 mars 1993 de la Communauté
française transféré aux régions
en 1994.
depuis les lieux de gestion
jusqu’aux lieux d’action sur
le terrain, par le développement
de programmes de
santé communautaire en partenariat.
Cette dynamique qui
est déjà une philosophie d’action
des centres de santé est
aussi un souci d’efficience
dans l’utilisation optimale
des ressources et la proximité
de résolution des problèmes
par rapport à leur lieu
d’émergence.
Si un des préalables tient
dans la modification du rapport
de représentation des
généralistes et des spécialistes,
et donc la tenue rapide d’élections, l’autre tient
dans une volonté politique, aujourd’hui largement
soutenable sur le plan de la rationalité et de l’assurance
de qualité, d’installer une politique de santé
et de soins de santé primaires en particulier.
Choix éminemment politique : les intérêts convergents
même si les stratégies peuvent les faire pa-
Synopsis
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 17
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES Les maisons médicales
soucieuses du financement de la
santé et du payement des soins
Le financement des soins de santé reste une préoccupation
importante et la garantie du maintien du
cadre de la sécurité sociale un absolu : un système
de solidarité et d’assurance qui rencontre les préoccupations
de justice sociale.
Le système d’assurance maladie confère à la médecine
un statut très particulier de libéralisme
subsidié dans le cadre des conventions médicomutuellistes.
L’enjeu actuel est de garantir l’accès aux soins pour
tous mais aussi de trouver un système de payement
des prestations qui soutienne une approche plus
globale de la santé et donc délie le bénéfice du prestataire
du volume de ses prestations, mais pas de
sa responsabilité dans la prise en charge.
Le forfait à l’inscription est actuellement le mode
de rémunération de 30 % des maisons médicales
et pratiquement de toutes les nouvelles implantations.
Dans le cadre réglementairement fixé par l’INAMI,
les centres perçoivent un montant mensuel au prorata
du nombre et de la qualité des patients inscrits
(assuré ordinaire ou VIPO), qui correspond à un
équivalent corrigé de la consommation moyenne
sur le plan national.
Dans ce cadre, l’INAMI évalue chaque année les
consommations induites par les maisons médicales
en matière d’hospitalisation, de biologie et
d’imagerie et constate la réalisation d’une économie
importante dans ces postes : des économies
supérieures à celui des coûts des forfaits alloués !
Le décret des centres de santé, compétence des régions,
devrait permettre aux maisons médicales
d’intégrer les activités de prévention et de santé
communautaire dans de meilleures conditions. A
ce jour, les régions n’ont pas encore développé d’arrêtés
d’application et les subsides alloués restent
sans mesure avec les missions assignées.
En Wallonie, le budget reste inchangé depuis plusieurs
années malgré l’augmentation des centres.
Si la région de Bruxelles a significativement augmenté
ses subsides, il reste que ceux-ci sont inférieurs,
dans le meilleur des cas à 5 % des chiffres
d’affaire !
Tout ceci conduit à formuler et à mettre en débat
ces propositions pour une politique de santé actualisée...
et socialisée.
En bref, les maisons médicales
épinglent dans leur cahier de
propositions pour une politique de
santé quelques pistes concrètes :
Pour une politique de santé communautaire et de
proximité… dans une politique sociale équitable…
1. Il y a un lieu politique de décision à créer pour
une politique de santé : choix et programmation
des objectifs de santé, décloisonnement
et mise en perspective.
2. Pour une politique qui, sur base d’un état de la
situation, programme des objectifs-santé, les
évalue et les corrige...
3. Pour une décision politique d’échelonnement
assortie de moyens d’accompagnements scientifiques.
4. Pour un premier échelon accessible de façon
maximaliste.
5. Pour une approche communautaire de la santé
à tous les niveaux : adapter et rapprocher les
ressources et les besoins, appeler les populations
et les acteurs concernés à participer.
6. Pour un décret sur les centres de santé qui rencontre
les moyens de sa politique.
7. Cent maisons médicales en l’an 2000 pour :
« un centre de santé près de chez vous ».
8. De la santé à travers toutes choses : un appel à
tous les secteurs de la vie sociale à intervenir
comme déterminants positifs de santé.
9. Les systèmes n’ont de sens qu’au service de la
santé. L’objet du champ de la santé est bien
l’Homme comme sujet. La finalité de nos propositions
est bien l’amélioration de la qualité
de la vie de tous…
CAHIER
18 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
La charte des Maisons Médicales
La santé a de tous temps constitué un bien des plus
précieux et chaque société s’est construit un système
de soins à son image. Le progrès, l’efficacité
et la rentabilité, moteurs de notre époque, organisent
ainsi nos soins de santé. Ils nous ont conduit à
des succès indéniables, mais aussi à des impasses.
Trop exclusivement scientifique et technique, le
progrès, parmi ses bienfaits, charrie la dévalorisation
de l’humain, tend à le morceler, à nier son identité
et son autonomie. La rentabilité semble autoriser
la préséance de l’économique sur le social, et
l’efficacité légitime pour beaucoup les résultats
immédiats au détriment d’un projet politique.
La crise du travail, la recherche de solutions techniques,
la gestion limitée au présent, le repli sur
les valeurs individuelles et l’effacement des projets
de société incrustent leurs effets indésirables
dans notre système de soins.
L’inflation de coûts liés à la technicité médicale
croissante se conjugue aux difficultés de financement
de la sécurité sociale et aux critiques des
mécanismes de solidarité pour menacer l’accès aux
soins, en moduler la qualité et en pervertir la finalité.
L’offre de soins se développe en fonction des
capacités médicales et industrielles sans que soient
évalués les besoins de la population et la manière
dont ils sont rencontrés.
C’est dans ce contexte que les maisons médicales
soutiennent et expérimentent une autre manière de
concevoir la santé et les soins de santé.
l Qui sont les maisons médicales ?
Nous sommes des associations autogérées proches
de la population, dans lesquelles travaillent en
équipe des médecins généralistes, des kinésithérapeutes,
des infirmiers, des paramédicaux, des travailleurs
sociaux, des accueillants, des professionnels
de la santé mentale. Dans la représentation
classique de l’organisation des soins de santé, nous
nous situons en première ligne, celui des soins de
santé primaires.
La place centrale dans notre organisation revient à
l’usager : la sauvegarde et le développement de son
autonomie est un de nos objectifs prioritaires.
Non moins primordial est notre souci de la santé
communautaire : c’est dans et avec la collectivité
que les usagers et les professionnels travaillent au
développement de la santé.
Confrontés de manière intime aux déterminants non
médicaux de la santé, d’ordre social, économique
et écologique, nous développons des partenariats
avec la population et ses représentants, travaillons
en réseau avec le tissu social et associatif, établissons
des relais avec le politique, ainsi qu’avec les
organismes compétents en matière de santé.
l Nos points d’ancrage
Nos objectifs et notre mode d’organisation incarnent
dans notre activité professionnelle le projet
d’une société bâtie sur des valeurs auxquelles nous
sommes fermement attachés.
• La justice sociale, conçue comme équité : que
chacun reçoive selon ses besoins et contribue selon
ses capacités.
• La qualité des soins, déterminée par la satisfaction
des usagers et évaluée à l’aide d’indicateurs
de santé.
• L’efficience, le rapport qualité/coût des soins : il
n’est pas acceptable que des considérations économiques
dégradent la qualité ou l’accessibilité
des soins. Il n’en est pas moins vrai que leur coût
ne peut être compté pour rien. Une organisation
plus rationnelle peut maintenir et améliorer la
qualité des soins à meilleur coût.
• L’autonomie est la condition du développement
et de l’épanouissement de chaque personne en
relation avec les autres. Elle est garante de son
statut de sujet et de citoyen dans une société dé-
La charte est
nourrie de la
parole des
équipes. Elle
est une base
commune, un
texte mobilisateur,
un projet.
Ce n’est pas
une description
fidèle de ce que
nous sommes,
mais un modèle
vers lequel
nous sommes
d’accord
d’avancer et qui
reste adaptable
aux réalités des
équipes et de
leur site
d’implantation.
La charte est un
moment
fondateur : elle
exprime nos
orientations sur
le plan durable
des principes.
Ces orientations
se concrétisent
dans un Cahier
de propositions
politiques dont
notre espoir est
qu’elles soient
rapidement
dépassées par
les événements.
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 19
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
mocratique. Elle implique la participation libre MEDICALES
et responsable des individus et de la collectivité
à la gestion de la santé.
• La solidarité, valeur morale mais aussi outil très
concret d’un système de soins de qualité accessible
à tous.
• La convivialité, qui met l’efficience et la technologie
au service des hommes et de la vie en
société, et non l’inverse.
l La santé, les soins de santé
Nous concevons la santé comme un processus dynamique
qui tend vers un bien-être global, physique,
affectif, relationnel et social... Elle est à la fois
une création de la personne pour assumer son être
et son devenir, en équilibre avec le monde où elle
vit, et une création de la collectivité qui en réalise
les conditions sociales, économiques, politiques et
environnementales.
L’accès à la santé est un droit fondamental pour
tous, et constitue un objectif social ; les personnes
et la collectivité ont le devoir de s’organiser en
solidarité pour mettre à la disposition de tous les
moyens d’accès à la santé.
Ce que l’on appelle usuellement les soins de santé
concerne un des aspects de la santé, et regroupe
diverses activités : prévenir la maladie, la soigner
et accompagner la personne malade.
Le champ des soins de santé est en étroite interaction
avec les autres aspects de la santé (affectif,
relationnel, social et d’environnement) et ne peut
en être isolé.
l Les soins de santé primaires
Les soins de santé primaires constituent un aspect
des soins de santé.
Dans l’organisation des soins de santé, ils se situent
au point de rencontre du monde médical et
de la population et représentent le niveau d’accès
aux soins le plus proche des patients.
Les soins de santé primaires remplissent plusieurs
missions, qui ne sont pas spécifiques aux maisons
médicales, et devraient caractériser tout le premier
niveau de soins de santé. Si nous les détaillons ici,
c’est pour affirmer leur rôle essentiel et notre volonté
de les promouvoir, et dénoncer les carences
politiques en ce sens.
1. Dispenser des soins de santé primaires, c’est dispenser
des soins de qualité, scientifiquement valables,
accessibles à tous sans exception ni restriction
à un coût que la collectivité et l’individu puissent
assumer. Une utilisation rationnelle des soins
de santé primaires permet de satisfaire la grande
majorité des besoins de la population.
Les soins de santé primaires sont les mieux placés
pour rencontrer et accueillir l’usager, l’écouter,
décoder sa plainte, en interroger le sens, la replacer
dans son histoire, la transformer en savoir, en
faire la synthèse, gérer avec lui les solutions possibles
et lui garantir un maximum d’autonomie.
Le travail réalisé en soins de santé primaires favorise
la participation de la personne à la gestion de
sa santé. Il suscite la participation de la population
à l’organisation des soins de santé et à leur évaluation,
de manière consciente et responsable.
2. Occupant cette position privilégiée, proche de
l’usager, le travailleur en soins de santé primaires
est le plus qualifié pour
• détecter et évaluer les besoins et les manques ;
• en informer les pouvoirs financiers et politiques ;
• renvoyer aux gestionnaires de la sécurité sociale
l’expérience du terrain et révéler les changements,
les coûts sociaux qu’il importe d’évaluer
dans un processus dynamique de recherche-action
;
• articuler les demandes de la population et les possibilités
des deuxième et troisième niveaux de
soins, par l’information et la gestion de la communication
;
• optimiser la redistribution à tous des bénéfices
du progrès ;
CAHIER
20 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
• évaluer le travail réalisé et son adéquation aux
besoins de la population, dans le but d’en améliorer
l’organisation et en adapter les objectifs.
Pour remplir au mieux ces missions, les soins de
santé primaires exercent plusieurs fonctions :
1. une fonction de synthèse qui assure la collecte
des données pertinentes concernant la personne.
Cette fonction prend forme dans le dossier santé
utilisé par chaque intervenant concerné, y compris
le patient ;
2. une fonction d’information vis à vis de l’usager
;
3. une fonction de gestion de la communication
au sein du système de soins.
l Notre spécificité
L’équipe pluridisciplinaire nous paraît la formule
la plus adéquate pour remplir les missions et assumer
les fonctions de soins de santé primaires.
Chaque maison médicale est une équipe pluridisciplinaire,
organisée de manière égalitaire, autogestionnaire
et non hiérarchique.
Nous nous efforçons de travailler sur un mode
transdisciplinaire. La transdisciplinarité permet aux
charge totalitaire.
Elle implique un travail d’équipe transdisciplinaire,
et nécessite une collaboration étroite et constante
avec le monde social et politique.
Elle tient compte des aspects collectifs et communautaires
de la santé.
Constatant que l’organisation actuelle des soins de
santé ne favorise pas l’approche globale de la personne
et de la santé, les maisons médicales oeuvrent
pour l’élaboration d’une politique cohérente en
matière de santé, basée sur les besoins de la population
et évaluée scientifiquement.
4 Actuellement la multiplication des intervenants
et l’absence de titularisation entraînent une hausse
des coûts et une perte d’efficacité des soins de santé.
Les maisons médicales exercent une approche intégrée
des soins de santé, qui coordonne les aspects
préventifs, curatifs, palliatifs et d’éducation
à la santé.
4 Les maisons médicales appliquent une approche
continue des soins de santé, qui assure le suivi
cohérent des personnes tout au long de leur vie.
Nous déplorons la pratique qui tend à morceler
l’usager selon le type de problème de santé ou la
succession des épisodes.
Une répartition claire des tâches de chaque niveau
de soins et la recherche de formes efficaces de titularisation
sont nécessaires pour améliorer la continuité
des soins.
4 Nous assurons également la permanence des
soins, qui ne doit pas être confondue avec la continuité.
4 Les maisons médicales veulent garantir l’accessibilité
des soins de santé à tous sans exception
et sans restriction, au point de vue financier, social,
culturel et géographique.
En ce qui concerne l’accessibilité financière, nous
affirmons le caractère intangible du principe de
solidarité fondant la sécurité sociale.
L’étude des coûts et des besoins en matière de soins
de santé doit conduire à une répartition optimale et
efficiente des moyens et susciter la recherche de
modes de financement de la sécurité sociale moins
dépendants des revenus du travail.
L’élimination des mécanismes de l’exclusion sociale
et l’organisation d’un mode de couverture des
besoins de santé qui ne permette pas que les personnes
se trouvent en situation d’exclusion constituent
des priorités.
La charte des Maisons Médicales
Ce que l’on appelle usuellement les
soins de santé concerne un des
aspects de la santé, et regroupe
diverses activités : prévenir la
maladie, la soigner et accompagner
la personne malade.
diverses disciplines de travailler
dans un objectif commun,
de dépasser les barrières
entre disciplines et tend
vers la création de nouveaux
modes de pensée et d’action.
La validité d’un travail
transdisciplinaire se mesure
en termes d’efficacité sur le terrain.
Ainsi organisés, nous disposons de meilleurs atouts
pour dispenser des soins de santé primaires répondant
à divers critères de qualité et proposer notre
expérience en vue de la mise en oeuvre d’une politique
de santé qui y satisfasse.
l Critères de qualité et implications politiques
4 Les maisons médicales pratiquent une approche
globale de la personne et de la santé.
Cette approche prend en compte la complexité de
la personne, au point de vue corporel, psycho-affectif,
relationnel, social, culturel, ainsi que l’influence
de son milieu de vie et de son environnement.
Elle est axée sur le respect de la personne et de son
autonomie, et ne peut consister en une prise en
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 21
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
La qualité des soins implique compétence et per- MEDICALES
formance. La formation de base et la formation
continue doivent davantage tenir compte des
tâches dévolues aux soins de santé primaires.
La recherche scientifique en soins de santé primaires
doit être développée.
La prise en compte de l’acceptabilité des soins
par l’usager, de leur adéquation aux besoins, de
leur efficacité et de leur coût (efficience) impose
la mise en place de procédures d’évaluation.
l Objectifs
Pour accomplir au mieux leur mission de dispenser
de soins de santé primaires, les maisons médicales
soutiennent les objectifs suivants :
• Développement d’une politique de santé globale
et cohérente, basée sur le principe « penser globalement,
agir localement », et orientée sur les
soins de santé primaires, voie d’accès la plus rationnelle
au système de soins de santé.
Cette politique doit être fondée sur l’étude des
besoins de santé de la population et l’évaluation
des services.
Elle implique une organisation centrale coordonnée
des soins de santé, une dispensation décentralisée
permettant la participation de la population,
l’adaptation de la formation des intervenants
et le développement de la recherche action en
soins de santé primaires.
• Développement des fonctions de synthèse, d’information,
de communication et de relais propres
aux soins de santé primaires.
• Poursuite de la recherche, de l’expérimentation
et de l’exercice de nouveaux modes de financement
des soins de santé répondant aux inadéquations
des systèmes de paiement actuels.
• Maintien de la solidarité et notamment de la sécurité
sociale, garante de l’accessibilité et de
l’équité du système de soins de santé.
Les maisons médicales sont rassemblées en une
Fédération, notamment en vue de s’investir dans
le champ du politique pour proposer un mode d’organisation
des soins de santé efficient et finalisé
non par son propre maintien mais par la santé de la
population. l
CAHIER
22 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Propositions en matière de
politique de santé
Propositions pour une réforme
des soins de santé
l Organisation du système de soins de santé
1. Favoriser l’inscription des usagers
2. Instaurer un échelonnement
3. Promouvoir le dossier centralisé
4. Définir les tâches des différentes lignes de
soins
5. Adapter l’enseignement
6. Développer l’épidémiologie
7. Intégrer la prévention et l’éducation à la santé
8. Baser le numerus clausus sur les besoins des
usagers
9. Organiser les élections médicales
l Financement des soins de santé
1. Maintenir la solidarité
2. Transférer des financements vers la première
ligne
3. Ouvrir le contrôle de la gestion financière aux
usagers
4. Rechercher des alternatives aux financement
à l’acte
l Accès financier aux soins de santé
1. Eliminer tout obstacle financier à l’accès de
la première ligne de soins
2. Responsabiliser le corps médical
3. Promouvoir l’information et le contrôle des
coûts par la population
4. Généraliser et automatiser l’assurabilité
5. Offrir un accès aux soins pour les illégaux
l Les centres de santé
Libérer moyens et ressources nécessaires pour la
réalisation de leurs missions :
1. Dispenser des soins de première ligne
intégrés incluant la prévention
2. Réaliser des programmes de santé
communautaire
3. Collaborer avec les autres acteurs locaux au
sein de réseaux
4. Remplir une fonction d’observatoire de la
santé
l Participation de la population
Promouvoir de petites structures proches de la population
qui favorisent la réappropriation de la santé
par les usagers en
1. prenant en compte la perception de
l’organisation sanitaire par la population
2. permettant une relation plus égalitaire entre
le soignant et l’usager
3. remplissant différentes fonctions :
analyse des demandes et des besoins
développement d’un travail communautaire
développement de l’éducation à la santé
développement de la recherche action
développement de l’assurance de qualité
l Recherche et évaluation
1. Promouvoir la recherche en soins de santé
primaires, fondement d’une organisation des
soins basée sur l’identification des besoins et
tendue vers l’amélioration de la qualité de la
vie
2. Organiser l’évaluation continue de l’état de
santé de la population, de l’impact du système
de soins sur cet état de santé et des indices de
satisfaction de la population
Les résultats de la recherche et de l’évaluation doivent
guider la politique de soins de santé.
l Formation
La formation des acteurs de la première ligne de
soins doit
1. Etre orientée spécifiquement vers les soins de
santé primaires
2. S’ouvrir aux déterminants non médicaux de
la santé
3. Préparer aux spécificités du travail en équipe
et en réseau
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 23
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
Isabelle Stengers, Le médecin et le Charlatan,
in Médecins et Sorciers
Tobie Nathan et Isabelle Stengers,
Collection Les Empêcheurs de Penser en Rond
1995.
La médecine ne peut être réduite à une réponse à la souffrance individuelle, car elle
n’est pas seulement l’affaire du médecin et de son malade. Elle est devenue l’un des
grands vecteurs de l’histoire humaine, l’un des sites où se décide la manière dont les
humains construisent leur identité à la fois collective et individuelle (...) Il n’appartient
pas aux médecins de décider de cet avenir. Mais les termes dans lesquels la question de
cet avenir se pose dépendent néanmoins de la manière dont ils se situeront. La position
dominante aujourd’hui est que les médecins doivent se cantonner à la position modeste
de représentants d’une rationalité et d’une vocation
qui leur commande de faire ce qu’ils ont à
faire, quitte à exiger, à attendre ou à subir les réglementations
et les contraintes que « les politiques
» décideront. Chacun sait que la situation n’a
pas cette lumineuse simplicité, mais le mot d’ordre
n’en est pas moins d’éviter de trop penser à ce
qui met en question les catégories de l’acte médical
dans la cité, c’est à dire d’éviter de penser.
La santé n’est pas une île isolée,
vivant en autarcie sous le règne
bienfaisant des soignants
Une grande partie des problèmes de santé échappe
à la médecine. Mal-être, exclusion, conditions de
vie et de travail difficiles, perte de l’estime de soi,
isolement, pauvreté, avenir bouché, décrochage
scolaire, rupture des liens sociaux, dégradation de
l’environnement composent le terreau de bien des
plaintes adressées aux soignants. Les maladies qui
s’en nourrissent sont loin d’être imaginaires.
Les professionnels de la santé ont pour rôle d’améliorer
l’état de santé des personnes et de la population.
Sans cesse dans leur travail, ils sont confrontés
à ces « déterminants non médicaux de la santé ».
Ne pas en tenir compte réduit l’efficacité de leur
action et en altère profondément le sens. Cependant,
ils n’ont pas pour mission de plâtrer la fracture
sociale ni de gérer l’infra-social. Leur devoir
est alors de témoigner des causes sociales des maladies
et d’interpeller la société. Travailler pour la
santé les amène ainsi à s’impliquer dans la lutte
pour une société plus juste et plus conviviale.
C’est pourquoi les maisons médicales ont élaboré
une série de propositions destinées à promouvoir
l’instauration d’une véritable politique de santé qui
prenne en compte tous les déterminants de la santé.
Par ce cahier de propositions, elles lancent un appel
au débat et au travail ensemble.
Appel au monde politique, aux décideurs.
Appel au monde de la santé, appel à se repenser.
Appel aux acteurs du champ politique et social,
aux mutuelles, aux syndicats, et à tous ceux qui
gèrent la santé.
Appel aux non professionnels de la santé. Si ces
propositions concernent étroitement les soins de
santé, elles s’inscrivent dans le vaste mouvement
d’une société en quête d’elle-même, où consommateurs
et usagers ont à être des acteurs autonomes
et des citoyens.
CAHIER
24 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
1. Organisation du système de
santé
Notre système de soins est focalisé sur l’approche
techno-scientifique de la santé. Il devient de plus
en plus coûteux, de moins en moins accessible et
rencontre de manière insatisfaisante les besoins de
la population dont il n’améliore plus le niveau de
santé.
La dérive techno-scientifique et ses corollaires économiques
nous écartent de sa raison d’être : mettre
au service de la santé, des usagers une organisation
optimale des ressources humaines, scientifiques
et financières disponibles.
Redéfinir les finalités du système de soins de santé
et repenser son organisation tout en préservant une
sécurité sociale fondée sur la solidarité et l’accès
de tous aux soins de santé : voilà l’urgence du temps
présent. Seule une volonté politique active permettra
d’y faire face.
Le centre du système de soins doit être réinvesti
par les usagers. L’organisation des soins de santé
en structures locales proches des usagers et favorisant
leur participation est susceptible de leur rendre
cette place centrale. De telles structures, dont
les maisons médicales et les centres de santé intégrée
représentent un modèle possible, sont les
mieux à même de récolter et d’analyser les besoins
et demandes de la population, de dispenser les soins
de manière adaptée et d’en évaluer l’efficience sur
le terrain. Ils doivent travailler en interaction étroite
avec un niveau de coordination politique centrale
qui rassemble les données recueillies et se base sur
eux pour organiser et financer la distribution rationnelle
des soins.
Ces structures s’insèrent dans ce que l’on appelle
la première ligne de soins de santé, ou soins de
santé primaires, niveau d’accès aux soins le plus
proche des usagers.
La première ligne de soins de santé remplit des
fonctions essentielles qui lui sont propres et que
les deuxième et troisième lignes de soins sont moins
qualifiées à assumer :
• elle rencontre l’usager comme sujet dans son
milieu de vie, l’écoute et analyse avec lui ses
demandes et ses besoins ;
• elle dispense des soins qui répondent aux demandes
et besoins de manière optimale dans la grande
majorité de ceux-ci ;
• elle présente le profil nécessaire pour réaliser une
fonction de synthèse de toutes les données, une
fonction de gestion de la communication entre
l’usager et le système de soins ainsi qu’à l’intérieur
du système de soins, une fonction d’évaluation
des demandes et besoins ainsi que des
réponses qui leur sont apportées ;
• elle contribue à détecter les dangers et facteurs
de risque exogènes qui peuvent nuire à la santé,
et informe, conseille et accompagne les personnes
face à ces dangers et facteurs de risque.
Ces caractéristiques sont communes à la majorité
des intervenants de première ligne.
Dans cette première ligne, le modèle « maison
médicale » présente deux spécificités : le travail en
équipe et l’absence de cloisonnement entre intervenants.
Par comparaison avec une pratique en isolé, le travail
en équipe permet de mieux remplir les fonctions
et satisfaire aux critères de qualité des soins
de santé primaires.
L’absence de cloisonnement permet de travailler
de façon transversale avec un maximum de polyvalence.
L’usager y retrouve plus aisément son statut
de personne et son autonomie.
Le rôle des deuxième et troisième lignes de soins
est de soutenir la première tant par l’apport d’un
développement technique nécessaire que par une
étroite collaboration avec elle et avec le patient.
Le système de soins de santé actuel n’est pas centré
sur le patient, ni organisé de manière à permettre
à la première ligne de soins de remplir pleinement
ses missions et fonctions. Il en résulte un déficit
d’autonomie et de contrôle par l’usager, ainsi
que des problèmes de qualité, de coût et d’efficacité
des soins.
C’est pourquoi les maisons médicales proposent
une série de mesures destinées à améliorer l’organisation
du système de soins, et fondées sur cinq
principes fondamentaux : l’équité, la qualité, l’efficience,
la convivialité et l’autonomie.
l Inscription
Une forme souple d’inscription ou de titularisation
de l’usager auprès d’un généraliste ou d’une équipe
de santé a pour objectif d’améliorer le niveau de
santé des personnes et de la population en favorisant
la cohérence et l’efficience des soins, en assurant
la continuité longitudinale, la globalité, l’inté-
Propositions en matière de politique de santé
Par réponse
optimale, nous
entendons une
réponse qui
satisfasse à un
ensemble de
critères de
qualité :
efficacité,
efficience,
adéquation,
globalité,
intégration des
missions de
prévention et
d’éducation pour
la santé,
continuité,
respect de la
personne et de
son autonomie,
permanence
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 25
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
gration adaptée de la prévention et de l’éducation MEDICALES
pour la santé, et en permettant la centralisation des
données, leur synthèse et leur communication.
Cette formule souple doit être conçue de manière
à préserver la liberté de l’usager. Son application
devra être soumise à évaluation en fonction de l’objectif
décrit et au besoin être adaptée.
l Echelonnement
L’échelonnement est une mesure impérative pour
améliorer la prise en charge de la santé des gens. Il
permet l’adaptation de la réponse au problème posé
et l’utilisation optimale de la filière de soins en
évitant les sur- et sous- dimensionnements et en
cherchant les solutions les plus satisfaisantes. La
répartition du travail doit se faire en première ligne.
L’échelonnement doit être bâti sur ce modèle positif,
et pas seulement dans un souci budgétaire. Il
ne peut être l’alibi du rationnement des soins. Son
impact devra être évalué tant sur le niveau de santé
que sur les budgets de la santé.
Il nécessite une redéfinition de ce qui constitue la
première ligne et de quels sont ses rôles. Seules les
professions ayant une approche globale de la santé
et des soins doivent être considérées comme faisant
partie de la première ligne.
L’échelonnement ne pourra atteindre son objectif
que s’il est couplé à des mesures permettant une
accessibilité maximale à la première ligne de soins
de santé.
Il doit être bâti de manière à respecter la liberté du
patient et à éviter la lourdeur administrative.
l Le dossier santé centralisé
Le dossier santé a pour but l’amélioration de la
qualité des soins par la réalisation d’une fonction
de synthèse qui nécessite la centralisation des informations.
Ce dossier est un outil du soignant au service du
patient, destiné notamment à favoriser la coordination
et la continuité des soins, de même que le
suivi préventif.
Il remplit encore d’autres fonctions telles que l’évaluation
de la pratique, la récolte des données en
vue de la recherche et l’enseignement.
Le carnet de santé est l’outil du patient, dont il est
le maître.
L’usage du dossier santé doit être généralisé à tous
les soignants. Ils auront le devoir d’y apporter les
données de santé pertinentes dont ils disposent.
Certaines contraintes éthiques limitent son utilisation
: le respect de l’autonomie de l’usager et du
secret professionnel au service de celui-ci constituent
les frontières naturelles du dossier santé centralisé.
l Définition des tâches, fonctions et missions
des différentes lignes de soins
La répartition des tâches entre les lignes de soins
doit se baser sur l’étude des besoins de la population,
tenir compte des compétences selon le principe
de subsidiarité, et permettre une réelle coordination
entre les lignes.
Elle se matérialisera dans la constitution d’une liste
des tâches adaptée aux fonctions remplies. Les
fonctions de synthèse, d’information et de communication
sont parmi les plus spécifiques de la
première ligne de soins et doivent être organisées.
Les relations entre les trois lignes de soins se matérialisent
sous forme d’une référence avec retour
de l’information.
l Adaptation des structures d’enseignement et
formation
L’enseignement et la formation doivent être conçus
en osmose avec l’organisation des soins de
santé (voir point 7).
l Développement de l’épidémiologie
Elle permet de connaître la situation sanitaire et de
la suivre longitudinalement. Le dossier santé informatisé
en est un outil important.
C’est sur base des données fournies par l’épidémiologie
que doivent être établies les priorités en
soins de santé.
l Intégration des soins préventifs et d’éducation
à la santé aux soins curatifs
Le décloisonnement des structures socio-sanitaires
gérant ces divers aspects des soins de santé et
l’attribution de ces missions à des structures locales
de soins intégrés permet une meilleure adaptation
aux besoins réels et en améliore la qualité et le
coût.
CAHIER
26 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Principe d’équité
Toute personne
doit avoir accès
aux soins que son
état de santé
nécessite, y
compris aux soins
non curatifs.
Toute personne
doit contribuer
au financement
du système de
soins selon ses
capacités
contributives.
L’absence de
capacité
contributive
n’exclut pas
l’accès aux soins.
Le financement
progressif basé
sur tous les types
de revenus est
celui qui répond
le mieux au
principe d’équité,
que ce soit sous
la forme d’une
pure fiscalisation
ou d’une
cotisation sociale
généralisée
affectée.
Principe
d’efficience
Faire le
maximum
pertinent dans un
cadre budgétaire
donné.
Prévention efficace et éducation permanente adaptée
et de qualité ne pourront se réaliser sans la mise
à disposition de moyens humains, techniques et
financiers appropriés.
l Numerus clausus
Le développement anarchique de l’offre sans
liaison avec les besoins de la population détériore
la qualité des soins.
Le numerus clausus - qui se met en place actuellement
ne peut se borner à être une mesure quantitative
: il n’a de sens que si on redéfinit les besoins
en professionnels et leurs fonctions. C’est en termes
de santé de la population qu’il devra être régulièrement
évalué.
l Elections médicales
La première ligne joue un rôle spécifique et essentiel
dans l’organisation des soins de santé. La reconnaissance
de ce rôle et la définition de fonctions
nettement précisées rendent nécessaire la tenue
d’élections syndicales et la constitution de collèges
électoraux constitués de manière à ce que
soient entendus et les généralistes et les spécialistes.
2. Financement
des soins de santé
l Le financement des
soins de santé doit rester
basé sur la solidarité
Le financement des soins de
santé doit rester basé sur la
solidarité et uniquement sur
la solidarité.
Au nom du principe
d’équité, aucune forme de
privatisation n’est acceptable, y compris l’assurance
privée ou complémentaire.
La couverture doit être la même pour tous : pas
d’exclusion des usagers ni plus aisés ni moins aisés.
De même, la communautarisation ou la régionalisation
du financement des soins de santé représenterait
une rupture de solidarité inacceptable. Un
financement solidaire fédéral n’est toutefois pas
incompatible avec le développement d’une autonomie
organisationnelle régionale ou d’une microépidémiologie.
l Transfert substantiel du financement de la
deuxième vers la première ligne
L’amélioration de la gestion financière doit reposer
sur une rationalisation visant à une meilleure
efficience et non à un rationnement.
Tout acte relevant de la compétence de la première
ligne de soins de santé doit être posé à ce niveau et
non en deuxième ou troisième ligne (principe de
subsidiarité).
Le travail de la première ligne doit faire l’objet de
recherche et d’évaluation, et bénéficier d’un soutien
politique et financier stable lui permettant de
démontrer son efficacité.
Le dossier santé centralisé est un outil majeur dans
l’optimalisation des soins de santé. A ce titre, sa
tenue doit être reconnue comme une fonction essentielle
de la première ligne de soins et honorée
comme telle.
Le financement de la première ligne doit inclure
celui des prestataires et des centres de santé dans
leurs différentes missions (prévention, éducation
pour la santé, etc.), celui de l’information
épidémiologique, celui de la coordination entre centre
de santé et réseau local.
l Contrôle sur la gestion financière
Les usagers doivent rester au centre du système et
à ce titre disposer de moyens de contrôles sur la
gestion financière des soins de santé. Ces moyens
de contrôle doivent être élaborés et mis en place.
Propositions en matière de politique de santé
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 27
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
stage de
résidence :
obligation de
résidence d’une
durée de 6 mois
avant d’avoir
accès à
l’assurance.
stage d’attente :
obligation de
cotiser durant 6
mois sans
bénéficier du
remboursement
des prestations
(préfinancement).
Ceci implique la démocratisation
institutionnelle
des mutuelles
et une amélioration
de la visibilité des
modes de financement
et des possibilités
de recours à disposition
des usagers.
l Alternatives au
financement à l’acte
Le politique doit favoriser
la recherche
de modes de financement
qui privilégient
la qualité des soins et
s’affranchissent des effets de surconsommation liés
au paiement à l’acte.
Il faut poursuivre l’analyse d’autres méthodes de
financement des soins.
Les méthodes d’enveloppe ou de forfait permettent
une optimalisation des prises en charge et le
développement des fonctions non rétribuées à
l’acte.
3. Accès financier aux soins
Les travailleurs de santé sont témoins des difficultés
financières croissantes éprouvées par nombre
de nos concitoyens pour se faire soigner correctement,
voire pour conserver ou retrouver leurs droits
à l’assurance soins de santé.
Aussi est-ce avec satisfaction que nous avons accueilli
les mesures récentes adoptées par le gouvernement,
et qui rencontrent plusieurs de nos propositions.
Parmi ces mesures :
4 En ce qui concerne le coût des soins pour les
usagers :
Le statut VIPO - qui permet un meilleur remboursement
de soins par l’assurance maladie - est
étendu à partir du 1 juillet 97 aux bénéficiaires du
minimex ou de l’équivalent minimex, du revenu
garanti pour personnes âgées ou d’une allocation
fédérale pour handicapé. D’autres mesures sont à
l’étude : le statut VIPO pourrait être étendu aux
chômeurs de longue durée, et les titulaires du VIPO
élargi bénéficieraient de la franchise sociale (remboursement
des tickets modérateurs perçus au-delà
de quinze mille francs par an).
4 En ce qui concerne l’accès à l’assurance maladie
:
La suppression du stage de résidence, du stage d’attente
(soit deux stages successifs de six mois) et du
droit d’entrée (somme à payer pour acquérir ou
retrouver l’accès à l’assurance maladie, et pouvant
se monter à l’équivalent de cinq années de
cotisations) permettra aux usagers de rentrer directement
dans les conditions de l’assurabilité.
La réforme des régimes spéciaux et résiduaires est
à l’étude.
Peu de temps après cette réforme, le gouvernement
a encore adopté un paquet de mesures destinées à
lutter contre l’exclusion, touchant notamment aux
questions de surendettement, de logement, de pension
alimentaire, etc. En tant qu’acteurs de santé,
et sans préjuger de la valeur intrinsèque de ces
mesures, nous y voyons une action bénéfique sur
les déterminants non-médicaux de la santé.
l Accessibilité optimale de la première ligne
Deux moyens permettent l’accessibilité optimale
à la filière de soins : l’effondrement du ticket modérateur
en première ligne et un remboursement
différencié des soins de deuxième et troisième ligne
selon passage ou non par la première ligne. A
évaluer en terme de satisfaction des patients et des
praticiens.
CAHIER
28 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
L’accessibilité financière des soins de deuxième et
troisième ligne doit être garantie. Il faut également
renforcer l’accessibilité aux moyens thérapeutiques,
et notamment aux médicaments.
l Responsabilisation du corps médical tout
entier
La gratuité des soins est susceptible de générer des
contrôle des illégaux dès lors qu’ils auront droit
aux soins de santé.
4. Centre de santé
Les maisons médicales souhaitent la promotion du
centre de santé intégrée de première ligne comme
modèle de référence à l’organisation optimale du
système de soins.
Le centre de santé intégrée est constitué d’une
équipe pluridisciplinaire de travailleurs de santé et
d’accueil qui organise localement la réponse aux
besoins de la population.
Il développe les fonctions de synthèse qui impliquent
une forme de fidélisation de l’usager et l’emploi
du dossier centralisé et accessible.
Les associations de santé intégrée sont régies par
le décret du 19 mars 1993, de compétence régionale
depuis 1994, qui encourage la coordination et
l’intégration des équipes.
Le décret définit des missions particulières aux
associations de santé :
• dispenser des soins de première ligne intégrés,
incluant la prévention ;
• réaliser des programmes de santé communautaire
et la collaboration avec les autres acteurs
locaux au sein de réseaux ;
• exercer une fonction d’observatoire de la santé
au niveau local.
Le centre de santé intégrée de première ligne
• s’oriente vers la personne et non la maladie ;
• se structure de manière à optimiser une approche
globale, continue, intégrée et accessible
des soins de santé ;
• développe les fonctions de synthèse, qui impliquent
une forme de fidélisation de l’usager
;
• participe au recueil de données à visée micro
et macro-épidémiologique, à la recherche
scientifique et politique, et au développement
de programmes de santé communautaire. Il
travaille en réseau avec les autres intervenants
de première ligne et le tissu social.
Ces missions nécessitent des moyens. Il est souhaitable
que les deux régions compétentes votent
les arrêtés d’application pour le décret.
Propositions en matière de politique de santé
Toute personne vivant en Belgique
doit avoir la garantie d’accéder aux
soins de santé, quelle que soit sa
situation administrative ou
financière.
saine utilisation de soins accessibles à tous, dispensés
avec pertinence.
l Information et contrôle des coûts par la
population
La transparence des modes de financement et de la
répartition des finances pourrait permettre à la population
de se rendre compte de l’utilisation de ses
contributions...
l Vipomex et franchise sociale
Le remboursement de type VIPO pour toute personne
ayant des revenus égaux ou inférieurs au
minimex doit être compris comme une solution
temporaire et à court terme, comme première étape
dans l’amélioration de l’accessibilité financière des
soins.
La franchise sociale est un mauvais système qui
ne limite pas les grosses consommations ; il vaut
mieux abaisser le coût des soins et diminuer le
montant du ticket modérateur
l Généralisation et automaticité de l’assurabilité
Toute personne vivant en Belgique doit avoir la
garantie d’accéder aux soins de santé, quelle que
soit sa situation administrative ou financière.
l Une enveloppe particulière doit être instituée
pour les illégaux
Tant d’un point de vue humanitaire que pour des
considérations épidémiologiques, il n’est pas concevable
que des personnes soient privées d’accès
aux soins pour des raisons administratives. Il sera
nécessaire d’établir des garanties éthiques sur le
abus imputables non seulement
aux usagers, mais aussi
et surtout aux soignants.
La responsabilité des
soignants doit être engagée
de manière à garantir une
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 29
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES 5. Participation de la population
Plus un système est organisé, plus grandit le danger
bureaucratique et la menace de perte d’autonomie
des usagers. Il faut travailler à réduire l’écart
entre le professionnel expert et l’usager, or le système
actuel contribue à l’aggraver.
Outre une organisation des soins de santé à l’échelle
nationale, il est nécessaire de promouvoir de petites
structures en contact étroit avec la population.
Celles-ci favorisent la réflexion critique des prestataires
sur l’organisation sociale dans la relation
thérapeutique, de prévention et de promotion de la
santé.
Les objectifs d’une volonté de participation de la
population sont :
1. analyse de la demande et définition des
besoins ;
2. travail communautaire ;
3. développement de l’éducation à la santé ;
4. développement de la recherche action et de
l’assurance de qualité incluant l’étude de la
perception par la population des résultats
obtenus par le système de soins et l’étude de
son degré de satisfaction.
La participation concerne les
citoyens et ne se limite pas
aux patients. Elle implique :
l la prise en compte de la
perception que les usagers
ont de l’organisation sanitaire.
Nous convions les pouvoirs
publics à organiser une procédure
standard de représentation,
sur base d’élections et
de participation aux différents
niveaux de proximité.
Les élus devraient pouvoir intervenir
dans les commissions
consultatives communales
de la santé et au sein des
assemblées générales et conseils
d’administration des institutions
de soins (et notamment
des centre de santé intégrée).
Cette représentation directe permettrait de pallier
au déficit démocratique lié à la représentation indirecte
assumée par les communes et les mutuelles
et devrait garantir l’expression des minorités.
Afin de toucher les minorités qui n’entrent pas dans
les structures permanentes et d’éviter que les représentants
élus ne deviennent des professionnels
coupés des préoccupations quotidiennes des citoyens,
la possibilité d’une participation ponctuelle
des usagers doit être préservée. Des lieux d’entente
et d’écoute doivent être créés.
l une relation la plus égalitaire possible.
L’égalité suppose des moyens qui doivent être donnés
à l’usager par l’information, l’éducation sanitaire
et la promotion de la santé.
Une relation égalitaire implique le respect et
l’écoute de l’autre dans sa complexité et sa différence.
Le secret médical demeure essentiel ; à ce sujet, il
est urgent de revoir la loi sur les assurances terrestres.
l la collaboration avec les gens de terrain et
les réseaux.
Cette collaboration n’est possible que si les
soignants s’impliquent dans le milieu (participation
à la population).
Ces fonctions doivent être prises en compte dans
le financement des centres.
CAHIER
30 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
6. Recherche et évaluation
Nous déplorons le manque de recueil de données
sur l’état de santé de la population en Belgique.
Seule l’évaluation continue de cet état de santé
permet de définir les critères de qualité et d’efficacité
du système de santé.
Il est impératif d’instituer des structures incluant
les soignants de première ligne pour analyser de
manière continue l’état de santé de la population.
Priorité doit être donnée à la détermination de critères
pertinents de santé et d’indices de satisfaction
de la population.
La recherche doit être le point de départ d’une organisation
des soins de santé primaires qui se base
sur l’identification des besoins de la population,
améliore la qualité de vie de la population et évalue
les actions entreprises à cet effet (y compris
l’efficience des centres de santé).
Il faut développer une recherche spécifique en soins
de santé primaires qui prenne en compte la santé
dans tous ses aspects, y compris les aspects
psychosociaux et d’environnement. Cette recherche
doit être réalisée en partenariat.
Propositions en matière de politique de santé
Les maisons médicales développent la recherche
action et remplissent des fonctions d’observatoire
de la santé. En conséquence, elles souhaitent participer
au choix de ces critères et mettre leur savoir-
faire au service de cette évaluation.
Les moyens nécessaires à cette recherche doivent
permettre à la fois la création de ses outils, son fonctionnement,
le développement des applications qui
en sont issues, ainsi que l’évaluation de leur efficience.
La promotion de l’assurance de qualité doit s’appliquer
à l’ensemble du système de soins.
7. Formation
Le projet pédagogique actuel des facultés de médecine
est orienté vers la formation de spécialistes
et techniciens, et dévalorise les fonctions globales,
bio-psycho-sociales. La même tendance marque les
enseignements de kinésithérapie, de l’art infirmier
et des sciences paramédicales.
La prépondérance de ce modèle nuit à la qualité et
à l’efficience des soins.
La première ligne doit être globaliste et autonome
par rapport aux autres. Il est donc indispensable de
promouvoir avec énergie un enseignement spécifique
orienté positivement et non par défaut vers
les soins de santé primaires.
Cet enseignement doit être ouvert aux aspects relationnels,
psychologiques, sociaux, environnementaux
et épidémiologiques de la santé et préparer
aux spécificités du travail en équipe et en réseau.
La formation continue doit être conçue sur les
mêmes bases.
La formation de base et la formation continue doivent
relever d’une cogestion entre praticiens et
scientifiques et comporter un important volet consacré
aux tâches spécifiques de la première ligne.
Il faut favoriser le développement de départements
de soins de santé primaires riches et prospères dans
les universités et les écoles supérieures ainsi que
la création d’un organisme inter-institutionnel et
inter-prestataire de professionnels de la santé.
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 31
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
Des élections médicales doivent déterminer le rap- MEDICALES
port de forces au sein des organes de gestion de
l’accréditation. Les médecins généralistes doivent
être élus par des médecins généralistes.
L’accréditation en médecine générale doit être gérée
par des médecins généralistes.
Les centres de santé doivent être reconnus et valorisés
dans leur fonction d’échanges de savoir, et
dans une mission de participation à la formation
de tous les intervenants en santé.
Pour un forum de débat
Nous avons ouvert ce cahier de proposition par un
appel.
La fonction de ce cahier est bien d’ouvrir un débat,
d’asseoir une plate-forme de revendication, de
créer un terrain d’alliance et de contribuer à la construction
d’une politique de santé.
Dès lors, nous invitons à construire un lieu où se
débatte et se discute la cohérence des politiques de
santé, avec la participation de tous les acteurs du
champ de la santé. l
CAHIER
32 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Je voudrais remercier les organisateurs de cette
journée de m’avoir invité. J’éprouve énormément
d’affection pour le GERM et les maisons médicales
mais je n’avais jamais eu l’occasion de vous
voir.
Mon affection pour le GERM et pour les maisons
médicales tient à deux choses. La première, c’est
qu’en 1977 le GERM avait publié un de mes articles.
La seconde c’est que vous ressemblez aux
CLSC au Québec. Ces CLSC, il a fallu les soutenir
énormément pour qu’ils arrivent à se développer,
ce qui est le cas maintenant et je me suis réjoui,
en venant ici, de revoir le mouvement CLSC
dans ses premières années.
Mon propos est double : d’abord vous présenter
un certain nombre de données et de résultats de
recherches sur les déterminants sociaux, économiques
et culturels de la santé. Ensuite, vous dire
comment, au Canada, on est en train de mettre en
application les conséquences de ce qui est vraiment
une percée des sciences humaines. Jean Chrétien y
a créé un véritable forum pour tirer des conclusions
concrètes des connaissances nouvelles.
J’aimerais vous parler des conclusions de ce rapport
1.
l Pourquoi des gens sont en bonne santé alors
que d’autres ne le sont pas ?
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important
d’énumérer ce que représente la percée des connaissances.
La question est : « Pourquoi des gens
sont en bonne santé alors que d’autres ne le sont
pas ? ». La percée des connaissances ne consiste
pas à dire que les pauvres sont plus malades que
les riches, cela on le sait depuis le 18ème siècle.
La nouveauté, c’est qu’on s’est aperçu que la santé
des populations suivait un gradient, un escalier, en
fonction de la position sociale des individus. Plus
on est haut dans la hiérarchie sociale, meilleure
est la longévité, moins fréquentes sont les
maladies. Ceci est la première découverte importante.
L’autre percée, encore plus importante, est que
l’on commence à comprendre comment l’environnement
social affecte le corps. Par exemple,
on commence à comprendre comment se
réalise le développement des synapses du cerveau,
des neurones, à quel âge cela se fabrique.
On commence à comprendre comment
l’environnement social permet ou ne permet
pas d’avoir un bon filage du cerveau, com-
Marc RENAUD
Sociologue.
Professeur de
sociologie à
l’Université de
Montréal.
Membre de
l’Institut
canadien des
techniques
avancées.
Directeur du
GRASP (Groupe
de recherche sur
les aspects
sociaux de la
prévention)
Université de
Montréal,
Canada.
Etre ou ne pas être en bonne santé
ment le stress agit sur les glandes surrénales et finit
par attaquer le système immunitaire.
Troisième percée importante, on commence à comprendre
quelles sont les caractéristiques de l’organisation
sociale qui font que des populations sont
en meilleure santé que d’autres. On sait que cela a
à voir largement avec le degré d’équité. Mieux les
revenus sont distribués, meilleure est l’espérance
de vie d’une société. On sait que cela a à voir avec
la manière dont on traite nos enfants. On sait que
cela a à voir avec l’emploi, avec le soutien social,
l’entraide que l’on appelle maintenant le « capital
social » qui existe dans nos communautés.
Finalement, on sait maintenant que les populations
peuvent agir pour améliorer leur sort. Je vous montrerai
des données sur le Japon et l’évolution fulgurante
de sa santé et je vous parlerai des pays de
l’Europe de l’Est qui, en dix ans, ont réussi à perdre
les acquis de quarante ans en matière de santé.
Je structurerai mon exposé autour de trois grandes
périodes selon la manière de percevoir les soins de
santé. Durant la première période, on pensait que
ce qui était bon pour les médecins était bon pour le
public. Durant la deuxième période, on s’est dit
que ce n’était pas tout à fait aussi clair et qu’il fallait
aussi responsabiliser les gens par rapport à leurs
habitudes de vie. On entre aujourd’hui dans une
troisième période où l’on commence à réaliser qu’il
est peut-être légitime parfois de ne pas introduire
de nouvelles technologies, même si elles sont très
efficaces.
l Première période : faire face à la maladie
Cette première période va de la fin de la deuxième
guerre mondiale au début des années 70. Dans ce
modèle, les gens tombent malades pour des rai-
CLSC = Centre
Locaux de Santé
Communautaire
(1) Si vous voulez
en savoir plus, un
livre vient de
paraître en
français et
s’appelle « Etre
ou ne pas être en
bonne santé,
biologie et
déterminants
sociaux de la
maladie », publié
par les Presses de
l’Université de
Montréal et John
Libbey Eurotext.
Ce livre a eu un
énorme succès
dans le monde
anglophone. Modèle de rétro-action simple entre la santé et le système de soins
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 33
CONGRES DE
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DES MAISONS
sons que l’on ne perçoit pas tellement bien. L’en- MEDICALES
jeu n’est pas tant d’identifier une étiologie de la
maladie, mais d’y faire face avec toutes les ressources
et technologies disponibles.
Quand les gens sont malades, ils éprouvent des
besoins de soins et, après la guerre, dans tous les
pays, des politiques ont dit : il faut donner l’accès
aux soins de santé aux gens quand ils en ont besoin.
Ces soins de santé vont les rétablir quand ils
sont malades, il faut soulager leur douleur. C’est
une façon de réfléchir sur le modèle d’un thermostat
et d’une fournaise. Si les gens sont très malades,
on va augmenter la chaleur de la fournaise
(des soins de santé). C’est à dire, réguler le
système de soins en l’augmentant lorsque les
gens le demandent et en le diminuant lorsqu’ils
sont moins malades. On pensait qu’en rendant
les soins gratuits, la maladie diminuerait.
Or le problème, c’est que cette fournaise marche
très mal.
Premièrement, la fournaise n’arrête pas de
chauffer.
On dirait que quelqu’un a bloqué le thermostat.
Les besoins semblent indéfiniment extensibles.
La médecine a même redéfini constamment
les besoins.
Pensez à l’exemple des pédiatres qui soignaient
les enfants, maintenant ils définissent une
classe de pré-adolescents, et bientôt on aura
des pédiatres pour adultes.
Pensez à l’obstétrique qui s’est développée à
cause de la mortalité maternelle et qui ranime
maintenant des bébés qui sont littéralement de
grosses crevettes.
Le deuxième problème vient du fait que ce
n’est pas en montant le thermostat que l’on
va réussir à améliorer la chaleur.
Des études ont comparé le taux de mortalité
pour certaines maladies et les dépenses en soins
de santé. On s’attendait à ce que plus un pays
investit dans les soins de santé, meilleure soit
la santé et plus bas le taux de mortalité standardisé
pour ces maladies. On constate qu’il n’est en rien,
aucune corrélation n’existe !
Que l’on mette 1.000 dollars par tête au Japon ou
2.000 aux Etats Unis, il n’y a pas de relation linéaire
avec le niveau de santé. Le tableau montre
la croissance d’espérance de vie de différents pays.
Le Japon est un cas incroyable : il avait la pire espérance
de vie en 1960 et a aujourd’hui une bien
meilleure espérance de vie par rapport aux autres
pays. Ils ont au Japon l’espérance de vie que l’on
aurait au Canada si plus personne ne mourrait de
maladie cardiaque. Or, le Japon investit à peu près
deux fois moins que le Canada dans le système de
santé. Il y a à peu près deux fois moins de médecins.
Pourquoi ? Le Japon a connu une croissance
économique fulgurante et est aussi le pays le plus
« communiste », où l’on redistribue beaucoup les
revenus. L’écart entre les plus bas et les plus hauts
revenus y est nettement plus faible que dans nos
pays.
Un autre problème c’est que la fournaise ne
chauffe pas de la même manière d’une région à
l’autre.
Ce sont les fameuses études de variations géographiques
de la pratique médicale. Les pontages coronariens
sont dix fois plus utilisés aux Etats-Unis
qu’en Grande-Bretagne, les interventions pour cataracte
trois fois plus. Et pourtant, les gens ne sont
Evolution de l’espérance de vie des hommes (A) et des femmes (B) dans quelques pays de l’OCDE.
Source : Schieben et al., 1992.
CAHIER
34 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
pas plus satisfaits. Pire, les gens ne sont pas plus
guéris pour autant.
Pontez, pontez, pontez, ... en bout de course, les
gens ne seront pas en meilleure santé que si vous
ne pontez pas. Au Québec, pour un même problème
de santé, vous subirez un traitement chirurgical
massif dans un hôpital, dans celui d’à côté, ce sera
un traitement médicamenteux.
Il y a de grandes variations, notre fournaise chauffe
donc de manière inégale.
Il se peut aussi que l’on se soit trompé de fournaise,
que l’on ait investi dans le mauvais système
de chauffage.
Les travaux de démographie historique sont assez
éloquents. Ils montrent que les grands bonds en
avant en matière de santé se sont produits largement
avant que les médecins n’aient des thérapies
efficaces.
Voici par exemple les travaux de Thomas
McKeown sur la tuberculose en Angleterre. On voit
en ordonnée le taux de mortalité par tuberculose
par millions d’habitants et en abscisse les années.
On constate que, dans les dix ans qui ont suivi l’introduction
d’une chimiothérapie efficace la tuberculose
a chuté de moitié. En d’autres mots, la médecine
est donc efficace. Il ne s’agit pas de tomber
dans le nihilisme.
Cependant, quand on regarde la mortalité par tuberculose
sur une beaucoup plus longue période
de temps, on s’aperçoit que la principale partie de
la chute de mortalité a eu lieu avant qu’il y ait une
chimiothérapie efficace. Il y a quelque chose dans
l’environnement social qui explique que la tuberculose
ait autant chuté. Ce n’est pas la médecine.
Mon hypothèse : c’est le travail important réalisé
sur les égouts.
l Deuxième période, de 1975 à aujourd’hui :
il faut évaluer à tout prix
Si le système coûte de plus en plus cher, si la fournaise
chauffe mal, si son fonctionnement varie
d’une région à l’autre, si l’augmentation du thermostat
ne change rien à la chaleur ambiante, et si
par dessus le marché on a acheté une mauvaise
fournaise, il est important d’agir.
Comme on ne peut pas tout simplement jeter le
système par dessus bord, il faut trouver le moyen
de le faire fonctionner mieux. C’est la raison pour
laquelle les pays se sont mis à introduire l’épidémiologie
clinique et se sont dotés de conseils d’évaluation
technologique. L’idée est que, si la fournaise
fonctionne mal, il faut trouver le moyen de
la faire marcher le plus rationnellement possible.
C’est l’époque dans laquelle se trouvent
aujourd’hui la plupart des pays. On se dit : essayons
de développer des protocoles de pratique, des références
médicales opposables, évaluons technologie
par technologie, échangeons à l’échelle mondiale
sur « comment la pratique médicale devrait
se faire », développons des logiciels d’aide à la pratique
médicale, etc.
Tout cela est extrêmement important. Le problème
est que cela ne suffit pas. On aura beau améliorer
les technologies médicales, cela n’améliorera pas
nécessairement la santé de la population.
Etre ou ne pas être en bonne santé
Tuberculose pulmonaire : taux de mortalité annuel moyen (standardisé selon la
population de 1901). Angleterre et Pays de Galles. Source : McKeown, 1979
Modèle de rétroaction simple de la croissance du système de soins
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 35
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
Le problème de base est celui du gradient en santé. MEDICALES
Voici la fameuse étude de Whitehall qui suit depuis
vingt deux ans les fonctionnaires de Grande
Bretagne. Le graphique ci-contre montre le principal
résultat au bout de dix ans d’étude.
On a pris les hommes qui avaient entre 40 et 64
ans au point 1 et on a observé combien d’entre eux
sont décédés en cours de période. Les « autres »,
c’est-à-dire les ouvriers manuels, sont décédés trois
fois plus que les administrateurs. Les cadres un peu
plus et ainsi de suite.
Cette étude nous montre donc des clivages très importants.
Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne s’agit
pas d’une population extrêmement pauvre. Même
dans cette population, il y a un phénomène de gradient.
Donc, quand on pense à la santé des populations,
il faut faire attention de ne pas penser aux pauvres
d’une part et à tous les autres d’autre part parce
que en fait dans le phénomène d’escalier, si vous
êtes au milieu, vos risques de mourir sont de toute
façon plus grands que si vous êtes en haut.
Autres enseignements de ce travail de Whitehall :
lorsque les gens arrivent au travail leur pression
sanguine augmente ; quand ils reviennent à la maison,
la pression sanguine baisse.
Sur le graphique ci-contre, on voit que la pression
sanguine au retour du travail baisse plus pour les
gens en haut de la hiérarchie que pour les gens en
bas de la hiérarchie. Et ce n’est pas la qualité du
Scotch qu’ils peuvent boire en rentrant qui joue
dans ce constat.
Au Canada, le rapport Lalonde, réalisé en 1974 dit
que quatre grands facteurs peuvent expliquer la
santé de la population : la biologie, les soins, l’environnement
et les modes de vie. De là s’est développé
le mouvement de promotion de la santé, de
prévention des maladies et on a commencé à chercher
pourquoi il y avait de telles différences à travers
la population.
Le problème est que l’on a mis énormément d’importance
sur les habitudes de vie des gens, la cigarette,
l’alcool, l’exercice physique, l’hygiène de
vie... On a oublié l’environnement social.
Whitehall a calculé la portion de mortalité cardiovasculaire
attribuable à des facteurs de risque connus
et met en évidence un phénomène de gradient.
Plus on descend dans l’échelle sociale, plus les gens
Etude de Whitehall : taux de mortalité par année de suivi. Source : Marmot, 1986 : 23
Tension artérielle chez les fonctionnaires britanniques. Source : Marmot et Theorell. 1988 : 671
CAHIER
36 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
meurent de problèmes cardio-vasculaires. On constate
qu’il y a une portion réelle de mortalité attribuée
au tabac. Le tabac tue. Le problème est que,
même si on arrive à ce que toute le monde se comporte
comme des saints, adopte les meilleures habitudes
de vie possibles, on aura comme résultat
une amélioration réelle de l’espérance de vie mais
pas de l’écart de santé. D’où l’importance de comprendre
les causes qui ne nous sont pas connues et
qui représentent la plus grande proportion.
l L’hypothèse dont on parle le plus
aujourd’hui est que la clef de la longévité est
liée à l’estime de soi, au sentiment de contrôle
sur sa vie. Quand les gens ont le sentiment
d’être bien, de pouvoir contrôler leur
vie, ils vivent plus longtemps.
Un dénommé Sapolsky a étudié les babouins dans
la jungle du Kenya. Les babouins sont des animaux
fascinants qui possèdent 85 % de leurs gènes en
commun avec nous, qui passent 5 % seulement de
leur temps à rechercher de l’alimentation et ont
donc une masse de temps pour se chicaner. Leurs
situations sociales sont comparables à celles de
l’homme : il y a des babouins dominants et des
babouins dominés. Sapolsky a constaté que les babouins
dominants voient leur taux de cortisone
baisser beaucoup plus rapidement que les babouins
dominés.
Partant de là, il a examiné les rapports entre cerveau,
environnement, hypophyse,
glandes surrénales et système immunitaire.
Lorsque l’on est confronté à
un stress, on doit augmenter notre niveau
de corticoïdes pour arriver à agir.
Le problème n’est pas vraiment de le
monter mais de le laisser toujours remonté.
Sapolsky montre que les gens en bas
de la hiérarchie gardent un niveau de
corticoïdes constamment élevé, ce qui
entraîne toutes sortes de maladies.
Un autre chercheur, Suomi, a travaillé
avec des macaques. Il s’est aperçu que
20 % des singes macaques naissaient
avec des personnalités anxieuses, recluses,
inquiètes. Ceux qui naissaient
avec ce type de personnalité mais qui
étaient bien couvés par leur mère arrivaient
à faire face à la vie aussi bien
que ceux qui ne naissaient pas anxieux.
Mieux, ceux qui naissaient anxieux
Etre ou ne pas être en bonne santé
Risque relatif de mortalité (ajusté par âge) par maladie cardiovasculaire et par facteur de risque
selon la position hiérarchique. Source : Marmot. 1978 : 248
mais étaient chouchoutés arrivaient même à de
meilleures performances dans la vie.
Sans doute les premiers ministres sont-ils toutes
des personnes de ce type. Si vous êtes génétiquement
vulnérables mais que l’attention de vos
parents est positive, vous faites face à la vie. Mais
si vous n’avez pas l’attention parentale et que vous
avez un problème génétique, vous aurez des difficultés.
D’où l’importance, une fois de plus des facteurs
sociaux.
Il faut conceptualiser les choses, refaire un modèle
où on ne met pas en premier les habitudes de vie
mais le milieu social. Du milieu social découlent
les comportements individuels et éventuellement
l’adoption de mauvaises habitudes de vie.
Quand on est malade, on veut voir un médecin techniquement
compétent et se faire soigner. Il faut que
la société réalise cela et investisse dans la médecine.
En même temps, si on veut améliorer la santé,
c’est autrement qu’il faut agir. Cela ne veut pas
dire que les médecins n’ont pas droit au chapitre.
Ils ont avant tout une fonction pure. La santé couvre
un domaine plus large qui dépend de bien
d’autres ministères que celui dit de la santé.
On doit maintenant rentrer dans un nouvel âge.
Certes l’évaluation est importante, certes le combat
pour les habitudes de vie est important mais il
faut aussi agir par rapport à l’environnement social.
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 37
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
l Conclusions
Qu’est-ce que l’on fait avec tout cela ? On pourrait
arriver fondamentalement à quatre conclusions
:
1. Il faut absolument limiter l’extension débridée
du système de soins
Il faut empêcher que la fournaise continue à chauffer
autant. Trouver les moyens d’établir un équilibre
entre les investissements dans les soins d’une
part et les investissements dans les autres déterminants
de santé d’autre part. Mettre un frein à cette
expansion, extirper du système les composantes les
moins bénéfiques, développer une culture des données
probantes dans la prise de décision. Il faut
arriver à équilibrer les investissements entre les
soins hospitaliers et les soins de santé primaires.
Un bon service de soins est d’abord et avant tout
un bon système de soins de santé primaires. Il faut
aussi trouver le moyen de convaincre le corps médical
que les médecins n’ont pas le droit de demander
plus de revenus que ce que la société est
capable de leur payer. On vit dans un système public,
un système de sécurité sociale, ce n’est pas
un marché.
2. Il faut investir dans les autres déterminants
de la santé
Notamment dans les enfants. En Belgique, on investit
dans le sport en famille, dans les écoles, ...
au Canada on investit
moins dans ces domaines :
45 % des familles monoparentales
y vivent sous le
seuil de pauvreté, contre
20 % en Angleterre et 15 %
en France. Si on continue
dans ce sens là, on court
vers la catastrophe et une
diminution de l’espérance
de vie. Au Canada, si on
veut maintenir la santé, on
doit centrer nos politiques
sur les enfants.
3. Le problème suivant
est celui de l’emploi
Il faut mettre au pas la Banque
du Canada qui a monté
les taux d’intérêts jusqu’à
20 %, ce qui a diminué les investissements. Il faut
maintenir les intérêts bas même en cas d’inflation.
Le taux de chômage chez les jeunes est de 25 % et
les jeunes n’ayant plus d’avenir sont bien souvent
en décrochage scolaire.
4. Il faut investir dans les communautés
Les communautés locales sont en train de se détériorer
à cause du problème de la mondialisation. Il
faut que les gouvernements mettent le paquet pour
revitaliser les communautés locales. l
CAHIER
38 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Introduction
La notion de « médecine moderne » réfère généralement
à la technologie médicale, bien plus qu’aux
soins de santé primaires. Les soins de santé primaires
seraient une médecine de seconde zone, une
médecine pour pauvres ou pour pays moins avancés.
Or, si l’on élargit la notion de modernité, on
peut renverser l’argument.
En effet, la modernité est souvent confondue avec
la rationalisation scientifique. Mais il existe une
conception plus large qui définit la modernité
comme la capacité de mettre la rationalité scientifique
au service des aspirations, en grande partie
subjectives, de l’homme et de la société. Dans le
cadre de cette conception, je voudrais montrer en
quoi les soins de santé primaires peuvent constituer
un outil pour avancer dans la modernité.
La revalorisation des soins de santé primaires comporte
des enjeux divers. Elle préoccupe tout d’abord
les professionnels de santé, en concurrence sur un
marché de soins de santé encombré. D’un point de
vue gestionnaire, on en attend des effets de maîtrise
des coûts. Au-delà de ces intérêts partiels, un
enjeu essentiel des soins de santé primaires est toutefois
de rendre possible, pour les individus et la
société, l’articulation des savoirs scientifiques objectifs
avec des aspirations subjectives - tout au
moins en matière de santé. Cela suppose néanmoins
une explicitation plus grande du projet des soins
de santé primaires et de la définition identitaire des
soins de santé primaires. J’espère pouvoir contribuer
à la réflexion de la Fédération en la matière
en proposant, après une approche historique de la
question, une interprétation des soins de santé primaires
comme une des réponses possibles à la double
tension que l’on retrouve dans les sociétés
modernes : la tension entre l’individuel et le collectif
d’une part, entre l’objectif et le subjectif
d’autre part.
Approche historique
Je commencerai par illustrer la problématique de
revalorisation des soins de santé primaires par l’histoire
récente de la médecine générale en Grande
Bretagne, prise ici comme cas de figure des soins
de santé primaires. Les soins de santé primaires ne
se limitent certes pas à la catégorie professionnelle
de la médecine générale, mais l’histoire de celle-ci
est particulièrement éclairante pour comprendre la
place actuelle des soins de santé primaires dans le
système de santé.
Pendant la première moitié du vingtième siècle, les
médecins de famille constituaient dans les faits la
source principale de soins médicaux. C’est de cette
époque que proviendrait l’image du « bon médecin
de famille », dévoué et compétent.
Or, s’il est vrai qu’à cette époque les médecins généralistes
étaient globalement appréciés du public,
ils étaient discrédités dans les milieux professionnels.
De plus en plus, l’hôpital était considéré
comme le lieu par excellence de la bonne médecine.
Dans un contexte de valorisation de la spécialisation,
on ne voyait pas quel pourrait encore,
à l’avenir être le rôle de la médecine générale, et
certains se demandaient si elle ne devait pas purement
et simplement disparaître.
Avec les progrès scientifiques et techniques, il y a
eu en effet dans les mentalités une dissociation progressive
entre le dévouement et la compétence -
les deux caractéristiques du « bon médecin de famille
» :
1. on considérait le « dévouement » et l’humanisme
du médecin de famille comme fondés dans des
valeurs morales telles que la bonté, la compassion,
ou des aptitudes personnelles telles que l’intuition,
mais non dans une compétence professionnelle ;
2. par contre, c’était la compétence technique du
médecin moderne qui était valorisée comme qualité
professionnelle essentielle.
La modernité des soins de santé
primaires
Monique Van
Dormael
Docteur en
sciences sociales,
spécialisée en
sociologie de la
santé.
Chargée de
recherche à
l’unité de
recherche et
d’étude en santé
publique - Institut
de médecine
tropicale -
Anvers.
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 39
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
Le texte qui suit est un bref extrait du rapport
Collings1 sur la médecine générale en Angleterre,
publié en 1950, et qui met en évidence que, à cette
époque du moins, l’humanisme du médecin de famille
était dissocié de la compétence technique attribuée
au médecin moderne. Compétence technique
et humanisme y sont présentés comme deux
caractéristiques étrangères l’une à l’autre, voire
contradictoires :
« ... Dans beaucoup d’endroits éloignés, le médecin
de campagne n’a pas beaucoup évolué ; il a
appris à utiliser certains nouveaux médicaments
comme la pénicilline, et maîtrise éventuellement
certaines nouvelles techniques. Mais fondamentalement,
il est comparable au vieux médecin de famille
du siècle passé.... Beaucoup d’entre eux sont
si mal équipés qu’ils seraient incapables de faire
face à une urgence sérieuse... Mais ceci n’altère
en rien le fait que ces médecins sont souvent des
médecins de famille de premier ordre... » (p. 565)
et un peu plus loin :
« .. Nous voyons une fois de plus comme il est
difficile d’associer les diktats de la médecine moderne
avec l’humanisme essentiel à notre concept
de médecine générale. » (p. 566)
La Grande Bretagne est un des premiers pays où il
y a eu des efforts pour revaloriser la médecine générale.
On trouve dans ce processus deux aspects :
la quête de respectabilité et de reconnaissance sociale
par les généralistes, mais aussi et surtout leurs
efforts de construction et d’explicitation de leur
identité professionnelle.
Lorsqu’en 1966, les généralistes obtiennent du
National Health Service une importante revalorisation
financière, un des leaders du mouvement des
généralistes, Marinker, fait en substance le commentaire
suivant : certes, on peut se réjouir de cette
revalorisation financière, mais là n’est pas le fond
du problème ; car tant que les généralistes n’auront
pas mieux défini ce qui fait le contenu de leur spécificité
et qu’ils garderont l’hôpital comme modèle,
ils resteront frustrés de ne pas faire de « travail
clinique sérieux », et hostiles à l’égard de patients
auxquels ils reprochent de les envahir avec leurs
problèmes triviaux.
Quelle est donc la spécificité dont vont se revendiquer
les généralistes britanniques des années 1960 ?
On retrouve deux grands thèmes dans leur quête
identitaire : le thème épidémiologique d’une part,
le thème de l’individu singulier d’autre part. Chacun
de ces deux thèmes met l’accent sur un axe
différent de la pratique en médecine générale.
l le thème épidémiologique
Le thème épidémiologique s’inscrit dans une logique
de rationalisation et privilégie l’objectivation
de la « médecine des maladies » étendue au corps
social. La médecine générale dispose d’une base
épidémiologique communautaire : contrairement à
l’hôpital, qui voit des malades sélectionnés sur base
(1) J.S.Collings
(1950) : General
Practice in
England Today.
Lancet Vol 1 :
555-585
CAHIER
40 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
de leur pathologie, le médecin généraliste rencontre
en effet la population tout venant.
Cette base épidémiologique communautaire lui
permet de réaliser des activités qui ne sont pas à la
portée de l’hôpital :
• dans la mesure où il rencontre des bien portants
ou des malades à pathologies débutantes,
il peut faire de la prévention et du dépistage
précoce. Ceci suppose de définir des critères
de sélection (les « individus à risques »)
et des stratégies de prévention ;
• il peut également faire des études de morbidité
dans la population générale ;
• enfin, il doit élaborer des critères de diagnostic
adaptés à sa pratique : les risques de faux
positifs et de faux négatifs ne sont en effet pas
les mêmes qu’à l’hôpital, et des arbres de décision
élaborés par des spécialistes, sur base
d’une expérience avec des patients hospitalisés
ne conviennent pas à la pratique de médecine
générale.
l le thème de l’individu singulier
Le thème de l’individu singulier quant à lui s’inscrit
dans une logique de valorisation croissante de
l’individu qui traverse les sociétés occidentales, et
cherche à réconcilier le patient comme sujet avec
les connaissances biomédicales.
Dans cette optique, la spécificité de la médecine
générale réside dans
• une pratique centrée sur le patient (et non sur
la maladie), dans laquelle la globalité des soins
est essentielle ;
• la reconnaissance de la parole du patient,
comme détenteur d’une partie au moins de la
vérité qui le concerne ;
• la réhabilitation de ce qui auparavant était qualifié
de « trivialités » : dans cette optique,
même les plaintes jugées banales d’un point
de vue biomédical constituent des défis intellectuels
et professionnels.
En soi ces deux thèmes ne sont pas mutuellement
exclusifs et peuvent être considérés comme complémentaires.
Mais le fait qu’ils ont plus souvent
été opposés que combinés est révélateur de la difficulté
qu’il y a à les intégrer dans une même pratique.
Les soins de santé primaires et
les disjonctions du monde
moderne
La définition identitaire de la médecine générale a
certainement permis aux généralistes britanniques
d’améliorer leur image - y compris à leurs propres
yeux. Mais elle ne se réduit pas pour autant à un
discours d’autosatisfaction ou d’auto-légitimation.
Elle correspond au contraire à un besoin réel de la
société contemporaine, un besoin dont l’importance
augmente au fur et à mesure que nous entrons davantage
dans la modernité.
En effet le monde moderne opère des disjonctions
progressives à deux niveaux au moins, entre l’objectivité
et la subjectivité d’une part, entre l’individuel
et le social d’autre part.
• Dans un processus de rationalisation croissante,
l’homme comme objet et l’homme comme
sujet sont de plus en plus disjoints, et ce dans
tous les domaines de la vie sociale. Cette disjonction
se manifeste aussi en médecine. Grâce à
l’objectivation du corps humain, des progrès techniques
considérables ont été accomplis, auxquels
notre société n’est pas prête à renoncer. Mais en
même temps, cette biomédecine est totalement
étrangère au monde des significations de la souffrance.
Il résulte une tension qui ne cesse d’augmenter
entre savoirs objectivés et vécu existentiel.
• Dans un processus de différenciation progressive
des individus, notre société a tendance à valoriser
de manière croissante la singularité et l’irréductibilité
de chaque individu et à affirmer les libertés
individuelles et l’autonomie du sujet singulier
contre la contrainte sociale. Or cette affirmation
de l’individu ne supprime pas le collectif,
même si nous en arrivons parfois à oublier,
voire à nier notre appartenance sociale. La disjonction
entre l’individuel et le collectif appelle à l’invention
de mécanismes nouveaux pour agencer ces
libertés individuelles.
Un enjeu essentiel des soins de santé primaires pour
la société réside dans son potentiel d’articulation
entre ces pôles disjoints : l’objectif et le subjectif
d’une part, l’individuel et le collectif d’autre part.
La figure 1 propose une interprétation des soins de
santé primaires en tant que projet d’articulation de
l’homme-objet et de l’homme-sujet, et de l’individu
et de la société. Articulation ne veut pas dire
La modernité des soins de santé primaires
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 41
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
réunification. Ce dont il s’agit dans les soins de MEDICALES
santé primaires ne relève pas d’une vision passéiste
ou d’un retour en arrière vers un temps où l’individu
se fondait dans la communauté et où l’on distinguait
peu le savoir scientifique du religieux. Ces
éléments ont été disjoints, et leur synthèse est un
travail qui aboutit à autre chose qu’à leur indifférenciation
première.
Dans la figure 1, les soins de santé primaires sont
situés graphiquement au centre des tensions, là où
les tensions sont les plus fortes, l’écart le plus prononcé
et le travail d’articulation à la fois le plus
complet et le plus difficile. Ce travail emprunte à
diverses disciplines selon les problèmes à traiter,
dont à titre d’illustration, on peut citer la bio-médecine,
l’épidémiologie, la psychodynamique et
l’anthropologie politique.
Il s’ensuit une démarche originale, nécessairement
différente de celle qu’aurait adoptée un spécialiste
de chacune de ces disciplines, et qui peut d’ailleurs
impliquer d’être infidèle à ces disciplines spécialisées.
La figure 1 permet également de rendre compte de
certaines variantes que l’on rencontre sur le terrain
parmi les praticiens en soins de santé primaires,
selon l’accent qu’ils placent sur des articulations
différentes, par exemple :
• l’articulation entre savoirs biomédicaux spécialisés
: bon nombre de praticiens se situent dans
une approche essentiellement clinicienne et biomédicale
(intersection objectivité - individu),
cherchant avant tout à refaire, au delà du morcellement
en spécialités, une unité de la biomédecine
;
• l’articulation entre patient-objet et patientsujet
: certains praticiens considèrent que leur
rôle consiste avant tout dans une approche personnalisée
des patients (rangée individu), soucieux
d’écoute et de communication, intégrant
pour chaque individu son expérience de vie singulière
et les savoirs biomédicaux disponibles.
L’accent peut être placé plus ou moins sur la
démarche psychothérapeutique, voire s’y cantonner
(intersection individu - subjectif) ;
• l’articulation entre médecine de l’individu
et épidémiologie : dans cette approche (colonne
objectivité), on retrouvera des praticiens
soucieux de rigueur gestionnaire, d’efficacité
et d’efficience ; la standardisation du savoir
peut, à des degrés divers, se combiner avec le
souci d’adapter une réponse techniquement
adéquate à chaque individu pris dans sa singularité
(extension vers l’intersection individuel
subjectivité) ;
• enfin, au centre du schéma et au coeur des
tensions, le projet le plus complet des soins
de santé primaires s’étend aux quatre axes
de la figure. Ce projet, que l’on qualifier d’approche
communautaire, inclut les dynamiques
sociales et culturelles et le sujet humain en tant
que sujet collectif, capable d’améliorer collectivement
ses conditions d’existence. Il cherche
à ne sacrifier ni l’individuel au collectif et
vice-versa, ni l’objectivité à la subjectivité et
vice-versa.
Le travail d’articulation propre aux soins de santé
primaires est difficile. Il est souvent plus confortable
de se retrouver dans une seule des cases et d’en
Figure 1 : Le potentiel d’articulation des soins de santé primaires
CAHIER
42 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
référer à une discipline classique bien circonscrite
que d’opérer la synthèse de plusieurs d’entre elles.
La mise en tension n’est en effet pas une opération
harmonieuse, elle suppose de rechercher en permanence
un nouvel équilibre entre des pôles contraires
l’équilibre atteint n’étant jamais que provisoire
et instable.
Mais la difficulté provient aussi du fait que ce travail
d’articulation est encore en grande partie implicite.
On assiste actuellement au développement
d’un savoir spécifique aux soins de santé primaires
à partir de l’explicitation progressive des opérations
mentales des praticiens. Les médecins de
famille d’antan pouvaient réaliser ce travail de synthèse
en grande partie sur un mode intuitif et spontané.
En effet, ils étaient formés d’abord comme
généralistes et leurs savoirs biomédicaux ne constituaient
pas réellement une entrave à l’abord du
patient dans la mesure où ils s’inscrivaient dans
une vision d’ensemble de l’organisme humain.
D’autre part, ils étaient souvent eux-mêmes dans
un rapport de proximité sociale avec leurs patients
vivant dans le même quartier ou le même village
et partageant une culture commune.
Sous l’effet de la spécialisation de la médecine,
mais aussi d’une dislocation des liens sociaux dans
la société globale, le savoir-faire intuitif ne suffit
plus et l’explicitation des opérations mentales devient
nécessaire. Les soins de santé primaires exigent
donc l’élaboration de compétences professionnelles
inédites, fondées dans la réflexivité de la
pratique et nécessitant pour se développer des processus
d’explicitation, de conceptualisation, de recherche
dans la pratique et de formation.
Conclusion
Si nous acceptons de définir la modernité comme
la capacité croissante d’une société à utiliser les
ressources disponibles pour se transformer délibérément,
nous pouvons en conclure que la médecine
moderne ne se réduit pas à la technologie,
même si elle en constitue une composante essentielle.
La modernité réside plutôt dans la capacité
de la société de faire usage de cette technologie
pour améliorer ses conditions d’existence, non se-
La modernité des soins de santé primaires
lon des lignes tracées par la rationalisation, mais
bien pour répondre à des aspirations, individuelles
et collectives, de l’humain comme sujet. En ce sens
les soins de santé sont une démarche éminemment
« moderne » en tant qu’elle permet d’articuler la
rationalité scientifique et la participation du sujet
humain. l
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 43
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
Pierre Drielsma
L’exposé qui vous a été présenté tout à l’heure déterminait
les fondements de l’anarchie sanitaire qui
prévaut aujourd’hui. C’est à dire : l’inégalité, sous
toutes ses formes, engendre la maladie. Par exemple,
chaque fois que quelqu’un souffre d’un état de
subordination, se sent contraint voire opprimé par
une situation qu’il ne peut maîtriser, il produit automatiquement
de l’adrénaline et de la cortisone qui
nuisent à sa santé.
Quelle est donc notre tâche si ce n’est de tenter de
réduire ces inégalités ? Il est donc fondamental que
les maisons médicales prennent conscience, et Dieu
sait si cela est difficile, du travail éminemment
politique qui est le leur.
Pour illustrer cette réalité politique, il existe toute
une série de boucles de régulation des déterminants
de la santé. Il existe des boucles courtes : la santé
déjà chancelante d’un sujet dont la situation
psychosociale se détériore empirera davantage. Il
existe des boucles longues : un environnement
psychosocial peu satisfaisant se double d’un mauvais
environnement biophysique, par exemple une
perte d’emploi doublée par l’utilisation de produits
toxiques tels que tabac ou alcool.
Pendant longtemps, on a beaucoup insisté sur les
boucles longues et les boucles longues volontaires.
Pourquoi ? Parce le dominant n’a aucun intérêt
à ce que l’on ne se rende compte que c’est sa
dominance qui est responsable des maladies du
dominé. Au contraire, si ce dernier se porte mal,
Pierre Drielsma
Médecin
généraliste.
Membre du
bureau de la
Fédération des
maisons
médicales.
Table rondeÊ : les déterminants
sociaux de la santé
c’est parce qu’il fume, qu’il boit, qu’il roule trop
vite ou ne met pas sa ceinture de sécurité. Comme
l’a défini le Professeur Renaud : la première phase
de santé publique est une phase de culpabilisation
des victimes.
Dans le domaine financier, il ne faut surtout pas
refinancer les soins de santé. Au besoin, effectuer
des transferts au sein de l’enveloppe de la deuxième
ligne vers la première ligne.
Je ne suis pas entièrement d’accord avec le Professeur
Renaud à propos des taux d’intérêt. Je suggère
de penser plutôt en termes de fiscalité internationale.
L’écart croissant entre riches et pauvres
constitue le vrai problème actuel. Fiscaliser judicieusement
me paraît mieux convenir que modifier
les taux d’intérêts. Y toucher peut induire des
phénomènes néfastes pour les petits épargnants.
Pierre Gillet
Je voudrais revenir au schéma des boucles
courtes et longues sans réexpliciter l’étude
Whitehall I, mais en me concentrant sur ce
qui fut publié après 1992 et donc, sur la confirmation
scientifique de ce nouveau paradigme
dans les déterminants sociaux de la
santé.
Rappelons pourtant qu’en 1970, on privilégiait
les inégalités sociales devant la mort et
l’étiologie indirecte et culpabilisante. Lorsqu’on
admettait une influence directe, on la
cantonnait dans une vision biophysique telle la médecine
du travail. Par exemple : c’est parce qu’il y
a davantage de sidérurgie en Wallonie que les
ouvriers y sont plus malades, et on a comparé les
maladies des ouvriers par rapport à celles des employés.
Mais arrivent les années 80 : les usines ferment,
les ouvriers ne fument pas plus qu’avant et pourtant
ils meurent de plus en plus vite... Et la comparaison
des différentes catégories sociales n’arrange
rien. En France en 1960, l’ingénieur a une espérance
de vie 8,8 années de plus que le manoeuvre.
Dans les années 80, cet écart est de 9,2 années. Le
différentiel s’aggrave et le psychosocial devient le
primum movens de la maladie.
Les années 90 voient paraître des publications
Pierre Gillet
Médecin de santé
publique.
Responsable du
bureau d’étude de
l’Union nationale
des mutualités
socialistes.
CAHIER
CAHIER
44 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
scientifiques de professeurs de cardiologie dont la
Withehall II (Edition Lancet) où on suit la même
cohorte d’individus. Quels en sont les enseignements
?
La question fondamentale était de se demander si
le chômeur est plus malade qu’un autre (lorsqu’une
entreprise liquide du personnel, les premiers sacrifiés
sont ceux qui sont le plus souvent malades) ou
si la peur de perdre son emploi génère la morbidité
? D’après Whitehall II, cette dernière hypothèse
domine le tableau. Cette étude a suivi mille
fonctionnaires anglais en instance de privatisation
et donc menacés d’une perte d’emploi. Compte tenu
de leur état de santé au départ, de leur taux de tabagisme
et de tous les autres facteurs, les chercheurs
ont enregistré chez ces fonctionnaires une
surmorbidité déclarée dans le cours de l’étude en
1989 par rapport à 1985 et ceci même pour ceux
qui n’avaient pas perdu leur emploi.
Deuxième enseignement obtenu durant cette période
: mille sujets furent suivis dans les laboratoires
dits « de stress ». Une hypothèse prédominait :
l’effet tampon, c’est à dire la prédiction de l’hypertension
de l’individu en fonction de sa sensibilité
à une réaction hypertensive. On provoquait des
pics de tension systolique et on observait les réactions
des individus au stress. Le suivi de ces individus
durant dix ans a montré que les résultats obtenus
étaient parfaitement étrangers à leur déterm
i n i s m e
cardio-vasculaire.
Ce qui apporte
une preuve
scientifique
aux affirmations
du Professeur
Renaud.
La descente de
la tension après
le pic de stress
est à prendre en
compte. La tension
des individus
les plus bas
dans la hiérarchie
sociale ne
redescendait
pas alors que ceux qui étaient plus haut dans la
hiérarchie parvenaient à gérer leur stress. L’effet
tampon nous révèle donc que ce n’est pas
l’hyperréactivité, qui compte mais la façon de réagir
à cette hyperréactivité.
Une importante étude américaine a suivi trois cent
vingt individus pendant six ans. Elle montre que
les seuls déterminismes que l’on pouvait trouver
dans l’hypertension étaient les schémas du stress
mental enregistrés au début de l’enquête six ans
avant.
Un troisième aspect dans ce modèle de déterminisme
social de la santé, c’est le problème de l’indifférenciation.
L’influence du cerveau, de l’hypophyse,
de la surrénale et de la maladie est une influence
indifférenciée. Que ce soit pour une maladie
cardio-vasculaire ou une maladie cancéreuse,
cela influence toutes les maladies à l’exception de
deux : le rhume des foins et le sida. Ce sont les
deux seules maladies qui échappent à l’influence
du dominant sur le dominé en terme de déterminisme
social.
En Angleterre, une autre étude a suivi quatre mille
cinq cent individus pendant six ans. On a repéré
tous les individus qui tombaient au chômage, et
découvert qu’il y avait un risque relatif deux fois
plus élevé lié à l’influence du chômage, aussi bien
pour les cancers que pour les maladies cardio-vasculaires,
même en tenant compte de la maladie au
départ six ans avant.
Le noeud se trouve donc dans cette question de
l’influence du dominant et du dominé et de l’autonomie
vis-à-vis de ce type de stress. Le problème
est que l’on peut trouver deux solutions : soit on
plaide pour un aspect politique de la question, soit
on fait comme certaines firmes pharmaceutiques
qui ne sont pas loin de trouver la pilule qui peut
bloquer cette influence. C’est très grave parce que
cela va permettre d’éluder l’influence du dominant
sur le dominé, le chaînon cortisoïque, en augmentant
l’espérance de vie, en diminuant la mortalité
du cancer. Cette firme nous a demandé des données
épidémiologiques au sujet d’une série de maladies
pour trouver cette pilule qui permettra de
supporter les dominants.
Table rondeÊ : les déterminants sociaux de la santé
l
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 45
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
Michel Roland
On m’a demandé de parler du dysfonctionnement
du système de santé qui est en fait un non-système.
Gageure énorme. Mon hypothèse est que ce n’est
pas un dysfonctionnement, mais un fonctionnement
: on choisit de faire fonctionner le système
de telle façon. Ce n’est pas un non-système parce
que nous sommes tous système et nous retournerons
système. Le problème est que le système tel
qu’il fonctionne est destiné à mourir. C’est une
hypothèse audacieuse.
Le système de santé est placé dans un système plus
global qui est le système socio-politique belge et il
est composé d’éléments. J’en vois essentiellement
quatre :
les patients qui sont (quand même) les premiers
intéressés ;
les soignants ;
les payeurs ;
les décideurs.
Dans certains systèmes, les payeurs sont les décideurs.
Chez nous, il n’en va pas de même, encore
qu’on puisse se poser la question. Je vais essayer
une analyse systémique et historique.
L’erreur est de dire : « voyons ce qui se passe
aujourd’hui et changeons », alors que le problème
est de savoir pourquoi on en est là aujourd’hui.
Notre système de sécurité sociale a été mis en place
après la guerre à partir de conventions, d’accords,
de réalités sociales entre principalement deux des
quatre acteurs : les payeurs et les médecins. Il y a
eu des conventions de soins par rapport à des personnes
plus démunies, cela a commencé dans des
petites organisations professionnelles et c’est
comme cela que les mutuelles se sont structurées.
Je pense que si on retrouve aujourd’hui cet énorme
poids des organismes assureurs et des médecins,
c’est essentiellement pour des raisons historiques.
Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même
panier. Les médecins ne sont pas tous les mêmes
et les mutuelles ne sont pas toutes les mêmes. Pour
analyser un système, il faut en trouver les mythes
fondateurs.
Quand on entend que le mythe fondateur de la
Belgique est « L’Union fait la force », on peut se
demander si c’est toujours vrai. De la même façon,
les mythes fondateurs du système belge de
santé sont basés sur une série de principes : c’est
une médecine curative, libérale, à l’acte, pratiquée
en solo. Et historiquement, avec une prépondérance
de deux acteurs : les mutualités, essentiellement les
mutualités chrétiennes et les médecins avec en l’occurrence
les chambres syndicales.
Vu sous cette angle, on comprend pourquoi les
choses évoluent par petits changements qui souvent
s’annulent l’un l’autre et ne sont que des réponses
ponctuelles à des problèmes locaux, et surtout
pourquoi ces petits changements mènent à
l’immobilisme. L’immobilisme dans un système
entraîne la mort du système.
Ce qui tue le système, c’est qu’il y a deux impasses
: d’abord une impasse économique dont on a
déjà longuement parlé (cela coûte trop cher, cela
chauffe), et d’autre part, tout cela n’est pas efficace.
Quand on examine les indicateurs de santé
en Belgique, on se rend compte que notre système
ne va pas bien et qu’en fonction des sommes investies
qui ne sont pas modestes - les résultats ne
sont pas très bons et les patients ne sont pas très
contents.
Dans la recherche de solutions, deux écueils sont à
éviter : la dérive économique, l’économisme (apporter
des solutions économiques à l’agonie du
système) et d’autre part, le scientisme, c’est-à-dire
se baser uniquement sur la qualité et sur l’efficacité
des soins. Je pense qu’il y a d’autres choses à
trouver, et c’est ce dont vont vous entretenir Paul
Vandenbussche et Aldo Perissino.
Paul Vandenbussche
En 1984 et en 1991, les représentants du gouvernement
belge signaient avec leurs collègues européens
le document bien connu de l’Organisation
mondiale de la Santé : « La santé pour tous (là on
rigole) en l’an 2000 (et là on rit jaune) ».
Parmi les éléments qui devaient nous permettre
d’atteindre ce but très global, il y a entre autre l’objectif
numéro 31 qui parle de la mise en place dans
chaque système de santé, d’ici l’an 2000, de méca-
Michel Roland
Médecin
généraliste.
Professeur de
médecine
générale à
l’ULB.
Responsable de
la cellule
recherche de la
Fédération des
maisons
médicales.
Paul
Vandenbussche
Médecin de santé
publique.
Chargé de cours
à l’ULB.
Table rondeÊ : pertinence d’utiliser
les maisons médicales comme
outil de santé
CAHIER
CAHIER
46 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
nismes visant à assurer que les structures et processus
puissent contribuer à l’amélioration continue
de la qualité dans les systèmes de santé. Je ne
dis pas qu’on a rien fait depuis dix ans, mais la
plupart des initiatives sont locales, individuelles et
non concertées. Dans le secteur hospitalier, c’est
un peu différent, mais il ne faut pas oublier qu’il y
a là toute une législation qui impose pratiquement
une amélioration de la qualité. La difficulté à laquelle
ont été confrontés les responsables hospitaliers,
c’est que le législateur ne prévoit pas de définition
de la qualité. L’autre élément manquant est
l’outil méthodologique qui doit permettre dans un
premier temps de mesurer la qualité et ultérieurement
de l’améliorer.
Définir la qualité est peut-être le premier point à
aborder. Je ne vais pas vous ennuyer avec la multitude
des définitions qui ont déjà été tentées jusqu’à
présent. La plupart (et cela commence à me
fatiguer) tournent autour de la qualité même de
l’acte technique à laquelle l’Organisation mondiale
de la Santé a quand même ajouté, heureusement,
la satisfaction des patients. Mais même ces définitions
restent insatisfaisantes.
Commençons par aborder la qualité en partant de
la définition d’une couverture de population,
qu’elle soit curative ou préventive. Couverture qui
peut être un stade à atteindre par une série d’étapes
successives.
Le premier élément est la disponibilité des services
qu’il faut envisager davantage en termes qualitatifs
qu’en termes quantitatifs. C’est la capacité
des professionnels de santé, des services ou du système
à répondre aux besoins très différents d’individus,
de milieux très différents qui s’expriment
parfois de manière très complexe.
Pour l’accessibilité, on retiendra deux sources de
problèmes : l’accessibilité financière, les exemples
ne manquent pas de non accessibilité ou de recul
de notre pays en ce domaine, et l’accessibilité temporelle
qui va souvent de pair avec l’accessibilité
financière, et amène à reculer des échéances de
prises en charge.
L’acceptabilité est le fait d’avoir consulté les professionnels
de santé, et de se demander si on va y
revenir une seconde fois en réfléchissant à ce qu’ils
ont finalement apporté.
La continuité est un problème universel dans tous
les systèmes de santé.
Le dernier élément étant la qualité même de l’acte
technique. Au-delà de la continuité, la bonne question
est : « Lorsque ces individus sont venus chez
nous, leur avons-nous bien offert le minimum
auquel ils avaient droit, leur a-t-on fait plus de bien
que de mal ? ».
L’autre approche de la qualité est une façon de définir
les soins de santé en partant des soins médicaux.
« Ce sont des soins limités à une pratique
rationnelle basée sur des connaissances actualisées
(il y a déjà du pain sur la planche). Ils favorisent la
prévention. Ils requièrent une coopération intelligente
entre les praticiens et les patients. Ils prennent
en charge les individus dans leur globalité. Ils
maintiennent une relation personnelle, étroite et
continue entre patient et praticien. Ils sont coordonnés
avec les autres intervenants du bien-être
social, la santé n’en étant qu’un élément. Ils coordonnent
tous les types de services médicaux et ils
appliquent tous les services nécessaires afin de répondre
aux besoins de tous les individus ».
Ce dernier point contient cette notion d’équité que
l’on doit bien différencier de celle d’égalité.
L’équité, est la capacité d’un service ou d’un système
à répondre de manière différente à des besoins
différents. On pourrait dire en d’autres termes
que c’est assurer pour tous les individus le
minimum auquel ils ont droit et un peu plus à ceux
qui en ont le plus besoin.
Est-ce que finalement, ce n’était pas cela la définition
de la santé pour tous dans trois ans et quinze
jours ?
Les auteurs de cette définition, ce n’est pas la Fédération
des maisons médicales, ce n’est pas le
GERM, ce sont deux américains Lee et Johns, et
cette définition assez étonnante date de 1933.
Aldo Perissino
Parmi les affirmations du GERM vers la fin des
années 60, celle qui disait que la santé est un bien
parmi d’autres faisait rugir les tenants de la médecine
classique de l’époque. Ce qui pouvait dire
implicitement qu’elle avait peut-être un prix : à
l’époque la santé n’avait pas de prix. Les choses
ont changé au point que, pendant de nombreuses
années après le premier choc pétrolier, toute une
politique de régulation de l’offre de soins s’est construite
sur une base essentiellement économique.
Avec des conséquences qui n’ont pas été mesurées
à l’époque, parce que l’on ne disposait pas d’outils
Aldo Perissino
Médecin
hospitalier.
Attaché à
l’administration
du ministère de la
santé publique.
Table rondeÊ : pertinence d’utiliser les maisons médicales
comme outil de santé
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 47
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
pour les mesurer, et parce que cela ne paraissait MEDICALES
pas vraiment nécessaire.
Apparemment la question s’est fait jour : « Si on
attend les conséquences sur les indicateurs de santé
d’un certain nombre de coûts pratiqués dans l’offre
de soins, non en fonction d’une politique, mais
en fonction de secteurs économiques lourds, il va
sans doute être trop tard et on ferait bien de mettre
des filets ou des barrières de sécurité. »
Une démarche analogue est en train de se développer
du côté de l’industrie et les questions de qualité
affluent à l’avant plan. D’où une profusion de
publications, de discours, de méthodologies, de définitions
sur l’évaluation et de la qualité. Ce mouvement
est une excellente chose. Il vaut mieux essayer
d’évaluer et de faire de l’assurance de qualité
que continuer à travailler sans se soucier de
l’effet de ce que l’on fait.
Mais, il y a aussi dans cette évolution un effet de
mode sur lequel on peut s’interroger, surtout lorsque
l’on voit la manière dont les choses prennent
corps à grande échelle dans un pays comme la
Belgique. Qu’est-ce qui existe à l’heure actuelle
en Belgique comme développement institutionnel
pour essayer d’améliorer la qualité de l’offre de
soins ? Je me cantonne ici à quelque chose de relativement
limité, parce que ces démarches de qualité
portent sur des secteurs bien précis, et particulièrement
sur l’offre de soins en milieu hospitalier.
Deux grandes pistes sont suivies à l’heure actuelle.
L’une se matérialise par un petit document que bon
nombre d’entre nous avons signés à l’entrée et qui
concerne l’accréditation. C’est ce que je suis tenté
d’appeler la certification à priori. Cheval de bataille
d’une certaine pensée médicale corporatiste
qui consiste à dire que, si nous produisons des professionnels
de santé compétents et qui entretiennent
leurs compétences, ils feront du bon travail.
C’est une hypothèse qui a prévalu très longtemps.
Mais, je ne suis pas sûr qu’elle soit absolument
garantie, parce qu’il ne suffit pas d’être capable de
faire du bon travail pour pouvoir le faire, il faut
encore le vouloir, il faut encore se trouver dans un
système qui permette de le faire.
En prolongement à cette certification à priori, le
mouvement qui a mis en place l’accréditation a favorisé
le développement des Glem (Groupes locaux
d’évaluation médicale), c’est-à-dire de petits
groupes de personnes qui discutent ensemble de
leur pratique. Les premières maisons médicales
avaient déjà ce projet, et il a fallu quelques dizaines
d’années pour que cela se généralise à l’ensemble
de la pratique médicale.
Autres pistes suivies pour essayer de garantir la
qualité des soins, ce sont des pistes principalement
évaluatives. Elles se développent dans toute une
série de secteurs, dont la santé publique. La piste
évaluative consiste à collecter des données, à réunir
les gens qui travaillent dans un certain domaine,
et à les faire réfléchir sur les résultats de leur activité
en termes d’appréciation des données plus
qu’en terme de réflexion sur des procédures d’ensemble.
En dehors de cela, il y a une série de démarches
évaluatives locales qui se réalisent à propos
de problèmes ponctuels.
Cela sont les deux pistes développées pour le moment
à un niveau suffisamment général pour que
l’on considère que c’est une démarche « dans l’air
du temps ».
Qu’est-ce qui manque là-dedans ?
A mon sens, deux choses.
D’une part, la place du sujet. On n’a pas encore
développé de dispositif officialisé et généralisé
d’évaluation de la qualité des soins qui inclut de
manière active la participation des sujets, des patients.
Si on entend que dans tout système d’évaluation
de la qualité des soins il faut inclure la
plainte, cela n’est pas en place dans les pratiques.
On a d’autre part pas encore mis en place de dispositif
d’assurance de qualité, c’est-à-dire un dispositif
par lequel l’ensemble des acteurs dans un
secteur donné participe de manière active et continue
à une amélioration du travail. Cette expérience
là, pour avoir regardé le développement des maisons
médicales, existe et produit des données et
des résultats dans les pratiques d’équipes qui sont
un témoin de ce
qu’une autre forme
d’offre de soins que
la médecine en solo
peut offrir.
Je souhaite que ce
type de travail et de
méthodologie suscite
la réflexion et
se développe dans
le domaine de la défense
de la qualité
des soins et de l’assurance
de qualité,
au-delà de l’évaluation
ou de la certification
a priori. l
CAHIER
48 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Yves Gosselain
l La participation des patients à des projets
de prévention : un incitant à plus de prévention
ou une contrainte supplémentaire ?
En 1992-93, cent quinze médecins généralistes et
cent soixante-trois travailleurs de la santé non médecins,
appartenant à vingt et une maisons médicales
et associations de généralistes de la Communauté
française de Belgique ainsi que mille deux
cents de leurs patients ont participé volontairement
à une enquête par questionnaire sur leurs perceptions,
leurs attentes et leurs déceptions au sujet de
la « prévention » telle qu’ils la pratiquent et qu’ils
la rêvent...
L’enquête esquisse aussi le bilan de l’offre de prévention
dans quelques domaines (frottis de col,
vaccin tétanos,...) et étudie l’attitude des soignants
pour proposer occasionnellement ou systématiquement
une démarche préventive dans trois domaines
: le dépistage du cancer du sein, les vaccins
des enfants et les conseils pour arrêter de fumer.
l J’attends, il attend, nous attendons...
Les résultats montrent que les patients sont demandeurs
de plus de prévention. Souvent, ils attendent
passivement les propositions actives et concrètes
de leurs soignants. Ceux-ci estiment en revanche
que c’est le patient qui n’est pas prêt à entendre
ces propositions.
L’enquête montre aussi que les priorités de santé
des patients (stress, surmenage, obésité, maux de
dos, dépression) sont différentes de celles des
soignants (cancers et maladies cardio-vasculaires).
Ces résultats ont été à l’époque diffusés dans les
maisons médicales. Début 1995, la Fédération des
maisons médicales propose à nouveau aux équipes
intéressées de réfléchir à la mise en route de
projets concrets de prévention qui soient satisfaisants
pour l’équipe et qui prennent en compte les
attentes de leurs patients.
l « Agir ensemble en prévention » : un nom
qui appelle à l’action
Janvier 1995, le projet « Agir ensemble en prévention
» redémarre. Trois fois « ensemble » : ensemble
en équipe, ensemble entre maisons médicales
et ensemble avec les attentes des patients et parfois
leur participation directe. Vingt-trois maisons
médicales et associations de généralistes y participent.
« Agir ensemble en prévention » incite les équipes
à mettre en place des projets de prévention autour
de sept pôles de travail : projet collectif, sans être
unanime ; structuré, sans être rigide ; systématique
sans devenir « terroriste » ; réaliste sans être rigide ;
efficace, sans être ennuyeux ; agréable sans être
inutile et, last but not least, participatif sans être
dépossédé...
Le projet propose essentiellement un accompagnement
par Yves Gosselain, licencié en communication
sociale, aidé par Jean Laperche, médecin généraliste
à Barvaux.
Différents moyens ont été mis en oeuvre :
• accompagnement collectif par des réunions bimensuelles
des « délégués » des équipes ;
• journées de formation ;
• accompagnement individuel à la carte suivant
le cheminement de chaque équipe ;
• échange des ressources, des expériences, des
méthodes... ;
• dynamique de recherche et de projet collectif.
Le « cheminement » des vingt-trois équipes a été
« évalué ». Cette communication s’inspire essentiellement
du rapport d’évaluation et des réunions
du Comité d’accompagnement de ce projet (1).
Les questions soulevées par la participation des
patients :
• les patients sont-ils demandeurs de prendre part
à des activités au sein de leur maison médicale ?
• comment les soignants peuvent-ils entendre les
demandes (de prévention, mais pas uniquement...)
des patients ?
• pour les soignants, entendre les demandes, estce
déjà une forme de participation des patients ?
• de quelles participations parlons-nous ? Une participation
directe à des projets de santé ? Ce qui
laisse entendre que les patients expriment leurs
besoins, participent à la définition des objectifs,
au choix des méthodes, à la réalisation du projet
et à son évaluation ? Ou une participation à la
gestion du centre de santé ? Ces participations
directes sont-elles individuelles ou collectives ?
• quels bénéfices pour la santé de la population
Table RondeÊ : Approche communautaire
des maisons médicales
(1) Pendant l’été
95, Yves
Gosselain a
rencontré chaque
équipe. Les
interviews ont été
préparés par
Marie-Christine
Miermans
(Association pour
la promotion de
la santé de
l’Université de
Liège), Yves
Gosselain, Jean
Laperche,
Jacques Morel de
la Fédération des
maisons
médicales,
Michel Boutsen,
attaché à l’Ecole
de santé publique
de l’Université
libre de Bruxelles
et Alain
Deccache de
l’Université
catholique de
Louvain. Marie-
Christine
Miermans a
analysé ces
interviews et
rédigé un rapport
d’évaluation.
Yves Gosselain
Licencié en
communication
Chargé de
mission sur un
programme
d’intégration de
la prévention aux
activités des
maison médicales
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 49
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
peut-on espérer retirer des dynamiques de participation
?
• quels bénéfices et quelles contraintes attendre
pour les professionnels de la santé quand ils s’engagent
dans de telles dynamiques participatives ?
l Ce qui a été réalisé en 1995
En 1995, les réalisations des vingt-trois équipes ont
été nombreuses et variées :
Numéro 1 : la vaccination systématique des patients
à risque contre la grippe se réalise chaque année
dans la moitié des équipes.
Autres thèmes abordés : le sida, la toxicomanie, la
santé mentale, l’alimentation, l’activité physique,
le diabète, les problèmes respiratoires chez les enfants,
les maladies des enfants, les vaccins des enfants,
les dépistages des cancers, le cholestérol, le
stress, la solitude, les difficultés des parents avec
leurs bébés, la contraception, les situations de détresse
matérielle urgente, la garde à domicile d’enfants
malades, les soins palliatifs, l’excès de poids,
le décrochage scolaire, les logements sociaux, etc.
Des manières bien différentes d’aborder ces thèmes
:
• de l’action médicale préventive (gestion d’un
échéancier, examens de dépistage) ;
• à un travail de promotion de la santé en réseau
communautaire (contre le décrochage scolaire)
;
• et même un véritable militantisme au service
des familles défavorisées du quart-monde.
A tous les niveaux de prévention :
• la prévention primaire : les vaccins, la mise sur
pied d’un club de bébés où les parents du quartier
peuvent venir parler de leurs difficultés, la
participation à l’aménagement d’une plaine de
jeux de quartier près de logements sociaux, la
création de groupes d’entraide bénévole,
l’amélioration du couple « logement-santé »,
etc. ;
• la prévention secondaire : les examens de dépistage
;
• la prévention tertiaire : le suivi des patients diabétiques
ou les problèmes respiratoires chez
les enfants, etc.
Des moyens qui font preuve de créativité :
Organisation de la salle d’attente, visites à domicile
des familles à risque, distribution de brochures
d’informations, organisation de réunions santé,
enquêtes, publication d’un journal, etc.
Et des publics en tous genres :
Ce sont bien sûr les patients, mais aussi les habitants
du quartier, les écoles. Selon le projet, ce sont
les familles défavorisées ou les enfants, les jeunes,
les femmes, les parents, les personnes malades, etc.
l Quelle est la place dans ces projets pour une
participation effective des publics visés ?
Dans les interviews d’évaluation réalisés en été 95,
quelques équipes abordent les enjeux et la finalité
de la participation des patients : « quand on parle
de participation, il y a plusieurs enjeux : la responsabilité
des gens par rapport à leur santé et le questionnement
d’une équipe qui se demande si ses
actions correspondent aux besoins des gens du
quartier. Il est important de distinguer deux aspects
à la participation : à des projets santé et prévention
d’une part et à l’organisation de la maison médicale
d’autre part. Ce qu’on appelle participation,
ce n’est pas l’intégration des patients dans la gestion
de la maison médicale, c’est être attentif au
patient, à ses questions ; lui demander son avis,
l’aider à identifier ses problèmes pour qu’il les gère
au mieux lui-même. »
CAHIER
50 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Pour une maison médicale implantée en milieu
quart-monde : « la participation est notre leitmotiv
: donner la parole aux exclus de la société,
leur donner l’occasion d’exprimer leurs besoins,
leurs non-droits,... pour pouvoir changer les choses.
»
l Quels sont les effets bénéfiques attendus par
les équipes de la participation des patients ?
Un effet dynamisant, avoir un relais entre les
soignants et les patients, un lieu de réflexion sur
d’autres thèmes, un lieu de solidarité avec les plus
démunis.
Que les plus démunis puissent percevoir ce dont
ils ont besoin pour leur propre santé et qu’ils puissent
prendre la parole pour le demander.
Connaître la population, ses aspirations, ses difficultés.
Viser l’autonomie des gens.
Un dialogue entre soignants et patients. Pour les
patients, un lieu d’échanges. Pour les soignants,
avoir un interlocuteur.
l En quoi la participation des patients paraîtelle
en pratique difficile pour les soignants ?
« Chez nous, il y a une démobilisation des soignants
envers les patients. Les soignants ont peur d’être
dépassés par les activités de prévention alors que
les patients sont très demandeurs de la présence
des soignants. Il y a une difficulté pour le soignant
de prendre une autre place que celle qu’il a en consultation,
de vivre autrement son rôle de soignant
dans le cadre des réunions avec les patients.
Ce qui semble difficile, c’est la confrontation avec
les patients. C’est difficile de faire changer les habitudes.
»
Une confiance doit s’établir. Une relation de pouvoir
est en jeu : on a peur que les patients changent.
L’angoisse vient de la prise de conscience de
la distance qui sépare les soignants des attentes des
patients, de leurs projets.
Peur aussi de l’énergie que cela risque de demander.
Et comment faire ? Comment associer différents
publics hétérogènes ?
« La participation est plus difficile avec les familles
belges très déstructurées qu’avec les familles immigrées.
Les gens ont des difficultés de participation,
il n’est pas facile pour eux de s’exprimer, de
critiquer... On a relevé dans d’autres maisons médicales
le rapide essoufflement des groupes de patients.
Pour les soignants aussi, il est difficile de
participer à des programmes de prévention. »
« La rencontre avec les patients est difficile : on
ne voit pas comment s’y prendre. On rêvait d’une
association de patients qui allait tourner toute seule.
Or les patients nous interpellent et attendent des
choses de nous, c’est dynamisant. »
l Quelles sont les résistances à la participation
des patients ?
Sur base des réponses des soignants lors de l’évaluation
de l’été 1995, on peut schématiquement regrouper
les résistances exprimées par ces soignants
en trois catégories : les résistances attribuées à la
population, les résistances reconnues par les
soignants et les résistances attribuables aux relations
entre les soignants et les patients.
Résistances attribuées à la population
le patient est-il demandeur de participer ?
Attend-il autre chose que le curatif ?
il est difficile de faire changer les habitudes
des patients ;
il y trop ou trop peu de patients à la maison
médicale ;
les patients les plus mobilisables sont ceux qui
sont les plus responsables (ce serait toujours
les mêmes qui viendraient) ;
les formes connues de participation de patients
ne sont pas représentatives de l’ensemble des
patients ;
la population des patients est hétérogène ;
les populations défavorisées, immigrées ou
déstructurées n’entreront pas dans un processus
de participation ;
les patients qui participent vont s’essouffler...
Table RondeÊ : Approche communautaire des maisons médicales
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 51
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
Résistances reconnues par les soignants MEDICALES
on n’a pas envie de retrouver toujours les mêmes
patients ;
on n’a pas le temps, on doit déjà être superdisponible
pour les patients sans y ajouter des
réunions supplémentaires avec eux ;
on n’a pas envie ou on a peur de traiter certains
aspects :
résistances liées à la philosophie de la maison
médicale ;
résistances liées à l’argent, à la gestion de la
maison médicale ;
certains problèmes de santé n’intéressent pas
l’équipe des soignants ;
l’essoufflement des soignants ;
la difficulté des soignants à participer à des
projets autres que curatifs (prévention, participation
des patients) ;
il y a déjà beaucoup d’autres choses à faire au
sein même de l’équipe ;
démobilisation due à des expériences précédentes
négatives ;
c’est au soignant de s’adapter si c’est lui qui a
un projet envers les patients ;
on a peur que les patients changent ;
diversité des soignants dans l’équipe ;
il est difficile pour les soignants de prendre un
autre rôle que celui de la consultation individuelle
;
il y a peu de conscience collective de projets
de santé chez les soignants.
Résistances attribuables aux relations
soignants-patients
en prévention, c’est le soignant qui perçoit un
risque, c’est donc lui qui prend généralement
l’initiative (à l’inverse du curatif où c’est le
patient qui prend l’initiative de la plainte et de
la demande) ;
il y a une confiance à établir ;
la participation des patients engage l’image de
l’équipe des soignants, celle-ci doit donc y être
préparée au préalable ;
il y a des enjeux de pouvoir : jusqu’où seraient
emmenés les soignants par les démarches participatives
des patients ?
l’équipe serait interpellée par les patients ; ces
derniers attendent quelque chose des
soignants ;
les soignants risquent de prendre conscience
de la distance qui les sépare des attentes des
patients.
l Des indices de participation des patients
La participation du patient est visible, est en chemin
lorsque...
... le patient (dit qu’il) s’exprime plus facilement
auprès des soignants à propos de sa santé, des traitements
ou de ses relations avec le monde médicale
(une variante dans une maison médicale étant
la réalisation de sketches par les patients) ;
...le patient (dit qu’il) se sent plus à l’aise pour interpeller
un spécialiste consulté en dehors de la
maison médicale ;
...le patient (dit qu’il) estime être dans une relation
de confiance avec les soignants de la maison médicale
;
...le patient a la possibilité d’établir un dialogue
avec un soignant, à un même niveau de parole (aux
Marolles, par exemple, cela se marque dans le style
direct des échanges et le tutoiement, bien que ces
indices soient insuffisants à garantir, à eux seuls,
un véritable échange) ;
...le patient est apte à refuser un traitement, un vaccin
ou de façon plus générale à modifier la relation
patient-soignant ;
...hors contexte maison médicale, le patient - habitant
du quartier fait appel aux soignants de la maison
médicale pour qu’ils participent (!) à un projet
santé organisé par une association d’habitants ;
...les patients participent nombreux à une enquête
sur leur santé ;
...le patient exprime sa satisfaction à répondre à
une enquête sur sa santé ;
...les patients s’organisent entre eux (ou avec les
soignants) pour préparer des activités et éventuellement
pour créer un comité de patients ;
...le patient participe activement aux activités et
réunions organisées par d’autres patients ou par les
soignants à son intention ou à l’association de patients
;
...les patients les plus démunis ont accès aux soins
et autres activités de la maison médicale (et y prennent
réellement part)...
l En Conclusion
Cette recherche action visant à structurer des projets
réfléchis de prévention fait apparaître quelques
dimensions de la participation des patients :
1. La participation est parfois une ressource pour
des projets de prévention : les patients sont demandeurs
de plus de prévention et la prise en compte
de cette demande incite les soignants à une attitude
plus active dans ce domaine.
CAHIER
52 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
La participation directe des patients à la mise sur
pied de projets de prévention facilite la communication
entre les patients et les soignants et a un effet
mobilisateur et dynamisant.
2. La participation des patients est aussi un enjeu
en soi : le pouvoir des choix et des décisions
est au centre du débat pour plus d’autonomie et
une meilleure compréhension des rôles de chacun
en santé.
3. La participation des patients est une contrainte
supplémentaire pour les professionnels de la santé
qui veulent développer des projets de prévention.
Micky Fierens
En 1985, la maison médicale de Barvaux prend
l’initiative d’inviter des patients de la maison médicale
pour constituer un groupe de réflexion sur
la santé. Une trentaine de patients répondent à l’appel
: l’asbl Forum Santé est née.
Ce sont surtout des femmes, probablement plus
disponibles ou plus intéressées par les questions
de santé. Mais il y a aussi des jeunes, des personnes
plus âgées, quelques pensionnés, des enseignants,
des secrétaires, des femmes de ménage...
Certainement pas que des intellectuels.
Nous nous réunissons une fois par mois et le
compte-rendu de la réunion est envoyé à tous les
membres et affiché dans la salle d’attente. Les personnes
qui viennent aux consultations peuvent ainsi
prendre connaissance de notre travail. Nous ne
manquons jamais de rappeler que l’asbl Forum
Santé est ouverte à tous les patients de la maison
médicale.
En onze ans d’existence, nous avons abordé divers
sujets en rapport direct avec la santé : la pharmacie
familiale, l’allaitement, l’alimentation, la dépression
nerveuse, l’accompagnement des mourants,
l’homéopathie, le stress, les maux de dos.
Nous travaillons en ce moment sur l’écoute.
Les sujets sont choisis librement. Ces discussions
aboutissent presque toujours à une action concrète.
La réflexion sur la pharmacie familiale a conduit à
réaliser un feuillet sur ce sujet, mis à disposition
dans la salle d’attente, ainsi qu’à la création d’une
banque de médicaments. Nous avons organisé des
conférences sur l’allaitement maternel, l’homéopathie,
le stress, et invité un psychiatre à nous parler
de dépression nerveuse.
Nous avons également créé deux groupes d’entraide
qui fonctionnent maintenant d’une manière
autonome tout en faisant partie de l’asbl : le groupe
« Nénuphar », qui apporte une aide aux personnes
atteintes d’un cancer, et le groupe « Porte ouverte »
qui propose un lieu de rencontre et d’échange pour
des personnes souffrant de solitude.
Nouveau aussi, notre journal : Forum Santé Magazine
qui est envoyé à tous les patients de la maison
médicale. Une cellule s’occupe de son édition
et tous les patients peuvent y participer.
Nous avons eu un passage à vide, une impression
de tourner en rond ou de servir, nous patients,
d’alibi aux soignants. Le nombre de patients dans
l’asbl a diminué dangereusement. Nous avons eu
l’idée à ce moment de faire une enquête auprès des
patients de la maison médicale (10 % par tirage au
sort). Nous voulions permettre à davantage de personnes
d’exprimer leur intérêt pour la santé en générale,
leur santé et le fonctionnement de la maison
médicale de Barvaux en particulier. Nous avons
eu un taux de réponses assez élevé (57 %) et l’analyse
des résultats nous a permis de recentrer nos
objectifs et de redynamiser l’asbl. Plusieurs patients
nous ont d’ailleurs rejoints depuis lors.
Cette enquête a révélé que la majorité des personnes
considèrent la santé comme très importante.
Ils s’en sentent responsables et estiment que leur
médecin est co-responsable. Globalement, les patients
se disent satisfaits de l’écoute et de l’efficacité
de l’équipe soignante et ne se plaignent que
d’aspects secondaires, comme l’aménagement de
la salle d’attente et les temps d’attente trop longs,
ce qui a été amélioré depuis par l’instauration de
plages de rendez-vous.
Cette enquête nous a aussi valu les foudres de l’Ordre
des médecins qui nous accusait de faire du rabattage
de clientèle. Condamnés à la peine la plus
légère, l’avertissement, nos médecins, soutenus par
l’asbl et la majorité des patients de la maison médicale,
ont finalement été acquittés en appel. Nous
avions également reçu soutien et encouragements
des universités belges, de personnalités politiques
et de la presse. Il était important pour nous de ne
pas être condamné pour un acte que nous estimions
intéressant pour la santé publique.
Tous les membres de l’asbl sont bénévoles. Nous
avons engagé une assistante sociale pour mieux
gérer et coordonner nos activités. Elle supervise
les activités des groupes d’entraide et fait le lien
Micky Fierens
Responsable de
l’asbl Forumsanté,
groupe de
patients de la
maison médicale
de Barvaux.
Table RondeÊ : Approche communautaire des maisons médicales
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 53
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
entre eux et l’asbl, organise les réunions, prend les
contacts à l’extérieur et assure le suivi des réalisations.
l Que nous apporte l’existence de l’asbl, à nous
patients ?
La participation des patients dans l’asbl est réelle.
Nous visons à créer un vrai dialogue entre soignants
et soignés, à développer une réflexion sur la santé
en générale et sur la prévention en particulier, à
parler de santé et non de maladie. Les contacts sont
simples et cordiaux, empreints de respect mutuel
et permettent de démystifier le médecin, de le considérer
plus comme une personne humaine, avec
ses qualités et ses défauts.
Les soignants sont sur un pied d’égalité avec nous
lors des réunions. Nous pouvons nous exprimer sur
notre santé, sur les problèmes au quotidien, hors
des limites habituelles du cabinet médical et des
consultations. Cette expérience nous aide à être plus
à l’aise lors de consultations chez un spécialiste
par exemple, où nous oserons plus facilement émettre
notre opinion ou même marquer notre désaccord.
Car il ne faut pas oublier qu’en temps normal,
nous, patients, nous trouvons d’office dans
une position d’infériorité dans la relation soignantsoigné.
D’abord on est malade, désemparé, ensuite
nous sommes la plupart du temps moins instruits
que lui, dans une position de demandeur, enfin nous
manquons d’éléments pour juger son diagnostic ou
son traitement : on n’ose pas toujours le questionner,
encore moins lui dire « non, je ne suis pas d’accord
! »
Même un médecin sympa et ouvert reste une autorité
pour le patient. Nous avons pourtant aussi à lui
apprendre : notre vécu
de la maladie, notre
expérience, notre « savoir
profane ». Nous ne
voulons pas que le médecin
soigne notre maladie
à notre place,
mais qu’il nous aide à
la gérer en tenant
compte des éléments
que nous pouvons lui
apporter.
L’asbl nous permet de
revoir notre relation
avec les soignants dans
ce sens, de mieux les
comprendre, de se rendre compte qu’eux aussi ont
des craintes, n’arrivent pas toujours à faire passer
certains messages.
La prévention est un exemple typique de ce dialogue
parfois difficile : qui doit en parler d’abord ?
Le patient n’attend-il pas que le médecin suggère
certains examens, et le médecin osera-t-il parler
de dépistage du cancer à une personne qui vient le
consulter pour une grippe ? Entendons nous toujours
les conseils qu’il nous donne ? Pour nous
patients, réaliser que les médecins ont aussi des
difficultés nous fait prendre conscience du rôle que
nous avons à jouer dans cette relation. S’il nous
semble évident que le médecin doit être à l’écoute
de son patient, ce dernier doit également collaborer,
être un partenaire actif dans la gestion de sa
santé.
Les patients qui participent aux réunions de l’asbl
sont unanimes pour dire que les réunions nous rapprochent,
nous aident les uns comme les autres à
mieux vivre les problèmes de santé quotidiens. Le
patient se sent plus à l’aise dans sa relation avec
des soignants en général et plus concerné par sa
santé.
En plus, de cette relation facilitée avec les
soignants, qui est le but principal, il y a les choses
que nous apprenons grâce aux sujets abordés dans
nos réunions - ce qu’est l’homéopathie, comment
réagir avec une personne déprimée, comment gérer
son stress, éviter le mal de dos...
Et c’est certainement très riche aussi d’échanger
des idées et d’écouter des personnes avec qui nous
n’aurions peut-être jamais eu de contacts sans
l’asbl. Chacun a quelque chose à apporter aux
autres, si on se donne la peine d’écouter.
La maison
médicale de
Barvaux a été
créée en 1983
par trois
médecins qui
travaillaient déjà
en association de
fait depuis 1978.
Elle s’est étoffée
petit à petit et y
travaillent
aujourd’hui
quatre médecins
généralistes,
deux infirmières,
deux kinés
et une logopède.
CAHIER
54 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Jean Laperche
L’image que nous avons des patients, au sein de
notre équipe, a été transformée par ces projets avec
les patients. Au départ, nous avions peur de voir
des patients qui se plaignent, qui revendiquent, qui
critiquent. C’est tout le contraire qui s’est passé.
Nous avons vu des personnes très constructives,
dynamiques, géniales et qui avaient envie de faire
bouger les choses. Pour l’instant, très concrètement,
un groupe d’entraide sur la solitude s’est mis en
place. Ce groupe est totalement autonome. Il se
réunit toutes les semaines et est très actif dans de
nombreux domaines. Lundi dernier nous avons
commencé un cycle de formations sur l’écoute. Il
y avait vingt-trois personnes à cette formation, dont
cinq soignants de la maison médicale et dix-huit
patients. C’est un petit exemple de ce que nous
sommes en train de faire. La manière dont nous
percevons les patients qui viennent en réunion, mais
également tous les autres a véritablement été transformée
et le jeu en vaut la chandelle.
Table RondeÊ : Approche communautaire des maisons médicales
Jean Laperche
Médecin
généraliste.
Responsable du
secteur éducation
à la santé à la
Fédération des
maisons
médicales.
l
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 55
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES Question
Je suis surpris de remarquer qu’au cours de cet
après-midi, il y une idée dominante, écrasante pour
ne pas dire unique : la médecine est devenue une
branche annexe de la sociologie.
On a totalement oublié, à part dans un quart de
schéma de Monique Van Dormael et dans une petite
remarque en finale, que les êtres humains ne
sont pas seulement des babouins ou des macaques,
avec des dominants et des dominés, mais des êtres
qui parlent, qui réfléchissent, qui désirent.
Lorsqu’on travaille dans une maison médicale, on
écoute d’abord des gens qui parlent de leur manière
d’être au monde, de l’histoire de leur maladie
et pas simplement de gens que l’on classe dans
une catégorie sociologique quelconque.
l Réponse de Marc Renaud
C’est, me semble-t-il, un faux débat. Cela me rappelle
une anecdote. Un jour Georges Bernard Shaw,
dramaturge anglais, rencontre Mr Churchill et lui
dit : « Mr Churchill, voici deux billets pour venir
voir ma pièce de théâtre. Un billet pour vous et
l’autre pour un de vos amis... si vous en avez un ».
Churchill lui répond : « Mr Shaw, je suis extrêmement
flatté que vous me donniez ces billets. Je ne
pourrai malheureusement pas aller à la première
représentation, mais j’irai à la seconde... s’il y en a
une ».
En d’autres mots, on peut aborder les problèmes
par différents côtés. Il est évident que les gens parlent,
désirent, pensent, aiment, donnent sens à leur
vie : les approches sociologiques ou épidémiologiques
ne nient pas cela. Ce qu’elles prétendent,
c’est que la catégorie sociale à laquelle on appartient,
la position sociale que l’on occupe, colore
énormément la manière dont on pense, dont on
désire,...
l Réponse de Pierre Drielsma
Je voudrais ajouter que, même dans les développements
psychanalytiques de l’enfant, les problèmes
de dominance se posent. Ils se posent dans sa
fratrie, ils se posent dans ses rapports avec ses parents.
On aurait donc tort d’exclure ce type de catégorie
de la structuration de l’individu dans son
plus jeune âge.
Le débat
Question
Je voudrais poser une question concernant la participation
communautaire mise en oeuvre dans les
maisons médicales telle que l’expérience nous l’a
présentée. Quel est le rôle du patient pendant la
consultation curative par rapport à son rôle relatif
aux aspects préventifs ? Est-ce qu’il participe ? J’ai
cru entendre que le soignant avait peur que le patient
ne joue pas son rôle.
l Réponse de Micky Fierens
En règle générale, le patient ou l’usager est concerné
par sa propre santé, a envie de la prendre en
charge, et de se faire aider par son médecin quand
il ne peut plus le faire lui-même. Ce n’est pas une
demande de gérer sa santé à sa place, mais une
demande d’aide. Voir le médecin dans un autre
cadre que le cabinet médical nous apporte énormément.
Cet effet là fait boule de neige et va audelà
de la relation avec son propre médecin. Cela
apprend également au médecin à répéter le même
schéma avec d’autres, et nous, patients, répétons
ce schéma là aussi avec d’autres personnes, ou
ailleurs.
l Réponse de Jean Laperche
Nous avons appris à faire confiance au patient et
surtout dans le curatif. Un exemple très simple :
pour l’instant, il y a une épidémie d’infection virale
respiratoire. Nous demandons systématiquement
à la maman ce qu’elle a déjà donné à son
enfant avant de venir à la consultation. On part de
sa pratique à elle avant de proposer un autre traitement.
C’est cela aussi faire confiance aux gens.
Mais cette confiance ne vient pas toute seule, il
faut la construire. C’est grâce à tout le travail de
réflexion et de conscientisation que nous effectuons
dans nos réunions avec nos patients, que nous pouvons
aussi travailler cette confiance dans les relations
que nous avons.
l Réponse de Thierry Poucet
Si je peux ajouter un mot : les médecins qui sortent
de la consultation avec un taux de confiance
plus élevé et donc un taux de stress plus bas ont
toutes les chances d’augmenter leur espérance de
vie !
CAHIER
CAHIER
56 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
Question
On parle de vingt milliards et jusqu’à quarante
milliards de déficit budgétaire. J’entends que ce
qui serait intéressant, ce n’est pas de continuer à
développer des coûts qui ne conduisent pas à une
amélioration de la santé. Comment peut-on les redistribuer
en tenant compte de ce qui a été dit des
déterminants sociaux de santé. Est-ce que la Fédération
des maisons médicales a des perspectives
opérationnelles par rapport à cela, et quels sont les
partenaires que l’on peut réunir autour d’une table
pour faire évoluer les choses dans ce sens ?
l Réponse de Aldo Perissino
Je n’ai évidemment pas de réponse à la question,
mais on peut examiner les tendances actuelles. J’ai
dit les soucis que j’avais par rapport aux démarches
d’évaluation telles qu’elles se développent.
Ce sont des soucis, pas un refus. Même si les tendances
ne sont pas neutres, même si elles résultent
d’intentions qui ne sont pas toutes celles que je
souhaiterais, c’est-à-dire des meilleurs soins pour
tous, je pense que la tendance générale actuelle est
satisfaisante, mais il ne faut pas s’endormir sur le
fait quelle existe tout simplement. Remarquons que
cette tendance là est aussi animée par un souci de
contrôle des coûts bien entendu.
L’autre volet du changement a déjà été largement
évoqué : nous vivons dans un système principalement
hospitalo-centriste. La Belgique compte énormément
de spécialistes et beaucoup d’hôpitaux. On
à partir exclusivement de la décision politique. Il
faut donc un peu structurer, assurer et relayer par
les acteurs de terrain qui ont assez de conviction
pour s’y accrocher. Ce n’est pas une réponse très
encourageante pour demain, mais j’espère qu’elle
l’est pour après-demain.
l Réponse de Marc Renaud
La direction est claire pour l’organisation des soins
du futur. Il faut un virage ambulatoire. On n’a plus
besoin d’autant de lits de soins aigus que par le
passé. Les technologies permettent de prendre en
charge les patients dans d’autres complexes que
l’hôpital. Si la direction est claire, la difficulté est
de savoir comment y arriver. Au Québec, une réforme
majeure est en route. On veut passer de 3,5
lits de soins aigus par mille habitants à 1,5. Donc,
fermer deux hôpitaux sur trois. C’est extrêmement
difficile. Il y a le problème de la reconversion du
personnel, il y a la révolte populaire, mais en bout
de piste, on y arrivera. Il faut revaloriser les soins
de santé primaires, ce qui donnera la meilleure
médecine. Il faut donc prendre les ressources du
milieu hospitalier, les virer dans les soins de santé
primaires et utiliser au mieux les technologies du
système.
l Réponse de Pierre Gillet
Vous avez raison de dire : en 1996, vingt-cinq à
vingt-neuf milliards de déficit, en 1997, vingt-deux
milliards sont attendus.
Cinq scénarios sont sur la table des ministres :
• premier scénario : on bouche le trou en augmentant
la fiscalisation, c’est la piste de la cotisation
sociale généralisée ;
• deuxième scénario : les cotisations sociales classiques
que l’on connaît ;
• troisième scénario : augmentation du ticket modérateur
avec augmentation de la sélectivité et
franchise sociale ;
• quatrième scénario : abandon de certains paquets
comme la kinésithérapie ou la dentisterie ;
• cinquième scénario et c’est le meilleur : choisir
le plus utile dans la médecine et faire des réformes
structurelles (échelonnement), vider les hôpitaux.
La Belgique n’est certainement pas mieux lotie que
le Canada : nous sommes à cinq lits aigus pour mille
habitants et on hésite à réduire à 4,8 pour mille. Il
faudrait fermer trente mille lits en Belgique pour
atteindre ce que le Québec tente d’atteindre.
Il faut revaloriser les soins de santé
primaires, ce qui donnera la
meilleure médecine. Il faut donc
prendre les ressources du milieu
hospitalier, les virer dans les soins
de santé primaires et utiliser au
mieux les technologies du système.
sait de manière scientifique
que cela n’est pas bon pour
les gens ni pour les systèmes
de soins en termes de coûts.
Donc il faut changer. Il y a
une volonté de changer, d’aller
vers un système qui se
recentre beaucoup plus sur
les soins de santé primaires.
Mais, cela va à l’encontre
des intérêts élémentaires et légitimes de toute une
catégorie de travailleurs de la santé. On ne peut
pas reconvertir du jour au lendemain l’ensemble
du personnel hospitalier dans les soins de santé
primaires. Si on veut que le système évolue dans
une direction plus satisfaisante pour la qualité des
soins, pour la satisfaction du patient, pour l’autonomie
de la santé, il faut une certaine durée. Dans
notre système, il est difficile d’obtenir cette durée
Le débat
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 57
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
l Réponse de Michel Roland MEDICALES
Un petit mot sur le virage ambulatoire. Il y a dix
mille arrêts cardio-respiratoires par an en Belgique.
On sait que les arrêts cardio-respiratoires tuent,
et qu’on a cinq à six minutes pour intervenir. Le
délai moyen d’arrivée d’une ambulance à Bruxelles
est de cinq à six minutes, et celui d’une ambulance
SAMU demande huit minutes de plus. Quand
le SAMU arrive sur place, treize minutes en
moyenne se sont écoulées. Il y a là deux politiques
possibles : continuer comme ça, ou apprendre aux
gens à réanimer sur place, créer des responsables
sanitaires dans les entreprises, dans les groupes
sociaux, dans les collectivités. Quand la réanimation
est engagée par des non professionnels endéans
les cinq à six minutes la survie est de 10 à 15 %.
Quand elle est engagée par des professionnels du
SAMU elle est de 5 %. Faut-il encore construire
des SAMU, des hôpitaux, des unités coronaires et
continuer à ponter et ponter, ou faut-il apprendre
dès l’école à reconnaître ce qu’est un arrêt cardiorespiratoire,
ainsi que quelques mesures élémentaires
que les non professionnels entraînés font
souvent mieux que des professionnels. Le problème
se pose de la reconversion du personnel hospitalier
de ces unités. Or, on continue aujourd’hui a
investir, et il y a tout un mouvement des urgentistes
pour maintenir le taux de lits envers et contre tout...
Question
J’ai l’impression que la plupart des interventions
d’aujourd’hui voulaient démontrer que l’être humain
ne serait pas un être vivant en société, mais
une sorte d’abstraction, d’être immatériel vivant
en société. Je peux souscrire à ce que dit Marc
Renaud concernant les déterminants de la santé,
mais son approche est incomplète. Je ne pense pas
que les revenus de quelqu’un déterminent s’il est
malade, mais plutôt que c’est l’exposition à une
série de produits toxiques, soit dans son style de
vie, soit dans l’environnement qui est en cause.
L’approche du Dr Gillet qui affirme que le cancer
est déterminé en grande partie par la condition sociale
me semble peu crédible. Depuis vingt cinq
ans, je m’occupe de l’étude du cancer et j’ai rencontré
très peu d’éléments allant dans ce sens, et
une masse énorme d’éléments allant dans le sens
de mutations somatiques qui déterminent l’incidence
du cancer.
Au sujet de ce qu’a dit Monique Van Dormael sur
la modernité des soins, je considère que l’accompagnement
des patients dans leur phase de vie terminale
au travers du dédale des interventions techniques
est du ressort du médecin généraliste, et ne
peut pas être laissé au médecin spécialiste.
l Marc Renaud
On n’est décidément pas sur la même longueur
d’onde. L’évidence scientifique aujourd’hui montre
qu’on ne peut pas tout réduire aux habitudes de
vie : nutrition, tabac,... Une expérience réalisée aux
Etats-Unis peut l’illustrer. On a enseigné à dix mille
hommes à bien se nourrir, à ne pas fumer, on les a
aidé, on leur a donné tous les appuis et on les a
Il faudrait fermer trente mille lits en
Belgique pour atteindre ce que le
Québec tente d’atteindre.
comparés à dix mille autres.
Au bout de dix ans, il n’y
avait pas de différence entre
les deux groupes. Pourquoi ?
Parce qu’on a agi que sur les
habitudes de vie des gens sans tenir compte du contexte.
Le médecin responsable de cette étude n’en
revenait pas. Il passait son temps à expliquer aux
gens de ne pas fumer et retrouvait en rue des gamins
en train de fumer. Il a alors compris que son
action ne devait pas porter sur les individus, mais
sur la communauté pour faire en sorte que le tabac
ne soit plus acceptable, pour faire en sorte que l’environnement
global dans lequel les gens vivent soit
plus acceptable. Je crois donc que le principe classique
de l’épidémiologie est en train d’être dépassé.
Ceci étant dit, je suis d’accord d’admettre que le
schéma dominant / dominé est un peu simple. On
a constaté que ceux qui parmi les dominés peuvent
voir le bon côté des choses subissent nettement
moins les effets de leur situation de dominé que
ceux qui ne peuvent pas voir ce bon côté. Il y a là
des éléments de personnalité aussi.
l Monique Van Dormael
Je voudrais réaffirmer, si cela n’a pas été clair tout
à l’heure, que les soins de santé primaires et la technologie
ne sont pas opposés. Des soins de santé
primaires qui ne bénéficient pas, quand c’est nécessaire,
de l’appui de la technologie, sont relativement
démunis et cela se voit particulièrement
dans les régions rurales au tiers-monde où il y a un
hôpital, mais pas de possibilité de faire des interventions
chirurgicales. Toute la prévention maternelle
et la surveillance prénatale tombe à l’eau si
on ne sait pas faire une césarienne. Une femme qui
CAHIER
58 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
a besoin d’une césarienne va mourir en couche. La
technologie est donc bien évidemment nécessaire.
D’autre part, quand le patient en arrive à devoir
être suivi à l’hôpital et soumis à cette technologie,
qui doit assurer son suivi ? Ce devrait être le généraliste
dites-vous. J’aurais tendance à être d’accord,
mais pas dans l’absolu et il faudrait veiller à ce
que cela ne devienne pas une revendication corporatiste
des médecins généralistes.
Il y a une raison à ce que ce soit le généraliste,
parce qu’il est dans la grande majorité des cas celui
qui connaît le mieux le patient, et il est donc
capable de faire la synthèse entre les éléments existentiels,
entre l’environnement psychosocial du
patient et ces éléments techniques. Mais, il peut
arriver que des pathologies prennent une telle importance
que c’est le spécialiste qui en arrive à
mieux connaître le patient parce que c’est lui qui
le voit le plus souvent. Et à ce moment là, il faut
reconnaître que ce ne sera plus le généraliste qui
sera le mieux placé pour assurer le suivi, mais un
interniste capable d’assurer ce suivi. Il s’agit d’un
problème où la spécialité devient prépondérante
dans sa relation avec le patient.
Il faut donc toujours bien connaître le pourquoi des
choses. Ce n’est pas par principe corporatiste de
défense d’intérêt de la médecine générale, mais
parce qu’il y a un bénéfice potentiel pour le patient.
Et quand ce bénéfice n’est plus là, la revendication
des soins de santé primaires d’avoir cette
place là tombe aussi.
l Pierre Gillet
Ce que vous qualifiez
de peu crédible provient
d’études scientifiques
nombreuses.
Peut-être avons-nous
été trop catégoriques
en ne présentant
qu’une facette des
choses : les mutations
somatiques existent.
Mais comment expliquer
que cette distribution
des mutations
somatiques ne soit pas
aléatoire ? L’histoire de quatre mille quatre cents
individus suivis pendant six ans démontre qu’il y a
un risque relatif de cancer de 2,07 fois supérieur
chez les personnes qui ont connu l’expérience du
chômage. Et lorsqu’on ajuste par la morbidité au
début des six années d’enquête, on tombe de 2,07
à 1,87 en tenant compte des tous les autres facteurs
comme le tabagisme et autres éléments. Nous
ne nions pas les influences connues mais il y a
d’autres facteurs que ces éléments.
Le débat
l
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 59
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
Je souhaite à la Fédération des maisons médicales
un bon anniversaire au nom du Secrétariat européen.
Vous êtes en bonne santé si l’on en juge par
les critères donnés cet après-midi : d’être au Palace
Hôtel, au huitième étage, c’est que vous vous
considérez en bonne santé.
Je voudrais aussi vous dire merci, parce que c’est
le 30 mai 1987, il y a presque dix ans, à la suite
d’un colloque tenu à Bruxelles, sur le sujet « Centre
de santé, base d’une politique de santé » qu’a
été créé le Secrétariat européen des pratiques de
santé communautaire.
La réalité en France est fort différente, mais les
questions et les problématiques sont les mêmes,
comme en Italie et en Espagne. Il y a un an a été
votée une série de lois dans le cadre du plan Juppé.
C’est sans doute le dispositif d’organisation du
système de soins et de protection sociale le plus
complet, le plus structuré, le plus pertinent depuis
la libération. Et quoiqu’on en pense, il pose toutes
les questions dont vous avez débattu : la question
des soins de santé
primaires, de la
place respective
du premier niveau
et de la spécialité,
de la place des
usagers. Mais en
même temps, il est
particulièrement
compliqué à comprendre
dans ses
finalités pour la
plupart des acteurs,
que ce soit
la population ou
les professionnels,
et on assiste à un
débat dans notre
pays où il est bien
difficile de reconnaître
les siens.
Aujourd’hui, il est
prévu qu’il y ait
des conventions
séparées, l’une
pour la médecine générale, l’autre pour les spécialités.
On a mis en place un carnet de santé que reçoivent
tous les assurés sociaux. Pour illustrer ce
qu’il signifie dans notre réalité - vous avez parlé
de la nouvelle place des usagers - il est intéressant
de constater que les assurés sociaux, les usagers
viennent en rangs serrés avec leur carnet de santé
dans les cabinets médicaux ... et que les médecins,
dans leur majorité, boycottent ce carnet de santé
soit sur le fond soit sur la forme, conseillant même
aux patients de le mettre à la poubelle, expliquant
à quel point il est un danger pour le secret médical.
On assiste là à un exemple concret de confusion
entre l’économique et la pratique médicale. Si ce
n’était qu’un débat médical, on dirait qu’il permet
d’améliorer la continuité, la rigueur, etc. Dans la
mesure où ce document sera obligatoire pour être
remboursé, cela pose problème aux assurés et aux
médecins.
Ce carnet devra être présenté au généraliste avant
tout passage chez le spécialiste, ce qui est source
de conflits entre eux. Débat compliqué où se mêlent
de façon confuse
l’éthique médicale,
les aspects de
nouvelle pratique
médicale et les aspects
économiques.
Aujourd’hui il y a
une alliance de fait,
assez curieuse, entre
un syndicat de médecins
généralistes
(MG France) et la
Caisse nationale
d’assurance maladie
pour mettre en place
de façon assez brutale
et volontariste
un système de premier
niveau basé sur
la place du médecin
généraliste. On ne
sait pas encore comment
cela va se mettre
en place : uniquement
sur base des fi-
Marc Schoene
Vice président du
Secrétariat
européen des
pratiques de
santé
communautaire.
Directeur de la
santé à la mairie
de Saint-Denis.
Président de
l’Insitut
Renaudot - Paris.
Secrétariat européen des
pratiques de santé
communautaire
CAHIER
CAHIER
60 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
lière ? Y aura-t-il des échappements possibles à ces
filières ? La situation française paraît ainsi plus
explosive que la vôtre en Belgique. Il faut savoir
qu’en France le dossier médical n’est obligatoire
pour les médecins que depuis un an, que la formation
médicale continue va seulement le devenir.
Certains pays comme l’Espagne sont beaucoup plus
avancés sur les questions de premier niveau de soins
et de santé communautaire. Nous, nous en sommes
simplement à l’enjeu des soins de santé primaires.
Une de nos interrogations par rapport au
virage ambulatoire tel que les Québécois le mettent
en place, c’est qu’il peut être un défi positif à
condition que le niveau primaire soit capable de
prendre le relais du niveau secondaire, ce qui
aujourd’hui, en France, est loin d’être le cas.
Au plan politique, nous craignons que ce qui se
met en place soit un système à plusieurs niveaux
sur le plan de la protection sociale et de la distribution
des soins. Un premier niveau serait un niveau
d’assistance qui couvrirait la population la plus
démunie par des systèmes peut-être différents de
ceux de de la sécurité sociale. Un deuxième niveau
correspondrait au système de solidarité, c’està-
dire le système actuel de la sécurité sociale. Le
troisième serait un système à échappement libre
qui serait confié aux assurances et soumis aux lois
du marché et de la concurrence..
Nous nous demandons également comment aborder
la santé communautaire au-delà des limites
étroites du système de soins. En d’autres termes,
comment réaliser les articulations avec les autres
intervenants de la vie, de la cité comme les architectes,
les assistants sociaux, etc. Certaines villes
en France sont engagées dans les concepts de Ville-
Santé, d’autres réfléchissent aux concepts de développement
durable. Ce seront peut-être de nouveaux
axes de réflexion auxquels nous sommes
aujourd’hui peu habitués.
Je voudrais terminer en disant à quel point, dans
une situation politique et économique difficile, nous
avons besoin de conforter et de renforcer le Secrétariat
européen, de continuer nos échanges pour
faire de cette démarche de santé progressiste et
ouverte, un lobby assez puissant pour faire pièce à
la tendance économiste, et rendre la priorité aux
usagers.
Secrétariat européen des pratiques de santé communautaire
l
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 61
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
MEDICALES
Pour clôturer cette assemblée, quelques enjeux
méritent d’être soulignés et quelques pistes directrices
de notre programme d’action mises en avant.
Dans la situation actuelle, tous les systèmes de santé
sont en difficulté, non plus conjoncturelle mais
structurelle. Il ne s’agit pas seulement de limiter
des dépenses et de réaffecter des ressources, il s’agit
de maintenir les finalités d’un système de santé,
c’est-à-dire d’améliorer la santé des citoyens. Tant
la pratique que les études montrent les limites de
l’efficacité des systèmes en terme de bénéfice de
santé pour les populations et combien la santé est
déterminée par de nombreux facteurs de la vie sociale
qui interpellent d’autres acteurs que ceux de
la santé.
Notre proposition tient compte de ces déterminants
de santé tant sur le plan socio-économique que
éducatif, culturel et environnemental.
Elle se fonde sur deux préalables :
• la santé concerne des individus dans leur globalité
et leur autonomie ;
• la santé est un secteur de la vie de nos sociétés
pour lequel nous revendiquons des valeurs
d’équité et de solidarité.
La réponse adaptée aux besoins de santé se construit
avec la participation de la population sur une
prise en compte de ses problèmes et l’utilisation
optimale de ses ressources. Les maisons médicales
s’inscrivent dans le développement de la médecine
sociale et de la santé communautaire.
l Insérer la santé dans la cité
Les maisons médicales ont pour certaines près de
vingt-cinq ans. Les premières sont nées en 72, largement
en opposition à l’exclusivité du modèle
spécialisé signifié par l’hôpital comme lieu de l’urgence,
de la connaissance, du savoir-faire médical,
de l’exploit voire de la toute-puissance.
Elles occupent une place particulière dans le paysage
des soins de santé en Belgique. Le constat
actuel est celui de leur pérennité et de leur développement.
Elles sont quarante-cinq en Communauté
française, représentant environ cinq cents travailleurs.
Le constat est aussi celui de leur maturité
progressive.
Le concept « maison médicale » s’est enrichi de
l’évolution scientifique et politique internationale,
de l’expérience partagée par les équipes dans leur
originalité et dans un processus commun de réflexion
et de recherche action, de l’évolution des
systèmes de santé qui tous vivent dans la difficulté
des développements non planifiés acceptés pendant
plusieurs décennies. Il s’est enrichi, osons le dire,
de la dégradation de la situation sociale et démocratique.
D’une façon explicite ou implicite, les maisons
médicales testent la dynamique communautaire.
Leur proposition est « universelle », elle s’adresse
à l’ensemble de la population, mais leur pratique
s’adapte à la population qu’elles desservent. Implantées
pour un certain nombre en quartiers populaires,
elles construisent des réponses appropriées
aux problèmes de précarité.
La pertinence du « modèle » des maisons médicales
(et son actualité) tient pour beaucoup dans cette
adaptabilité de l’outil et des professionnels qui
l’animent. La confrontation à la réalité de la fracture
sociale est un des éléments majeurs de ces
dernières années. Sur ce terrain, de nombreuses collaborations
ont été organisées avec d’autres partenaires
de la première ligne pour améliorer la qualité
des soins aux plus défavorisés.
Notre spécificité
n’est cependant pas
de panser les plaies
de la société ; nous
jouons aussi un rôle
de dénonciation des
processus qui génèrent
fracture sociale,
exclusion ou pauvreté.
Nous interpellons
les autres acteurs et
secteurs de la vie
sociale pour qu’ils
prennent en compte
leur propre impact
sur la santé et la
qualité de la vie.
Nous pensons au
secteur du travail,
mais aussi à celui de
l’enseignement, de
l’habitat et de
l’aménagement ur-
Ouvertures
Jacques Morel,
secrétaire
général de la
Fédération des
maisons
médicales.
CAHIER
CAHIER
62 Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1
bain, de la vie civique et démocratique.
La participation des acteurs est un pilier de l’approche
communautaire en santé : nous la revendiquons
à tous les niveaux de dispensation et de pouvoirs.
l Que disons-nous aujourd’hui ?
1. La santé est le fait du rapport complexe des individus
vis à vis d’eux-mêmes et vis à vis de
leur environnement, familial, social, culturel,
etc.
2. La sécurité sociale en tant qu’organisation de
l’assurance et de solidarité vis à vis de la maladie
est un cadre indispensable pour garantir de
façon équitable l’accès aux soins pour tous. C’est
aussi un cadre de gestion communautaire de la
santé avec la participation active des représentants
des citoyens et des utilisateurs.
3. Que « l’objet reste le sujet », qu’il ne s’agit pas
d’en déroger. Que la santé des usagers reste la
finalité d’un système de santé. Que les systèmes
de santé obéissent à une politique de santé.
4. Qu’une politique de santé se construit :
• sur l’identification des problèmes ;
• sur la programmation et la planification
d’actions et de services ;
• sur l’évaluation de leur efficience et la
correction des objectifs et programmes.
Concrètement, nous pensons qu’il reste à élaborer
une autre politique de santé. Nous ne disons
pas qu’il n’y a pas de politique, nous disons qu’il y
a une politique de ne pas en faire.
Nous proposons que des élections au sein des professionnels
de santé définissent un nouveau rapport
de représentation des acteurs de première ligne
et des milieux spécialisés et hospitaliers.
Cette redéfinition n’est pas uniquement un problème
quantitatif mais aussi qualitatif et doit s’accompagner
de deux mesures structurelles :
1. La mise en place d’un lieu de décisions de la
politique de santé.
Les formes concrètes appartiennent au politique
mais le renforcement des concertations existantes
pourrait se traduire par une délégation interministérielle
à la santé : d’évidence aujourd’hui les soins
et la promotion de la santé ne peuvent pas se gérer
indépendamment, la santé ne peut plus se gérer isolément
des politiques sociales et éducatives ;
2. La mise en place comme un outil de cette politique
d’un institut interdisciplinaire pour les soins
de santé primaires.
Son rôle sera d’établir un état de la situation, un
suivi épidémiologique, une programmation des
actions et leur évaluation.
Il est urgent que les décisions, sans pour autant feindre
d’ignorer les contraintes économiques, soient
prises en réponse à la question du pour quoi faire ?
Pour quel objectifs de santé ?
La récente décision d’appliquer un numerus clausus
en médecine est caricaturale : sept cents médecins
par an !
La question est ailleurs : combien de médecins et
plus largement de professionnels de santé, et de
quel type, sont nécessaires pour quels objectifs de
santé ? Et donc de quelle formation auront-ils besoin
? Aujourd’hui les quotas sont décidés mais pas
le rôle qu’on va leur assigner, ni à fortiori leur formation.
Concernant le statut des maisons médicales ellesmêmes,
le cadre législatif est le décret de 1993
transféré aux régions. Jusqu’à présent, aucun arrêté
d’application n’a été pris ni à Bruxelles ni en
Wallonie ! Les subsides accordés au secteur des
maisons médicales sont insuffisants pour couvrir
les exigences du décret en personnel et encore plus
en terme de missions à réaliser.
Si à Bruxelles, il semble se dessiner une volonté
de croissance progressive du budget, la situation
wallonne est tout à fait inacceptable : ni indexation
du budget, ni ébauche de discussions pour
agréer les centres de santé.
l Notre ambition n’est pas de montrer que
nous sommes les meilleurs...
Les maisons médicales ont à notre point de vue,
tiré le maximum du système actuel pour réaliser
les objectifs d’une approche novatrice globale et
communautaire de la santé. Elles ont montré que
leur mode de fonctionnement pouvait être efficient
et induire des économies substantielles de consommation
au niveau secondaire, particulièrement à
travers la mise en place du financement forfaitaire
Ouvertures
Santé conjuguée - juin 1997 - n° 1 63
CONGRES DE
LA FEDERATION
DES MAISONS
et de l’inscription mais aussi par la poursuite d’ob- MEDICALES
jectifs de santé publique et par un travail d’évaluation.
Chaque année, l’INAMI évalue biologie, imagerie
et hospitalisation ; chaque fois, la comparaison
est favorable aux maisons médicales.
Notre ambition n’est pas de montrer que nous sommes
les meilleurs parce que les moins chers ; elle
est de montrer que l’organisation des soins, la modification
de comportement des professionnels et
des utilisateurs, la poursuite et l’évaluation d’objectifs
de santé notamment par l’assurance de qualité,
est porteuse de réforme des systèmes de santé.
Les maisons médicales ont cette spécificité de s’appuyer
sur le travail de petites équipes pluridisciplinaires
: les autres décrets « extra-muros » organisent
les services et les paramédicaux en dehors
des médecins.
Entreprises privées avec des missions de service
public ? Peut-être un statut à envisager !
Nous disons aussi au secteur de la médecine générale
et des soins de santé primaires : organisez
vous ! Il y a une identité à défendre et une fonction
spécifique à développer au sein du système de
santé. Faites vite parce que peu s’en faut que l’extra-
muros soit régi à partir de l’intra-muros ! Les
intérêts de syndicats aujourd’hui majoritairement
spécialisés et de certains organismes assureurs convergent
pour organiser la dispensation des soins à
partir de l’hôpital.
En conclusion, nous nous adressons au pouvoir
politique, aux intermédiaires sociaux, syndicats et
mutuelles, aux représentants des professionnels de
première ligne et aux Fédérations des autres secteurs,
santé mentale, toxicomanie, services sociaux
et autres pour avancer sur ces différentes propositions.
Discutons, agissons ! l
- rubriques Santé conjugué n°1 - juillet 1997 (pdf, 98 k)
- rubriques Santé conjugué n°1 - juillet 1997 (pdf, 98 k)
Lisez ci-jointes les versions en pdf du cahier et des rubriques.
juillet 1997
Conclusions d’un long travail réalisé au sein des maisons médicales sur leur pratique et leur expérience avec présentation d’une charte et d’un cahier de propositions politiques.
Lisez ci-jointes les versions en pdf du cahier et des rubriques.